samedi 19 janvier 2013
David et Jonathas à l'Opéra Comique
Médée puis ce David et Jonathas, quelle aubaine: ce qui restera pour moi l'année Charpentier se prolonge avec ce bel opéra que je ne connaissais pas du tout, et que je ne peux pas tout de suite réécouter: il n'y a plus d'enregistrements à ma FNAC du coin et je ne le trouve pas davantage sur Spotify. Ce que je réécouterai quand j'aurai l'enregistrement:
- "Non, non le reste de la Terre N’eust point couté plus d'efforts à son bras". les choeurs du 1er acte, proprement somptueux.
- les airs de l'humeur noire, l'une des spécialités de Charpentier: le plus beau est sans doute celui de Jonathas, acte IV, mais l'air de David, acte I est aussi poignant.
- l'extraordinaire scène de l'acte III où David essaie de fléchir Saül (avec les flûtes par deux, sans doute l'attribut de l'innocence - ou une couleur pastorale pour évoquer l'ancien berger, aux antipodes de ce qu'on imagine d'un guerrier).
Il y aurait beaucoup à dire sur le talent de coloriste de Charpentier, la façon dont il utilise les hautbois, les bassons, les cordes graves (qui accompagnent l'oracle de Samuel); la caractérisation des personnages par les couleurs de voix: la voix à la fois virile et aigüe de David (magnifique Pascal Charbonneau, un engagement dramatique comme on en voit peu et une belle prise de risques), celle, cristalline et encore un pied dans l'enfance, de Jonathas (Ana Quintans, très bien aussi).
Ce qui rend Charpentier si vital par rapport à Lully ou même Rameau, c'est sa façon d'aller droit au but, de ne pas biaiser avec le noeud tragique; comme chez Monteverdi, les (nombreuses) scènes de genre sont contaminées par l'action (comme le beau choeur final).
Cette production a fait le choix de placer le prologue (la prédiction de Samuel) au centre de l'action. Cela met au centre deux actes marqués par la folie (la fureur) de Saül, un personnage submergé par une haine qu'il est incapable de contrôler, enserrant deux fois deux actes plus centrés sur David et Jonathas, version ascendante puis descendante (dont l'histoire de Sevrais et Souplier sera un écho lointain). Le choix (*spoiler*) de faire de la mort de la mère de Jonathas le noeud du drame m'a semblé gratuit, mais je ne vais pas bouder mon plaisir tant la direction d'acteurs était vivante et en phase avec la variété sans cesse renouvelée de la musique de Charpentier.

J'ai un enregistrement sur mon disque dur !