mardi 29 mars 2016

la Passion selon Saint-Matthieu, à la Philharmonie

Au-delà du concert. Une cathédrale de la foi, une somme théologique (dans le chœur introductif, l’arrivée du 3ième chœur sur « Lamm » en sol majeur trouant le mi mineur; la symbolique des deux chœurs ; le mouvement perpétuel de la sarabande finale). Un moment de la liturgie censé nous toucher tous, oui, même toi qui ne crois pas. Gardiner commence à exiger une minute de silence, debout (du coup, il faut bien une autre minute avant de retrouver le silence, une fois tout le monde assis). Implication de tous : les solistes instrumentaux et vocaux émergent des deux orchestres et du Monteverdi Choir, puis y retournent. Dédoublement des personnages et de leurs affects (Erbarme dich : le remords de Pierre n’est pas chanté par Pierre (basse), mais par une voix d’alto doublée d’un violon solo), volatilité du chœur (tour à tour accusateurs puis repentants).

Se souvenir du n°27 (après l’arrestation de Jésus ; sans basses, soprano+ alto, avec le choeur qui « marmonne » des protestations, comme l'écrit Gardiner); du n°34-35 (Mein Jesu schweigt, arioso haletant du ténor, suivi d’un air où le violoncelle, très virtuose, est tout en arêtes – Schimpf und Spott) ; du n°39, évidemment (Erbarme dich, la sicilienne avec le flux de pizzicati aux basses, violon soliste et alto) ; du n°51 (flagellation, voyage harmonique effrayant); du n°59-60 (voix d’alto, hautbois d’amour, intervention fulgurante du chœur –Wohin – comme si on était chez Emily Dickinson). Et bien sûr des chœurs introductifs et finaux.

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vendredi 25 mars 2016

COE à la Cité

Curieux programme qui rêve du style classique, sans en être.

A part peut-être, le Mozart de la 25ième symphonie, qui commence à l’inventer. Symphonie avec 2 hautbois, 2 bassons, 4 cors, pas d’autres vents (ni de timbales). Apothéose du sol mineur. Le 1er mouvement, âpre de bout en bout, jusque dans la coda, qui surprend par des entrées fuguées… (une cuisson par la fugue et votre matériau sera résistant à tout ; ce n’est plus un tressage rythmique, comme dans le reste du mouvement, mais un tressage de lignes). Etonnant mouvement lent, à base de tuilages, avec gazouillis fruités des bassons.

Concerto de Strauss (avant, il y avait le hautbois, on faisait des blagues idiotes à base de volatile palmipède et de fiabilité douteuse, et puis est arrivé le hautbois de François Leleux ! Un autre instrument, autre chose, vraiment). Un beau babillage, comme Capriccio. Le motif de 4 doubles croches aux violoncelles, que l’on retrouve au début du 1 et du 2. L’esprit du concerto grosso, la doublure du cor anglais et des clarinettes.

Pour finir, le classicisme des Français : Pavane de Ravel et Symphonie en ut de Bizet (qui a retrouvé ce soir-là ses couleurs malgré de nombreux lavages).

 

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jeudi 24 mars 2016

France -Angleterre au TCE

Match franco anglais ; à la mi-temps c’était mal parti pour la France, car Purcell (Didon, Fairy Queen) écrase de son génie Lully (Amadis). En deuxième partie, c’était plus équilibré entre Rameau (Pygmalion) et Haendel (Jephta, Semele). En bis, Where’er they walk de Semele, un air d’Acis et Galatée, puis de nouveau l’air de Pygmalion. Un concert contre le Brexit… ne partez pas, messieurs les Anglais !

Didon : ouverture à vagues, grande classe. L’histoire de la musique aurait pu s’arrêter après One charming night (« than a hundred lucky days…. than a thousand, thousand several ways »)

Pygmalion : Ouverture très excentrique, avec des sextolets rapides (6 et parfois 3 +3). Deux airs : un air à flûtes, et un air à silences et virtuosité haendelienne (Lance tes traits dans nos âmes, pris à toute vibure).

Grand art de Bostridge, français impeccable, tension et élasticité de la ligne, silhouette longiligne qui rappelle Cuénod. Concert très euphorisant.

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mercredi 16 mars 2016

Iolanta à Garnier

Petit opéra, intéressant et varié, avec une flopée de personnages secondaires - dont ce Robert fou d'une Mathilde "ardente comme le vin". Aux morceaux de bravoure (non dénués d'émotion), je préfère l'étrange air du médecin maure (un crescendo irrésistible sur une musique statique, du Steve Reich)

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dimanche 13 mars 2016

Die Meistersinger von Nürnberg à Bastille

(Un orchestre wagnérien luxuriant, souple et parfumé, c'est mieux pour accompagner un chanteur qu'une guimbarde désacordée.)

(dette à Mendelssohn - oui, je sais, c'est mon dada-: la nouvelle musique provient du songe de la nuit de la saint-Jean; ces deux accords à la Mendelssohn reviennent à chaque fois pour nous rappeler que l'air du printemps procède du songe de Walther)

(Jeune homme, n'oubliez pas de finir votre air par un Abgesang) (strophe/strophe/antisprophe)

(Hans le Baptiste - du Joudain à Nuremberg)

(schéma classique: je m'ennuie à mourir pendant les 2 premiers actes - prélude et finales exceptés-, rumine à l'entracte un moratoire définitif pour les opéras de Wagner - et puis vient le 3ième acte, 3 heures de musique pendant lesquelles je ne m'ennuie pas une seconde. ).

 

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lundi 7 mars 2016

Schubert au Wigmore Hall

Enthousiasmant récital Schubert d'un jeune baryton, Benjamin Appl (qu'il ne faudrait pas confondre avec Peter Pears), aux nombreuses qualités: talent de comédien (le Trinklied D888...) et de diseur, ironie à froid de celui qui a l'air de ne pas y toucher. Au programme, seize Lieder, depuis Adelaide D95 (qu'on ne trouve pas que dans la famille Beethoven) jusqu'au Chant du cygne (Herbst et deux bis, Ständchen et das Fischermädchen), en passant par quelques Lieder très connus (An Silvia, par exemple). Quatre découvertes (ou redécouvertes): 1/ Der entsühnte Orest, que Appl prend très lentement, très impressionnant, plus comme Fischer-Dieskau que Prégardien que j'avais dans l'oreille 2/ Fülle der Liebe (plénitude du timbre, même si Graham Johnson joue très- trop?- fort ces accords pleins); 3/ der Einsame (dont je me rends compte qu'il est un lied très fréquenté) 4/ An die Laute (qu'Appl chante avec davantage d'ironie - Nachbarn aber, Nachbarn nicht! - qu'ici, Wunderlich)

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vendredi 4 mars 2016

Widmann/ Bruckner 9

Widmann: Flûte en suite. (comme paté en croûte, ou boeuf en daube?) 8 mouvements, comme une suite de Bach, mais on a du mal à reconnaître les rythmes de danse. La Sarabande ressemble à un ground (avec une basse qui baisse puis finalement remonte, à la fin). L'Allemande initiale utilise la flûte solo et 4 flûtes, à partir du do grave. Le Choral 2 (avec les cuivres à fond) est plus reconnaissable que le Choral 1 (avec ses nappes de son). Les mouvements les plus spectaculaires sont la Courante (très rapide, mi pastiche de musique contemporaine, mi pastiche baroque), que j'ai préférée à la Badinerie (Bach, aber auch der Feuervogel und Tristan waren dabei).

Bruckner 9: ah, le bonheur océanique de Bruckner... la répétition des petites cellules.... voir 50 personnes faire tire tire tire 15 fois de suite.... ces séquences qui vont on ne sait où (le vide de la musique avant le 2ième thème du I, par exemple). Le I: début chaotique, dominance du groupe second thème. La coda du I: pas un des plus beaux moments de Bruckner, mais un des plus impressionnants, avec beaucoup de notes étrangères pour escagasser l'oreille. Dans le II: le trio tout fou, avec les bois. L'Adagio (qui ne peut pas être final, on ne va pas finir en mi majeur une symphonie en ré mineur, voyons, cela n'a aucun sens). J'entends une fome sonate en deux parties, avec trois éléments. 1/ Le thème du début, qui déglingue instantanément le chocottomètre (violons fauves en folie feulant sur la corde de sol, neuvièmes ascendantes qui prolifèrent) et qui déconcerte beaucoup par son instabilité tonale 2/ Le grand splash jaune: tout d'un coup, la couleur à l'état pur (avec un accord dont je me rends compte après coup qu'il compacte la neuvième initiale) 3/ Le moment @didierda (long groupe deuxième thème). La deuxième fois, il se passe beaucoup plus de choses: la neuvième est renversée, le splash jaune est beaucoup plus dissonant. Je n'ai pas repéré les autocitations de Bruckner (il paraît qu'il ya le thème de la VIIème, il faut m'excuser, je débute en bruckneromanie), mais j'ai repéré un moment Thomas Tallis- Vaughan Williams (13'07" ici, mesure 165, qu'on pourrait aussi appeler moment lingette d'Amfortas tellement il fait du bien; c'est avant le retour du 2nd thème) et un moment Janacek (à 18'36'', mesure 227), avant la fin (un peu seulement) apaisée.

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