mardi 15 janvier 2013

Le coming-out de mes parents

Je n'arrive pas à comprendre comment j'ai pu être aveugle à ce point. Quand ma soeur m'a appris, par SMS, jeudi, qu'elle et mes parents iraient à la manif du 13, je suis tombé des nues. J'avais bien trouvé suspect que mes parents prévoient 15 jours à l'avance d'être "à Paris à la mi-janvier", alors que jamais ils ne sont fichus de réserver un train ou de s'astreindre à un calendrier un peu fixe. Ils m'avaient juste dit qu'on trouverait bien le temps de se voir mais je n'avais pas vraiment fait le lien, en me disant que sur ce sujet chaud, ils adopteraient une neutralité prudente, comme à Noël où nous avons évité les sujets qui fâchent.

Je ne sais pas si mes parents y sont allés, finalement, mais peu importe. J'ai eu un échange de mails avec mon père, j'ai commencé par lui écrire que j'étais consterné qu'ils y aillent et lui suggérais quelques bonnes lectures. Il m'a répondu avec un message très affectueux, dans lequel il m'expliquait qu'ils iraient manifester, ma mère et lui, si le pied de ma mère allait mieux et si elle n'était pas trop fatiguée; qu'il était contre le projet de loi et que sa démarche n'était pas dirigée contre moi; qu'il me remerciait de ces bonnes lectures mais que lui aussi avait lu des anthropologues, des psychiatres et des rabbins, que sa conviction était faite.

J'ai renvoyé un message un peu plus agressif, dans lequel je commençais par lui faire remarquer qu'il avait peut-être lu des anthropologues, des psychiatres et des rabbins mais qu'il avait juste oublié de parler du sujet avec son fils et le garçon avec lequel il vit depuis 19 ans; que ce garçon et moi-même soutenions activement ce projet de loi; qu'il avait peut-être "oublié" ce qu'il sait pourtant depuis 19 ans, à savoir que je vis avec un garçon; qu'il s'apprêtait à manifester directement contre l'ouverture de droits à une minorité à laquelle j'appartiens; qu'il était hors de question de prétendre qu'il n'allait pas manifester contre moi. Je lui ai aussi raconté quelques unes des réponses que G a reçues de sa famille après avoir envoyé un message un peu analogue, lui disant que sur un échantillon large il y avait un partage très net entre les idéologues abrutis et ceux qui se souciaient vraiment de lui.

Nous en sommes là. J'ai fait passer à ma soeur le message qu'il était mieux pour la sérénité de tous que nous évitions de nous rencontrer en vrai ces jours-ci (je suis peut-être aveugle mais je sais aussi que je suis aussi soupe au lait qu'eux, et pour cause). Elle m'a fait passer le message qu'ils vont sans doute faire profil bas, concéder une rencontre qui s'annonce protocolairement aussi complexe que celle du Camp du Drap d'Or, dans des conditions "acceptables pour les deux parties". Il a été très facile de dissuader ma soeur d'aller à cette manif; elle voulait y aller pour des raisons qui n'avaient pas grand chose à voir avec le sujet du jour.

L'essentiel n'est pas là. Ce week-end, il m'est enfin devenu clair que mes parents sont des militants actifs de la discrimination. Des militants actifs, en train de faire leur coming out. Pas comme je le croyais, des parents perturbés par la révélation de l'homosexualité de leur fils, qui préfèrent se voiler la face sans assumer et qu'il faut ménager et traiter avec humanité et délicatesse. Non, ils sont cohérents dans leur défense active du sacrement du mariage comme seule réalité sociale digne de reconnaissance et dans leur rejet de l'homosexualité. Oui, c'était important pour eux d'aller se déplacer pour crier qu'un couple homosexuel, ça ne vaut pas et ça ne vaudra jamais un couple hétérosexuel. C'est cohérent avec tout le reste; cette façon qu'a ma mère de détourner la conversation dès que je parle de G; le fait qu'ils ne l'ont jamais invité, qu'ils ne se sont jamais intéressés à lui; ces efforts permanents déployés pour gommer son existence, auprès de mes neveux, auprès du reste de la famille, au nom de la protection de l'enfance, au nom de l'homophobie qui est partout là, vous serez tellement mieux dans le placard, hein bien sûr. Mais bien sûr à leurs yeux ce n'est pas de l'homophobie; c'est la seule attitude compatible avec la protection de la seule réalité sociale digne de reconnaissance, la famille et les enfants. J'irai défiler le 27 janvier pour une autre idée du mariage, comme je l'ai fait le 16 décembre. Et j'en informerai l'ensemble de la famille.

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lundi 31 décembre 2012

Vus

2 bonnes adaptations: Anna Karénine et Les hauts de Hurlevent.

4 films ethniques: Héritage (le poids du mariage chez les Arabes d'Israël), La chasse  (Mads Mikkelsen), Love is all you need (soap suédois), Rengaine

2 belges: Sur le chemin des dunes/ Hors les murs (flamand rose ou wallon noir)

2 films surestimés: 4h44 (dernière fois que je vais voir un film de Ferrara, je me suis assez fait avoir comme ça) et Tabou (la partie africaine seule est magnifique)

1 sous-estimé: Main dans la main

et mon top 11 pour 2012 (je n'arrive pas à en éliminer un): Les invisibles - In another country (Huppert HSS) - The We and the I - Into the abyss - Barbara - Oslo 31 août - Faust - César doit mourir -  Hugo Cabret - Holy Motors- Keep The Lights On

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lundi 17 décembre 2012

Un week-end à mariages

Samedi matin: c'est le mariage à la mairie de deux amis que je connais depuis 20 ans. J'ai (peut-être à tort) l'impression qu'il n'est question, dans la lecture du code civil, que de la construction d'une famille et de la protection des enfants. Cela a des chances d'être hors sujet pour le couple qui se marie ce jour-là, tout comme cela pourrait l'être pour nous, si la loi passe et si nous nous marions. 

Samedi après-midi: G. atteint le point d'ébullition sur f*cebouque avec sa nièce. Il lui demande ce qu'elle ferait s'il se mariait un jour avec un homme, elle lui répond "morale naturelle" et "trésor enfoui très très très profondément qui ne manquera pas de ressurgir, un jour". Comment dire.... ce n'est pas gagné.

Samedi soir: je m'enthousiasme pour le beau texte de veillée d'armes de Kozlika. C'était déjà clair dans les Invisibles, ce sont les femmes qu'il faut écouter.

Dimanche: Repas joyeux avec **** qui va venir manifester avec nous. Il trouve (et je suis d'accord) que l'argument de l'égalité est faible quand il n'est pas développé (un frère et une soeur sont égaux en droits, et pourtant...); qu'en creux c'est la définition du mariage, la place qu'on va assigner aux femmes qui est en jeu. Etonnement de réaliser que dans nos connaissances ils sont finalement nombreux, en couple homo, à avoir jugé plus important d'aller à des répétitions d'orchestre ou à des concerts que de manifester. Nous remontons sur la rue de Rivoli pour en retrouver d'autres près de la Bastille. Les SMS ne passent qu'avec délai et nous passerons une bonne partie de la journée à lire des SMS écrits en différé. Je perds mon jules (qui m'assure avoir vu de ses yeux cette pancarte définitive: "Moi aussi je veux un powerpoint pourri à mon mariage") pendant près d'une heure et demie, mais nous en retrouvons d'autres. Déprime d'après-manif à lire l'article dégueulasse du Figaro ("les pro-mariage gay ont perdu la bataille de la rue"). On sera plus nombreux, j'en suis sûr, le 27 janvier.

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vendredi 14 décembre 2012

Médée au TCE

Très d'accord avec ceci, inutile de faire long. C'est un peu l'anti Carmen de l'autre jour: 1/ une musique de second ordre; 2/ un rôle-titre tenu par une chanteuse engagée dramatiquement, mais à la diction strictement incompréhensible, dans le parlé et le chanté; 3/ une mise en scène inspirée et forte, parmi les plus simples qu'ait réalisées Warlikowski; 4/ un orchestre sur instruments anciens, incisif et savoureux. De la partition, je me souviendrai (peut-être) des morceaux orchestraux (l'ouverture et l'introduction du 3ième acte), d'un air bizarre à hoquets où revient en boucle un accord dissonnant non résolu, décoratif; d'un air non moins bizarre avec basson solo.  Tout cela est très sérieux, écrit avec savoir-faire et n'arrive pas à décoller, à la différence de la musique de Gluck. Pour la chronique mondaine, j'ai rarement vu une salle aussi survoltée; à Jason disant "- Te satisfais-tu de ce bordel" un spectateur au 2nd balcon a lâché "- Pas nous" (deux répliques très écrites comme on peut le constater). La salle s'est aussi déchaînée pendant ce que j'ai compris ultérieurement être un entracte - de la musique de twist enchaînée directement à celle de Cherubini, effet dramatique réussi (Médée isolée au milieu d'une foule frivole et indifférente) mais manque de confiance un peu trop voyant dans le faible pouvoir évocateur de celle de Cherubini.

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mardi 11 décembre 2012

In memoriam Charles Rosen

Je ne me souviens plus quand j'ai découvert Le style classique. J'ai le souvenir d'en avoir discuté avec un claveciniste qui m'impressionnait beaucoup, avec qui nous jouions les pièces en concert de Rameau, il en parlait comme quelque chose de magnifique. L'avais-je déjà lu? Ce livre m'a complètement ébloui, et je crois qu'il a changé plus que tout autre ma façon d'écouter la musique. A mon sens, c'est très difficile d'écrire correctement sur la musique, l'écueil le plus fréquent étant de contourner le coeur du sujet, de décrire l'infra-texte littéraire, culturel, psychologisant; cela peut donner des ouvrages fort intéressants, et certains sujets comme Schumann ou l'école de Vienne s'y prêtent bien. Avec les classiques, évidemment, c'est plus difficile de biaiser, car le coeur de l'expérience classique, c'est vraiment avant tout la joie de la découverte d'un langage, la construction d'une grammaire. Cela sonnera peut-être comme un cliché, mais je crois que Rosen m'a fait percevoir toute sa jeunesse de cette musique, comprendre comment un style est né, comment les solutions formelles se sont imposées aux compositeurs, logiquement, organiquement, pourquoi le style sonate a tout contaminé, airs d'opéra, mouvements lents, même les thèmes et variations, les scherzos.... comment ce style est mort avec Beethoven (il démontre, par exemple, que Schubert a repris pour le rondo de sa célébrissime sonate en la le modèle du moins célèbre opus 31 n°1 de Beethoven; explique, en passant, pourquoi les mouvements chez Schubert sont si longs). Evidemment, on est très loin avec lui de ce qu'on nous (enfin ... on M'A) enseigné au Conservatoire, les fadaises sur les formes sonates à deux thèmes répertoriées comme dans un herbier ou un manuel de cuisine. Alors oui, j'aime à consulter l'index de ses livres, au gré des rencontres musicales du moment. Par exemple, la marotte de cette semaine pour moi, la 104ième de Haydn, qu'en dit-il? Pas grand chose en fait, mais le peu qu'il en dit est vraiment remarquable. Il dit que le retour du thème dans le finale est "d'une telle délicatesse qu'il faudrait le citer longuement pour en faire apprécier vraiment la poésie rayonnante et l'esprit"; que les "retours thématiques les plus subtils sont ceux des rares finales à thème dépourvus d'anacrouse: l'humour haydnien s'y nourrit autrement". Cela donne tout de suite envie de vérifier de quoi il parle, non?

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mercredi 5 décembre 2012

Carmen à Bastille

Carmen est une grande bourgeoise: maîtrise de la ligne mélodique, diction impeccable, chevelure blonde à la Lulu; ce n'est pas comme ça que je l'aurais imaginée mais pourquoi pas. Don José n'a plus de voix, et s'en excuse aux rappels; cette éclipse fait logiquement les affaires d'Escamillo. Micaela est peut-être une oie blanche en robe bleue, elle a des airs parmi les plus beaux de l'oeuvre et une voix vaillante; gros succès. Dès le premier acte, j'ai été pris par de vieilles émotions musicales remontant à l'enfance; et puis j'ai redécouvert les délicieux ensembles et choeurs qui ont dû tellement plaire au public de l'Opéra-comique, en 1875. 

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dimanche 2 décembre 2012

BSB3 aux Bouffes du Nord

Schönberg: Quatuor n°3 opus 30. Forme on ne peut plus classique (sonate- variations - intermezzo- rondo), langage dodécaphonique. On entend bien les notes répétées du thème du 1er mouvement (un comble pour une oeuvre sérielle, je dis ça je ne dis rien). Les deux derniers mouvements sont par moment excitants, mais je trouve cette musique plus grise et ennuyeuse que, par exemple, la suite opus 29.

Boulez, Livre partie 2. Plus virtuose et avec des modes de jeu plus exotiques qu'aux deux séances précédentes, mais c'est loin d'avoir la force poétique des quatuors de, au choix, Lachenmann, Ligeti ou Kurtag....

Beethoven: quatuor opus 131. Chef d'oeuvre. A propos des variations, Stravinsky écrit: "(...) la flamboyance des instruments dans ces variations est chose unique ("des maçons qui chantent en construisant des toits en or", dit l'Archevêque dans Henri V). Aussi bien, est-ce notre "âme" même qui semble s'exiler à l'écoute de cette musique; à notre extrême surprise, car c'est subrepticement que les premiers mouvements ont informé et défriché cette région mal définie. Et cette réalité éthérée n'est nullement brisée par les pizzicati des variations à 6/8, malgré qu'on en soit venu à associer cet effet de style avec des pirouettes d'hippopotame et autres acrobaties incongrues accomplies par les habitants du zoo animé de Disney." On était plus proche de l'hippopotame que de l'éther aujourd'hui.... Il est vrai que le sf est dans la partition

Nouvelle image (14)

Disons que la volonté de maximiser les contrastes a mieux fonctionné à certains moments (le début de la fugue, magnifique) que d'autres.

 

 

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samedi 1 décembre 2012

Les invisibles, de Sébastien Lifschitz

Les_Invisibles-01

Très ému par ce film et particulièrement par cette vieille dame aux yeux ronds, encore très séductrice, racontant qu'elle avait rompu avec une fille qui voulait l'emmener chez ses parents ("tu verras, pas de problème, ma mère est très compréhensive"). On n'en a jamais fini avec ses parents. Mais courez voir le film, ce sont de sacrées tranches de vie qu'il présente.

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jeudi 29 novembre 2012

Requiem de Dvorak

Un Requiem à griffe: un thème en forme de croix, un BACH simplifié et renversé: deux demi-tons ascendants encadrent un ton descendant; impossible de le louper, le Requiem démarre par ça et on l'entend très souvent dans l'oeuvre (du coup une des chansons des demoiselles de Rochefort m'a trotté en tête toute la soirée, Perrin chante quelque chose qui ressemble beaucoup à ce thème). Curieux attelage: texte latin d'une part, musique slavisante d'autre part (beaux choeurs a cappella et prédilection pour le très grave: basse profonde solo, contrebasson dans l'Offertoire). Le texte du Requiem est vraiment impossible ("Placez-moi parmi les brebis, Séparez-moi des béliers, En me mettant à droite"; il faut vraiment avoir une commande duFestival de musique sacrée de Birmingham pour avoir envie de mettre un texte pareil en musique). Bien aimé le Graduale (merveilleux air de soprane, orchestration délicate), le Tuba Mirum (chabraque,avec des ploums à la Verdi), la fin du Lacrymosa (le choeur a cappella), l'Offertoire (pompier comme on aime, qui finit par un quam olim Abrahae, qui je vous le donne en mille, est une fugue..... un des rares moments de vitalité rythmique de l'oeuvre, irrésistible), et l'extrême fin de l'oeuvre. Merci à guillaume à qui je dois cette découverte.

Posté par zvezdo à 23:25 - concerts - Commentaires [1] - Permalien [#]
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dimanche 25 novembre 2012

BSB2 (en fait, SBB) aux Bouffes du Nord

Programme de luxe. J'en profite après le concert pour relire les bons auteurs (plutôt Buch que Stuckenschmidt sur Schönberg, par exemple) et les piller ici sans vergogne, en bon blogueur.

Schönberg: quatuor n°2 en fa# opus 10.  Splendeur. Pour faire simple (il existe suffisamment de littérature sur le sujet), le quatuor file tout droit en 4 mouvements vers l'atonalité, mettant en scène une crise dans les deux mouvements centraux.  Le 1er mouvement s'entend assez clairement comme une forme sonate; on sent bien la zone deuxième thème (à pulsation de valse) et la réexposition du thème principal est très marquée (mais en la et pas en fa#, pour une raison qui m'échappe). Le deuxième mouvement est un scherzo agité et ludique (avec le Lieber Augustin en trio). Le 3ième mouvement (Litanie) est une bonne occasion de réviser ses préjugés: un quatuor peut faire BEAUCOUP de bruit, même face à une chanteuse déchaînée dans l'aigü. On se dit que l'affrontement va être sans pitié dès l'intervention fortissimo du violoncelle, qui marque le début des hostilités et on en oublie de remarquer que le thème de violoncelle est le même que celui du 1er mouvement. Le dernier mouvement est l'une des pages les plus somptueuses de toute l'histoire de la musique et je n'en dirai pas plus.

Boulez: Livre pour quatuor, parties 3a, 3b, 3c et 5a. D'après le programme, des pages "où l'écriture se laisse le plus aller aux contrastes expressifs", avec une utilisation des trilles comme dans la Grande Fugue. J'imagine que cela devrait suffire à notre bonheur (mais j'en doute).

Beethoven: quatuor opus 130 en si bémol. Un des quatuors les plus déroutants de la série. Dans le premier mouvement, le discours est dispersé à un point rare. Entre une "introduction" qui revient à plusieurs reprises (et essaime avec rythme  croche-2 doubles), un thème d'Allegro en 123 (forte)- soleil (piano), fuyant vers une cadence qui ramène l'introduction (c'est ballot):

opus130

On va de si bémol à sol bémol (ce qui est pour le moins inhabituel). Le court développement est le seul tissu cohérent du mouvement, avec une pulsation continue, quasi-militaire.

Deux "petits" mouvements intercalaires (un presto et une danse allemande avec soufflets, découpée en éléments simples sur la fin) encadrent un beau mouvement Andante en ré bémol, en forme sonate sans développement. Musique parfaitement insouciante, joueuse et pleine de trouvailles, comme un ruisseau campaganrd riche en poissons. Stravinsky (*double prosternation rituelle*) écrit: "alors que l'Andante semble écumer la surface des émotions personnelles du compositeur aussi légèrement qu'un hydroglisseur - ceci par rapport au plongeon en profondeur de la Cavatine, son élan musical, quel que soit le prix que le compositeur ait payé et ses sentiments ultérieurs à son égard, est le moins superficiel des deux." et aussi que "le Génie frappe au hasard, et que dans le cas de la Cavatine il n'a pas frappé très profondément".  Pour être juste, cette Cavatine devient intéressante avec l'épisode beklemmt, en do bémol majeur (qui m'a rappelé l'hallucination de l'air de Florestan). Quant à la Grande Fugue, elle continue à m'intimider et j'ai déjà été bien long.

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