vendredi 30 novembre 2007

En blanc et noir

Une oeuvre de Claude Debussy, en 1915.

 

Sans doute l'un des Debussy que je préfère, c'est difficile d'écire dessus, cette musique file plus que toute autre entre les doigts.

Plein de fausses pistes: En blanc et noir suggère quelque chose de tranché(e), alors que cette musique est indécise, pleine d'humeurs, schumanienne, gongorienne, baroque en diable: le gris de Vélasquez plutôt qu'un blanc et un noir bien contrastants. La dédicace au lieutenant Charlot (" tué à l'ennemi "), la frénésie chauvine de Debussy à l'époque de la composition pourraient laisser imaginer que c'est une oeuvre de guerre, une machine contre les Boches (comme la bataille du lac Peipous dans Alexandre Nevsky de Prokoviev), mais même le second mouvement où l'on trouve directement le théâtre des opérations est traversé de moments hédonistes; et ce tombeau est entouré de deux caprices, l'un solaire, l'autre lunaire. Les citations épigraphes laissent imaginer une musique à action, à programme, mais quel programme ? (1- la Belle Epoque; 2- la Guerre; 3- l'après guerre ?). Le Debussy de cette époque est travaillé par le retour au XVième siècle, et on entend de la monodie, de la chanson française ancienne dans En blanc et noir, mais c'est aussi une de ses musiques les plus modernes, l'une de celles où il renouvelle le plus complètement la notion de forme. Une musique écrite par quelqu'un qui se sent au bout du rouleau (“Alors j’ai écrit comme un enragé, comme quelqu’un qui doit mourir le lendemain matin” écrit Debussy dans une lettre du 14 octobre 1915) alors que ce qu'on l'entend est tout neuf, plein d'énergie vitale.

Premier mouvement dédié "à mon ami A. Kussewitsky" (en fait c'est bien Serge, le chef d'orchestre). La citation de Barbier & Carré "Qui reste à sa place / Et ne danse pas/ De quelque disgrâce / Fait l'aveu tout bas" renvoie au théâtre (des opérations) et à la danse; ça valse ! La musique sonne comme une étude sur les hémioles (la division de deux mesures à 3 en 2+2+2) et les accords de sixte (comme dans les Etudes: ces accords sont partout, on ne s'en rend pas compte car ça ne fait pas système). J'aime la première apparition des appels de cor qui prolifèrent partout (à 2'50"); le moment où les deux pianos sont à l'unisson, comme une bombarde bien ethnique (à 1'53"); le tuilage avec ce qui suit (très décadent) et ce qui précède (une valse qui s'essouffle) est particulièrement succulent. Tout le mouvement baigne dans un do majeur euphorique, dans une atmosphère de tourbillon Belle Epoque.

Second mouvement (à 3'58" dans l'enregistrement ci-dessus); dédié "au Lieutenant Jacques Charlot tué à l'ennemi en 1915, le 3 mars". C'est à ce même lieutenant Charlot, le cousin de l'éditeur Durand, que Ravel dédiera le Prélude du Tombeau de Couperin, plus tard. Le début est une musique inouïe: on tend l'oreille, on perçoit un tortillon en tierces, chromatiques, pianissimo qui descend, interrompu par un glas, un do asthmatique, rythmique qui jure affreusement mais pianissimo, puis un grand accord dissonant qui fait clash et n'empêche pas le glas sur do de continuer. Il se passe ensuite des tas de choses dans cette première partie très calme, on entend entre autres un chant populaire, mais complètement décoloré, tout blanc, en do majeur sur un fond de sol#, puis une séquence qui évoque la Terrasse des audiences au clair de lune (en ré, à 5'27") .... A 6'58, changement de climat, c'est la guerre qui approche (en mi bémol): le do rythmique du début envahit tout, au-dessus on entend un thème agité, en secondes (comme un bruit de ferraille mat), puis la lutte entre des bribes du choral Ein Feste Burg ist Unser Gott et un motif plus gallican. A 8'25", ça tourne bien, on passe en mi majeur. A 8'45", Debussy signale le retour du mouvement du début. La musique se calme, cite les épisodes de la première partie, dans un écrin monumental qui m'évoque Stravinsky, avec ce sol-do-mi-mi-do de monument aux morts, sur des accords acides, un soleil d'hiver, de désastre.

Troisième mouvement (à 10'32") dédié à Stravinsky (celui de Zvezdoliki, sans doute) un caprice, une musique lunatique ("Yver, vous n'este qu'un vilain"). J'aime particulièrement toute la fin, et notamment ce passage à 14'16'' où un air diatonique se superpose à un trille cafardeux, en gamme par tons. Il faut vraiment un effort d'imagination pour comprendre que l'on est en ré mineur....

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dimanche 25 novembre 2007

Madzar/Melnikov au théâtre de la Ville


Hier après-midi, un serbe (Aleksandar Madzar) et un russe (Alexander Melnikov, déjà entendu cette année) dans un programme plus cohérent qu'il n'y paraît: Tchaïkovski retranscrit par Debussy à 4 mains (une commande de Madame von Meck: trois danses du 3ième acte du Lac des Cygnes), Debussy pour 2 pianos (En blanc et noir), Stravinski pour un piano (Petrouchka), Tchaïkovski transcrit par Pletnev pour un piano (Casse noisette), Stravinski pour 2 pianos (Concerto).

La plus belle oeuvre: En blanc et noir (j'y reviendrai). Le plus beau moment de piano: le Casse noisettejoué par Madzar (enfin, les six délicieuses petites pièces de caractère plutôt que les deux hippopotamesques moments sentimentaux, aussi épais qu'une ballerine chez Saint-Saëns). Les Stravinsky .... une confirmation: Petrouchka produit invariablement un court-circuit chez moi - cette musique est trop compacte pour que je résiste au sommeil; un diagnostic: le Concerto n'est pas la plus belle oeuvre et Melnikov tape vraiment trop fort, dans la fugue....

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vendredi 23 novembre 2007

vulgaires

Ici, une interview de Leonhardt. C'est amusant et roboratif. Il voit du vulgaire partout: chez le professionnel qui gesticule; dans la musique moyenne en 1800 (par opposition à celle du XVIIIième siècle; si le niveau a baissé, où sommes nous donc maintenant), dans l'Ode à la joie (c'est peut-être vrai mais alors, franchement, on s'en bat l'oeil avec un presse-purée à réaction)

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lundi 19 novembre 2007

Encore une histoire d'au-delà


Echo de cette histoire drôle ?

Une vieille blague que les Egyptiens racontaient en catimini du temps de Nasser: Nasser est en enfer avec Kennedy. Celui-ci obtient de téléphoner aux Etats-Unis pour 1 million de dollars. Le raïs demande aussi une communication qui lui est facturée 5 piastres. "Cinq piastres seulement" s'étonne-t-il ? "Oui, lui répond-on, c'était une communication locale."

(lu dans le Monde de ce soir)

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Ce week-end, résumé en quelques gazouillis.

2h40 dans les bouchons pour rentrer à Paris (j'aurais volontiers enduré six heures de bouchons pour quitter plus tôt ce séminaire de cohésion (2h40 de bouchons dans un car surchauffé est en soi un exercice de cohésion)). S a 35 ans (et I bientôt 26). Un psychanalyste, une démographe et un danseur de tango dans la fumée. Schönberg est mort, Leibowitz aussi (Sibelius est-il le meilleur compositeur au monde ? (et Renaud V. le meilleur critique au Monde ???)). Le boulevard de Magenta à 1h15, de nuit, en vélib. Shī Shì shí shī shǐ (usw.) vs. Buffalo buffalo Buffalo buffalo buffalo buffalo Buffalo buffalo (toujours petits joueurs, les Anglo-saxons, à côté des Chinois). A Châtelet, les CRS empêchent l'accès au quai de la ligne 4. Le générique de fin du dernier Coppola: FROM a novel BY Mircea Eliade ? "Ben dis donc, tu as intérêt à te changer avant ta répétition de seconds violons". Rencontre au marché Beckford, manifestement plus préoccupé par le cours du poisson que par les jardins anglais. Les trompes d'Eustache (c'est un peu tard pour fêter la Saint-Hubert). Du cochon de lait. Tiens, il pleut: constat unanime chez les violons pour dire qu'à partir de demain, ça va être nettement moins drôle.

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lundi 12 novembre 2007

L'universalisme de la glorieuse révolution socialiste est loin


  • Arrivée le 5 novembre: aucun bouchon pour arriver dans la ville car nous sommes un jour férié, le jour où l'on célèbre l'unité de la Russie, une invention poutinienne pour commémorer la libération de Moscou des méchantes armées polono lituaniennes, en 1612. C'est un ersatz de l'anniversaire de la Révolution d'Octobre, le 7 novembre, qui n'est plus férié. Plus férié mais quand même célébré, cette année évidemment dans un sens nationaliste: la parade sur la Place Rouge est une reconstitution de la grande parade patriotique de 1941....
  • Dîner avec une sociologue respectée, spécialiste des questions politiques, qui pronostique que Poutine va se transformer en un genre de Deng Xiao Ping, qui contrôle le Parti mais plus l'exécutif. On m'avait prévenu que ce serait "dramatic", effectivement la conférencière dit des horreurs sur Poutine (un peu troublé, j'appprends un peu après qu'elle reçoit de l'argent du Kremlin). Manifestement, ça ne fait pas de mal à l'assistance, notamment une des Américaines du groupe qui ne cesse de pousser des "Oh my goooooood" effarés. Hé oui ma chérie, c'est la Russie, pas le pays des bisounours. Nous avons aussi un Mexicain qui fait son effet en expliquant que l'histoire mexicaine est pleine d'exemples de présidents qui ont voulu démissionner tout en installant ce qu'ils ont cru être des hommes de paille... et que ça n'a jamais marché.
  • Mardi, visite à l'ambassade des Etats-Unis (à Moscou). A l'entrée, nous sommes contrôlés par des militaires russes. Celui qui vise mon passeport (français) devient soudain affable et sympathique. "France, nation amie", me souffle amusée ***, qui parle russe.

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vendredi 9 novembre 2007

A Moscou, les murs ont des oreilles


Se méfier des matriouchkas mutantes, aussi.

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quelques clichés de Moscou


un bouchon derrière Saint Basile, c'est quand même tellement mieux

Такеши Китано emballe le Kremlin

En plein Zamoskvorietchié (le seul quartier que j'ai un peu arpenté (cette fois-ci je ne suis quasiment pas allé sur l'autre rive de la Moskowa)). Ici c'est Saint-Clément-Pape-de-Rome (et je suis furieuxd'avoir raté l'église de la Résurrection-des-Tonneliers)

Qui osera dire que les Russes n'aiment pas les bonbons anglais (quelle élégante crinière)

De la fumée et du gratte ciel stalinien

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