jeudi 22 septembre 2016

Mahler 10 (première fois en vrai)

pour l'Adagio, ses 6 dièses à la clé, son moment de vérité: l'accord qui agglomère les notes, la trompette qui tient une note qui survit à l'accord.... la tension des cordes qui font redescendre la trompette, et tout est résolu. Fin décantée des notes étrangères, fa# majeur (presque) pur.

pour la rythmique (bulgare?) du II, avec ses changements de mesures permanent. Il n'y a ça nulle part ailleurs, chez Mahler, non?

pour la fin du IV avec ses enchaînements de bruits (schattenhaft, comme dans la 7ième)

pour l'introduction du finale, riante à souhait. Ces coups de grosse caisse tutta forza sont parfaits pour plomber l'ambiance (astuce) et empêcher les contrebassons de sortir de l'état d'ectoplasme.

Sentiments mitigés, en particulier dans le finale. J'ai du mal à croire - sait-on jamais - que Mahler aurait pu composer un pareil solo de flûte... et se convertir si vite à la musique américaine des années 40. 

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dimanche 4 septembre 2016

Bruckner / Mozart à la Philharmonie

Programme ut mineur/ mib majeur: 24ième concerto de Mozart et 4ième symphonie de Bruckner.

Gros Gänsehaut sur

- la coda du 1er mouvement de Mozart (12'58''): le piano déploie des doubles-croches comme des essuie-glaces, qui effacent ce qui reste de combat thématique, aux hautbois et aux bassons, sous l'oeil détaché des flûtes qui planent. On ne bouge plus de do, la messe est dite. Le programme dit joliment que la coda laisse l'idée initiale s'éloigner dans un flou poétique, comme un problème résolu et reporté à plus tard. C'est exactement ça et c'est sublime.

- la coda du 2nd mouvement (8'01''): là, c'est le tictac du basson, relayé par le piano pour conclure, qui est sublime (mécanique du temps qui passe?). Le reste de l'orchestre est un souple et moëlleux matelas rythmique. Un genre de moment parfait, qui s'évapore vite.

- côté Bruckner: à H dans le 1er mouvement (7'54"): au début du développement, dans une atmosphère de détente, les mécaniques déviantes lancées par les appels du cor: ce n'est pas les bons instruments qui répondent, et ils répondent à côté. 

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lundi 13 juin 2016

encore un roi fou: Lear de Reimann

Musique globalement sinistre et passablement ennuyeuse. Beaucoup de hurlements de cuivres et d'acidité des vents en première partie, notamment pour les deux soeurs ainées;. ça se calme enfin dans la lande. Si  le roi n'est pas très fou, c'est surtout Tom-Edgar, avec sa voix d'alto à la Deller qui séduit (avec accompagnement de flûtes, y compris grave). Encore dans un registre non hurlant, belle scène Cordelia-Lear à la fin. Ground à la timbale pour la mort des soeurs aînées. 

aussi: ici 

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vendredi 27 mai 2016

Nigl en roi fou

Alléché par le baryton (j'avais vu Nigl à la télé dans Wozzeck, et c'était remarquable).

Ce qui m'a encore le plus plu, c'est en définitive The Forgotten City, de David Hudry: musique brutale et séduisante (fasciné de voir le contrebassiste battre ses cordes avec une baguette en bois). Des pièces avec Nigl: le Jarrell (Adtende, ubi albescit veritas) est une pièce sérieuse, qui finit par émouvoir au dernier verset (In te, anime [me]us, tempora metior); le Maxwell-Davies (Eight Songs for a Mad King) est très (trop?) spectaculaire, mais plus impressionnant qu'émouvant (sauf, peut-être, pendant la parade finale). Il y avait aussi une pièce de Rihm (Die Stücke des Sängers, avec harpe soliste), mais je n'accroche décidément pas du tout avec cette musique.

 

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jeudi 26 mai 2016

Un exemple de passage que j'aime chez Tristan

(stratégie de la tension entre la créancière et le débiteur: tenues menaçantes aux vents avec tuilages, ce qui fait qu'on a l'impression d'un crescendo continu... qui se décharge en un motif rythmique, fauve aux cordes)

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Un exemple de passage que je n'aime pas dans Tristan

(déluge de notes affolées comme si une mamie était piquée par une bestiole en mangeant une saucisse (et quelle langue affreuse))

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mercredi 20 avril 2016

Mes premiers Gurrelieder live

Une expérience forte, assez différente de celle de l'écoute de mon disque favori. Plusieurs sensations curieuses: l'euphorie du son (ce bain moussant dès le prélude) et l'appétit devant une belle voix de Heldentenor (ingrédient indispensable du bain moussant); la curiosité sadique (comment diantre ce ténor - Andreas Schager, remarquable - va s'en sortir face à un tel orchestre? (en fait, très bien, merci)); la curiosité du botaniste zoologue (mais comment, dans quelle direction ce monstrueux corps vivant orchestral va-t-il se développer? surprise renouvelée devant ces enchaînements complexes dans la troisième partie); la fièvre qui monte (ce Schoenberg devait être barré et avoir la malaria quand il a composé cela, je ne vois pas d'autre explication); le délire interprétatif à la Berg (ce do-mib-sib descendant du prélude, atmosphérique, c'est bien le même motif qui cristallise en deuxième et troisième partie, en un bloc monumental, obsessionnel et tragique); le plaisir de la redécouverte du texte (chaque mention blasphématoire accompagné d'un choral de cuivres, qui devait avoir un sens fort pour un musicien prêt à renverser la table); et puis aussi, plus trivialement, l'étonnement devant la vitesse de remplissage du plateau (c'est long et compliqué) et la franche rigolade (ce portable qui s'arrête de sonner sur Nun tönt auch nicht der leiseste Klang, ça ne s'invente pas).

A mon chocottomètre personnel: la musique du prélude (musique à la fois éclatée en différents groupes d'instruments, très mobile, c'est mieux que le prélude de l'Or du Rhin, non?); le 3ième lied (Ross, mein Ross, avec la première explosion d'amour/orchestre); le silence poignant dans le 9ième lied, dernier AVANT la catastrophe; la prise de pouvoir de l'orchestre avec la musique intersticielle d'avant la Waldtaube; la marche et le glas dans la scène de la Waldtaube (crescendo bien étouffé par Jordan, qui fait bien ressortir la voix); LE lied de la IIème partie (Herr Gott, weisst du was du tatest, ma musique préférée entre toutes); l'ironie de l'air de Klaus-Narr avec ces motifs qui volètent à toute allure; les chaînes (oui, les chaînes) dans le choeur des Mannen; les tenues acides et blafardes de flûtes+ piccolos dans la scène du vent d'été (on se  croirait dans le Rossignol).

 

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dimanche 17 avril 2016

Rigoletto à Bastille

Résumons: c'est bien compliqué de se débarrasser de La donna è mobile: on croit en avoir fini, eh bien non, cela revient. C'EST CELA LA MALEDICTION.

 

 

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mercredi 13 avril 2016

Messiaen Bruckner 8 par le LSO

Deux aérolithes catholiques:

Messiaen: Couleurs de la cité céleste. Piano + percussions à clavier + percusssions résonantes (cloches et gongs), cuivres et clarinettes. Court, clair, très impressionnant, et plus prenant qu'au disque. Les chorals de cuivres (très lents, succession d'harmonies froides). Trois coups très violents et très rapides. Figures de résonances. Hoquets. Fusées de chants d'oiseaux.

Bruckner 8: retrouvé un peu de tout cela mais aussi quelques moments: Le I. Le mi bémol majeur du développement (le "moment Fassbinder"): merveilleux de calme, c'est ce qui rend la récapitulation si impressionnante avec le retour d'ut mineur. La fin du mouvement est géniale d'amertume; la voisine de derrière décrète que c'est fini et commence à faire du bruit alors que les altos continuent à liquider le roulement de tambours, pianissimo. Le II: dans le moment central du scherzo, c'est la timbale qui est le fil rouge (le thème dépecé aux bois, les cordes s'affolant pianissimo). Etonnant trio, chaleureux solo des violons sur des pizz de parade de chevaux. Ce sont les harpes qui concluent (dans une de leurs rares interventions, particulièrement marquante). Dans le III: l'intervention des harpes et le tournoiement harmonique qui s'ensuit: UN REVE (mon royaume pour ces trois mesures). Le B= thème de violoncelles. Le moment où deux musiciens se lèvent (cymbales + triangle): deux interventions (je n'en vois qu'une dans la partition de 1892, mais Rattle a joué Haas 1939), un sommet puis une cadence rompue (catastrophe). La fin de ce mouvement, après la rupture - chaloupes et ré bémol majeur - est magnifique. Le IV: le début est tellement fort qu'il a tendance à tuer le reste; la coda est sans doute là pour rééquilibrer le mouvement en intensité (ça ne la rend pas aimable pour autant).

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mardi 29 mars 2016

la Passion selon Saint-Matthieu, à la Philharmonie

Au-delà du concert. Une cathédrale de la foi, une somme théologique (dans le chœur introductif, l’arrivée du 3ième chœur sur « Lamm » en sol majeur trouant le mi mineur; la symbolique des deux chœurs ; le mouvement perpétuel de la sarabande finale). Un moment de la liturgie censé nous toucher tous, oui, même toi qui ne crois pas. Gardiner commence à exiger une minute de silence, debout (du coup, il faut bien une autre minute avant de retrouver le silence, une fois tout le monde assis). Implication de tous : les solistes instrumentaux et vocaux émergent des deux orchestres et du Monteverdi Choir, puis y retournent. Dédoublement des personnages et de leurs affects (Erbarme dich : le remords de Pierre n’est pas chanté par Pierre (basse), mais par une voix d’alto doublée d’un violon solo), volatilité du chœur (tour à tour accusateurs puis repentants).

Se souvenir du n°27 (après l’arrestation de Jésus ; sans basses, soprano+ alto, avec le choeur qui « marmonne » des protestations, comme l'écrit Gardiner); du n°34-35 (Mein Jesu schweigt, arioso haletant du ténor, suivi d’un air où le violoncelle, très virtuose, est tout en arêtes – Schimpf und Spott) ; du n°39, évidemment (Erbarme dich, la sicilienne avec le flux de pizzicati aux basses, violon soliste et alto) ; du n°51 (flagellation, voyage harmonique effrayant); du n°59-60 (voix d’alto, hautbois d’amour, intervention fulgurante du chœur –Wohin – comme si on était chez Emily Dickinson). Et bien sûr des chœurs introductifs et finaux.

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