jeudi 29 novembre 2012

Requiem de Dvorak

Un Requiem à griffe: un thème en forme de croix, un BACH simplifié et renversé: deux demi-tons ascendants encadrent un ton descendant; impossible de le louper, le Requiem démarre par ça et on l'entend très souvent dans l'oeuvre (du coup une des chansons des demoiselles de Rochefort m'a trotté en tête toute la soirée, Perrin chante quelque chose qui ressemble beaucoup à ce thème). Curieux attelage: texte latin d'une part, musique slavisante d'autre part (beaux choeurs a cappella et prédilection pour le très grave: basse profonde solo, contrebasson dans l'Offertoire). Le texte du Requiem est vraiment impossible ("Placez-moi parmi les brebis, Séparez-moi des béliers, En me mettant à droite"; il faut vraiment avoir une commande duFestival de musique sacrée de Birmingham pour avoir envie de mettre un texte pareil en musique). Bien aimé le Graduale (merveilleux air de soprane, orchestration délicate), le Tuba Mirum (chabraque,avec des ploums à la Verdi), la fin du Lacrymosa (le choeur a cappella), l'Offertoire (pompier comme on aime, qui finit par un quam olim Abrahae, qui je vous le donne en mille, est une fugue..... un des rares moments de vitalité rythmique de l'oeuvre, irrésistible), et l'extrême fin de l'oeuvre. Merci à guillaume à qui je dois cette découverte.

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dimanche 25 novembre 2012

BSB2 (en fait, SBB) aux Bouffes du Nord

Programme de luxe. J'en profite après le concert pour relire les bons auteurs (plutôt Buch que Stuckenschmidt sur Schönberg, par exemple) et les piller ici sans vergogne, en bon blogueur.

Schönberg: quatuor n°2 en fa# opus 10.  Splendeur. Pour faire simple (il existe suffisamment de littérature sur le sujet), le quatuor file tout droit en 4 mouvements vers l'atonalité, mettant en scène une crise dans les deux mouvements centraux.  Le 1er mouvement s'entend assez clairement comme une forme sonate; on sent bien la zone deuxième thème (à pulsation de valse) et la réexposition du thème principal est très marquée (mais en la et pas en fa#, pour une raison qui m'échappe). Le deuxième mouvement est un scherzo agité et ludique (avec le Lieber Augustin en trio). Le 3ième mouvement (Litanie) est une bonne occasion de réviser ses préjugés: un quatuor peut faire BEAUCOUP de bruit, même face à une chanteuse déchaînée dans l'aigü. On se dit que l'affrontement va être sans pitié dès l'intervention fortissimo du violoncelle, qui marque le début des hostilités et on en oublie de remarquer que le thème de violoncelle est le même que celui du 1er mouvement. Le dernier mouvement est l'une des pages les plus somptueuses de toute l'histoire de la musique et je n'en dirai pas plus.

Boulez: Livre pour quatuor, parties 3a, 3b, 3c et 5a. D'après le programme, des pages "où l'écriture se laisse le plus aller aux contrastes expressifs", avec une utilisation des trilles comme dans la Grande Fugue. J'imagine que cela devrait suffire à notre bonheur (mais j'en doute).

Beethoven: quatuor opus 130 en si bémol. Un des quatuors les plus déroutants de la série. Dans le premier mouvement, le discours est dispersé à un point rare. Entre une "introduction" qui revient à plusieurs reprises (et essaime avec rythme  croche-2 doubles), un thème d'Allegro en 123 (forte)- soleil (piano), fuyant vers une cadence qui ramène l'introduction (c'est ballot):

opus130

On va de si bémol à sol bémol (ce qui est pour le moins inhabituel). Le court développement est le seul tissu cohérent du mouvement, avec une pulsation continue, quasi-militaire.

Deux "petits" mouvements intercalaires (un presto et une danse allemande avec soufflets, découpée en éléments simples sur la fin) encadrent un beau mouvement Andante en ré bémol, en forme sonate sans développement. Musique parfaitement insouciante, joueuse et pleine de trouvailles, comme un ruisseau campaganrd riche en poissons. Stravinsky (*double prosternation rituelle*) écrit: "alors que l'Andante semble écumer la surface des émotions personnelles du compositeur aussi légèrement qu'un hydroglisseur - ceci par rapport au plongeon en profondeur de la Cavatine, son élan musical, quel que soit le prix que le compositeur ait payé et ses sentiments ultérieurs à son égard, est le moins superficiel des deux." et aussi que "le Génie frappe au hasard, et que dans le cas de la Cavatine il n'a pas frappé très profondément".  Pour être juste, cette Cavatine devient intéressante avec l'épisode beklemmt, en do bémol majeur (qui m'a rappelé l'hallucination de l'air de Florestan). Quant à la Grande Fugue, elle continue à m'intimider et j'ai déjà été bien long.

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jeudi 22 novembre 2012

Tamestit dans Bach à Gaveau

Merci à Klari sans qui j'aurais loupé ce concert exaltant consacré aux suites pour violoncelle de Bach transcrites à l'alto (1, 3 et 5 donc sol, do et do mineur).  Impressionné par la maîtrise de l'archet de Tamestit, qui retient parfois des coups d'archet mettant particulièrement en valeur les aspérités rythmiques du discours. Le concert était construit avec le même soin que le concert Hindemith qui m'avait tant plu, avec deux interludes entre chaque suite, le premier avec le sublime 1er mouvement de la sonate de Ligeti, Hora lunga, une musique inspirée qui épuise le potentiel de la corde de do, le second avec l'Elégie de Stravinsky, qui introduit bien le climat de la suite en ut mineur. Public enthousiaste et encombrant (un nombre record de boîtes d'alto). En bis, le cheval de bataille des altistes, le Hindemith "so rasch wie möglich", bien dans son élément naturel pour conclure une soirée d'hommage à Bach.

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mardi 20 novembre 2012

BSB1 aux Bouffes du Nord

Le quatuor Diotima (précis et spectaculaire, merveilleux violon 1 (chose que je déteste devoir écrire à propos d'un quatuor)) dans: 

  • Beethoven: quatuor n°12 opus 127 en mi bémol. Je m'embrouille à chaque fois dans les numéros, mais c'est bien celui-là, je crois, mon préféré dans les derniers quatuors. Sans doute en raison de la profonde joie tellurique, l'atmosphère de très haute pression que j'y entends, dans chacun de ses mouvements. Le 1: celui avec l'ouverture en portique (très spectaculaire, hier soir) répétée à trois moments clé, sur mi bémol, sol puis do (!).... et la sublime cadence avec les retards et la montée dans l'aigü. Le 2: immense et magnifique thème et variations en la bémol, avec beaucoup de surprises (on va jusqu'à bifurquer jusqu'en mi). Le 4: celui avec le thème paysan très rythmique, qui finit dans une étrange péroraison ternaire.
  • Boulez: le Livre pour quatuor, parties 1a et 1b. ça démarre très mal, comme une caricature de musique sérielle: 12 sons, les 4 instruments avec des hauteurs différentes dans 3 modes de jeux.... ça se complexifie, notamment dans la deuxième section, nettement plus virtuose.
  • Schönberg: 1er quatuor opus 7 en ré, que je n'ai pas si souvent eu l'occasion d'entendre en concert. En quatre mouvements enchaînés, avec une impression de gigantesque forme sonate (la réexposition du tout début, si véhément, intervient avant le début du mouvement lent, par exemple; la musique du finale reprend des éléments déjà entendus plus tôt). Il fallait bien une structure un peu ferme pour assembler toutes ces musiques d'ambiance, tour à tour fiévreuses, ironiques, glissantes, vénitiennes, glamour, passionnées, fatoumesques, fantomatiques.... (ça glisse très vite d'une ambiance à l'autre). Je note avec satisfaction qu'un des plus beaux moments, à la fois par sa simplicité et sa tendresse, est réservé à l'alto, dans le mouvement lent. 

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vendredi 26 octobre 2012

Phaëton, de Lully

Auvity superstar (les autres de la bande à Rousset sont très bien, notamment Gonzalez Toro en Phaëton, Arquez en Libye, Druet en Théone, mais Auvity.... il est la rhétorique baroque, tout siemplement). Successivement, en emmerdeur qui vient titiller ce pitre de Protée (shortons: enfin, Protée, c'est fini, ces gamineries, raconte-nous plutôt la fin du film); en Soleil qui finit par déclencher l'épreuve de force avec son fils; en déesse de la terre qui "va se retirer en ses antres les plus creux", à la toute fin de l'opéra (à 2h36' du début ici).

Deux belles chaconnes: l'une orchestrale, à la fin de l'acte II; l'autre pour la lamentation de Théone. Une danse irrésistible à hémioles (Minkowsky y met beaucoup plus de gloss que Rousset). Les beaux choeurs (à l'acte IV celui avec le "Ne cessons jamais" fugué ; le choeur en S: Isis exauce nous, très réussi chez Rousset). 

Livret (ici) baroque au possible. Evidemment, on se sent moins concerné qu'avec celui de Médée, mais on ne refuse pas une excursion au Palais des heures, là où trône le soleil.

(Phaëton tombe; le rideau aussi)

C'est que je finirais par aimer la musique de Lully, moi.

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lundi 22 octobre 2012

Médée, de Charpentier

Emerveillement: je n'avais jamais vu Médée, je n'ai chez moi que la compilation de la version Christie/Hunt (que j'adore et qui comporte les moments les plus infernaux), mais pas l'intégrale. La perspective change quand on voit toute l'oeuvre, cette marquetterie de micro-scènes (changement de tempo toutes les deux phrases, comme chez Stravinsky) et qu'on suit et comprend le texte (plein de phrases à double sens, ce qui me ravit). 

Médée est la méchante idéale, dont on rêve tous, casse-cou ("Quand tu te vantes d'estre Roy, Souviens-toy que he suis Medée") et dotée de pouvoirs magiques suscitant une envie non dissimulée (on retient l'idée de la robe verte à empoisonnement différé, déclenchable à distance. Pratique, élégant et ludique, proche de la cuisson des fondants au chocolat).

Jason (magnifique Anders Dahlin) face à Médée (Michèle Losier) : une voix de haut de contre, légère et agile, qui essaie de fuir en s'échappant par le haut mais forcément bloque sur une voix de femme, océanique, capiteuse et lourde. L'opéra bascule quand elle décide de faire dégager toutes ces humeurs noires (quelque part au milieu de l'acte III, après une ultime séance de conciliation ("Mais je parts, & vous demeurez.": un des plus grands moments de Charpentier)

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jeudi 11 octobre 2012

les règles du château (Goerne Barbe Bleue)

Le grand moment d'amour, c'est juste avant l'ouverture de la troisième porte; le grand fauve blessé à la voix voilée (Goerne-Barbe Bleue) chante, sur des ébranlements de harpe: "mon château tremble de toutes parts (...) il est doux le sang des plaies qui se réouvrent". (je retranscris à ma sauce ce dont je me souviens des surtitres, je ne trouve pas deux traductions cohérentes de cette réplique sur le web). C'est lui la forteresse fatiguée des sièges, et elle le guerrier qui donne les coups de boutoir. Malgré les imprefections (un problème de balance, parfois),  Goerne- Zhidkova n'est pas loin d'être une combinaison idéale.

(Accessoirement, tant que vous me lisez, monsieur le père Noël poste restante, si on pouvait donner la Cantata Profana, de temps en temps, ce ne serait pas de refus)

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mardi 2 octobre 2012

2e2m au Goethe Institut

Si je résume ce qu'a dit la modératrice, il y avait au programme de ce concert 2e2m deux "valeurs sûres"....

* Henze avec des pièces inspirées du folklore styrien (Neue Volkslieder und Hirtengesänge, pas inoubliable) pour petit ensemble

* Grisey avec Anubis et Nout, une pièce pour saxophone en deux morceaux, l'un plus rythmique, l'autre cool et prophétique, avec des multiphoniques)

... deux "petits jeunes" ....

* Simon Steen-Andersen avec History of my instrument pour harpe seule. Une pièce comme on en voit rarement au concert, avec peu de musique mais des effets vidéo très drôles jouant sur la surface de la harpe (et il y avait aussi une petite harpe en plastique rose Hello Kitty, qui m'a bien fait envie).

* Fabien Lévy avec Dr B, une pièce pour baryton et basson, d'après le Joueur d'Echecs de Zweig. Là aussi une pièce "impure", qui joue sur l'antagonisme entre les deux personnages (hoquets, déplacements sur l'échiquier et pantalons blancs et noirs). Ce n'est pas faire injure au musicien que de préférer A propos.

.... et un fil conducteur, die Zeit rennt, une pièce électroacoustique d'Adamek jouée entre chaque morceau, à partir d'éclats de voix (c'est une pièce qui n'a fait tousser personne mais qui a libéré la parole dans le public, qui avait sans doute des tas de choses à dire) 

 

 

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dimanche 30 septembre 2012

Bruckner 8

J'ai trouvé ça passionnant pendant le concert, comme un gros roman riches en péripéties et personnages, et là, je trouve ça .... gênant, oui, carrément gênant quand je le réécoute ici dans le bureau avec partition à l'écran (d'ailleurs, le chaton adoré ferme rageusement la porte et lance des représailles non graduées, du genre allumer la télé pour des talk-shows politiques). Ce que je retiens du bousin, donc, au jour d'aujourd'hui:

1- L'Allegro initial: un mouvement sonate, l'exposition est en trois grands pans: 1- un truc pointé en do mineur, instable et malcommode 2- une rémission lyrique en majeur, avec Brucknerrhythmus 3- une séquence stress: pizz puis apocalypse (p 16 et 44: quel que soit le point de départ, la chute sera la même. C'est beau comme du Messiaen, de la théologie en action). Dans le développement, un moment Fassbinder: ironie, gloss et équivoque (p. 24). A la fin, l'horloge des morts, le Totenuhr des trompettes: moment bib bip coyote, où les trompettes continuent à trompetter seules alors que tout le monde s'est arrêté .... Comme les trompettes ne faisaient que le rythme, c'est aux cordes de liquider le thème, dans une ambiance funèbre à la Eroica II.

2- Le scherzo: le triomphe de la répétition, façon Sécession (inutile de répéter 150 fois que je trouve ça magnifique)

3- Le mouvement lent (ABA'B'A"B"A; B' est page 113 et B" est très court). Début à la panique haydnienne: mais qu'annonce donc ce rythme chaloupé? (samba? nuit d'amour? binaire? ternaire? c'est un début pour le moins équivoque pour une oreille innocente). Fin de la séquence A avec les harpes "qui font du bien" (copyright MK), déception, on ne les entendra que trois fois dans le mouvement. A": agitation maximale, sur un fond de sextolets (le pgcd des valeurs de la chaloupe initiale: ça tangue sec, on n'est pas dans l'adagietto de la 5ième de Mahler)

4- Le finale: encore une exposition en trois pans, interrompus par des silences (quelle bonne idée). Au début, un fulgurant appel de cuivres (sur fond de cordes à rythme pointé - en fait ce sont des snapshots, pas liés), avec un solo de timbale non moins fulgurant. Page 157, un vrai moment de gaîté (les flûtes ou de clarinettes gazouillent, c'est délicieux). Coda monstrueuse, qui reprend quatre thèmes de la symphonie, en une régurgitation inquiétante.

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mercredi 12 septembre 2012

Vus

 Excellent: In Another Country (3X Huppert en Corée), The We and The I (premier Gondry ever à me plaire), Into the abyss, César doit mourir (deux films de prison, forts chacun dans leur genre), Wrong (pour la séquence où ça pleut au bureau), Amour (pénible mais fort, vu à côté d'un garçon qui s'est tortillé pendant tout le film)

Entre deux:Killer Joe (trop de pilon de poulet), Camille redouble, Vous n'avez encore rien vu (le Resnais plutôt réussi sur Orphée et Eurydice au cube, mais sortez donc Arditi/Azéma))

A oublier: Une famille respectable (iranien mais juste mauvais), Dans la maison, Cherchez Hortense (Isabelle Carré bosniaque ?!?), Reality (dormi comme un loir pendant Garrone)

 

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