jeudi 11 octobre 2012

les règles du château (Goerne Barbe Bleue)

Le grand moment d'amour, c'est juste avant l'ouverture de la troisième porte; le grand fauve blessé à la voix voilée (Goerne-Barbe Bleue) chante, sur des ébranlements de harpe: "mon château tremble de toutes parts (...) il est doux le sang des plaies qui se réouvrent". (je retranscris à ma sauce ce dont je me souviens des surtitres, je ne trouve pas deux traductions cohérentes de cette réplique sur le web). C'est lui la forteresse fatiguée des sièges, et elle le guerrier qui donne les coups de boutoir. Malgré les imprefections (un problème de balance, parfois),  Goerne- Zhidkova n'est pas loin d'être une combinaison idéale.

(Accessoirement, tant que vous me lisez, monsieur le père Noël poste restante, si on pouvait donner la Cantata Profana, de temps en temps, ce ne serait pas de refus)

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mardi 2 octobre 2012

2e2m au Goethe Institut

Si je résume ce qu'a dit la modératrice, il y avait au programme de ce concert 2e2m deux "valeurs sûres"....

* Henze avec des pièces inspirées du folklore styrien (Neue Volkslieder und Hirtengesänge, pas inoubliable) pour petit ensemble

* Grisey avec Anubis et Nout, une pièce pour saxophone en deux morceaux, l'un plus rythmique, l'autre cool et prophétique, avec des multiphoniques)

... deux "petits jeunes" ....

* Simon Steen-Andersen avec History of my instrument pour harpe seule. Une pièce comme on en voit rarement au concert, avec peu de musique mais des effets vidéo très drôles jouant sur la surface de la harpe (et il y avait aussi une petite harpe en plastique rose Hello Kitty, qui m'a bien fait envie).

* Fabien Lévy avec Dr B, une pièce pour baryton et basson, d'après le Joueur d'Echecs de Zweig. Là aussi une pièce "impure", qui joue sur l'antagonisme entre les deux personnages (hoquets, déplacements sur l'échiquier et pantalons blancs et noirs). Ce n'est pas faire injure au musicien que de préférer A propos.

.... et un fil conducteur, die Zeit rennt, une pièce électroacoustique d'Adamek jouée entre chaque morceau, à partir d'éclats de voix (c'est une pièce qui n'a fait tousser personne mais qui a libéré la parole dans le public, qui avait sans doute des tas de choses à dire) 

 

 

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dimanche 30 septembre 2012

Bruckner 8

J'ai trouvé ça passionnant pendant le concert, comme un gros roman riches en péripéties et personnages, et là, je trouve ça .... gênant, oui, carrément gênant quand je le réécoute ici dans le bureau avec partition à l'écran (d'ailleurs, le chaton adoré ferme rageusement la porte et lance des représailles non graduées, du genre allumer la télé pour des talk-shows politiques). Ce que je retiens du bousin, donc, au jour d'aujourd'hui:

1- L'Allegro initial: un mouvement sonate, l'exposition est en trois grands pans: 1- un truc pointé en do mineur, instable et malcommode 2- une rémission lyrique en majeur, avec Brucknerrhythmus 3- une séquence stress: pizz puis apocalypse (p 16 et 44: quel que soit le point de départ, la chute sera la même. C'est beau comme du Messiaen, de la théologie en action). Dans le développement, un moment Fassbinder: ironie, gloss et équivoque (p. 24). A la fin, l'horloge des morts, le Totenuhr des trompettes: moment bib bip coyote, où les trompettes continuent à trompetter seules alors que tout le monde s'est arrêté .... Comme les trompettes ne faisaient que le rythme, c'est aux cordes de liquider le thème, dans une ambiance funèbre à la Eroica II.

2- Le scherzo: le triomphe de la répétition, façon Sécession (inutile de répéter 150 fois que je trouve ça magnifique)

3- Le mouvement lent (ABA'B'A"B"A; B' est page 113 et B" est très court). Début à la panique haydnienne: mais qu'annonce donc ce rythme chaloupé? (samba? nuit d'amour? binaire? ternaire? c'est un début pour le moins équivoque pour une oreille innocente). Fin de la séquence A avec les harpes "qui font du bien" (copyright MK), déception, on ne les entendra que trois fois dans le mouvement. A": agitation maximale, sur un fond de sextolets (le pgcd des valeurs de la chaloupe initiale: ça tangue sec, on n'est pas dans l'adagietto de la 5ième de Mahler)

4- Le finale: encore une exposition en trois pans, interrompus par des silences (quelle bonne idée). Au début, un fulgurant appel de cuivres (sur fond de cordes à rythme pointé - en fait ce sont des snapshots, pas liés), avec un solo de timbale non moins fulgurant. Page 157, un vrai moment de gaîté (les flûtes ou de clarinettes gazouillent, c'est délicieux). Coda monstrueuse, qui reprend quatre thèmes de la symphonie, en une régurgitation inquiétante.

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mercredi 12 septembre 2012

Vus

 Excellent: In Another Country (3X Huppert en Corée), The We and The I (premier Gondry ever à me plaire), Into the abyss, César doit mourir (deux films de prison, forts chacun dans leur genre), Wrong (pour la séquence où ça pleut au bureau), Amour (pénible mais fort, vu à côté d'un garçon qui s'est tortillé pendant tout le film)

Entre deux:Killer Joe (trop de pilon de poulet), Camille redouble, Vous n'avez encore rien vu (le Resnais plutôt réussi sur Orphée et Eurydice au cube, mais sortez donc Arditi/Azéma))

A oublier: Une famille respectable (iranien mais juste mauvais), Dans la maison, Cherchez Hortense (Isabelle Carré bosniaque ?!?), Reality (dormi comme un loir pendant Garrone)

 

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mercredi 1 août 2012

Berne

Plusieurs musées

* ALPS: un musée sur les Alpes, où l'on peut voir beaucoup de maquettes de massifs en 3D (dont certaines anciennes) et une sélection d'objets (le Fart n°7 de Säntis m'a beaucoup amusé, allez savoir pourquoi). 

* le musée d'histoire de la ville de Berne, dans un beau bâtiment début de siècle. Trois belles salles, une autour de la coalition qui s'est formée contre les bourguignons; une autre autour de l'antependium d'Othon de Grandson (un extraordinaire tissu rouge de Chypre); la dernière, enfin, autour du trésor de Köngisfelden et d'Agnès de Hongrie. On se croirait dans un livre de Cingria.

* et surtout le centre Paul Klee. Le bâtiment ondulant de Renzo Piano est coincé juste devant une autoroute, mais à l'arrière, ce sont des champs de blé et les molles collines de la campagne bernoise, avec le cimetière où repose Klee. L'exposition du moment: Esprits et fantômes, Klee vs Polke. Avec beaucoup de dessins de Klee, très bien mis en valeur. On voit notamment beaucoup d'oeuvres de la dernière période bernoise de Klee (marquée par la maladie), Insula Dulcamara par exemple. La série des URCHS, les métamorphoses d'animaux (le chat-lapin). La série de déesses (regardées avec une pointe d'ironie). La photo avec Bartok.

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vendredi 27 juillet 2012

Lenk Grindelwald

Une traversée est-ouest reliant plusieurs vallées descendant vers le nord, vers l'Aare et le lac de Thoune. Devenant de plus en plus impressionnante au fur et à mesure que l'on approche du massif de la Jungfrau. Via:

  • Lenk/ le haut Simmental. Un vieux souvenir de vacances, 35 ans plus tôt (dans un chalet où des français impertinents avaient dessiné dans le livre d'or une râpe à fromage avec des pièces de monnaie tombant). Le cimetière protestant (le chaînon manquant entre nos cimetières et le cimetière juif de Prague). Les vaches du Simmental. Le distributeur automatique de fromage (avec la caisse accessible pour pouvoir se rendre la monnaie). Le cirque karstique et les Siebenbrunnen. La vallée d'Iffigensee (il faudra que je retrouve chez mes parents la photo de mon oncle cet été-là)

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  • Le Hahnenmoospass. Une montagne à vache fort aimable. Toute l'infrastructure qui couronne le col n'était pas là dans les années 70. Le bidule qui fait fureur ici est le modélisme.
  • Adelboden: le "Trottiland". Dès que nous entrons dans la vallée, nous sommes assaillis de trottinettes (qui sont montées en téléphérique). Un feu rouge à trottinettes (aux horaires du bus postal). Une voie pour les vélos, une pour les trottinettes, une pour les piétons. Adelboden est renommée pour sa source d'eau minérale, c'est une aimable bourgade étagée 50m au-dessus du torrent. Nous logeons à l'entrée de l'Engstligental, 50m au-dessus du torrent, mais de l'autre côté.

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  • Le Bunderspitz: c'est un massif très visible de loin, avec deux cols accessibles au randonneur, vers 2400-2500m pour passer dans la vallée de Kandersteg. Celui que nous empruntons, le plus haut, me rappelle le col des Grangettes, une montée sans histoire donnant sur un à-pic peu engageant. Vue magnifique sur la balade du lendemain et les premiers sommets "sérieux " de l'Oberland. Descente d'Allmenalp par un téléphérique antédiluvien, comme accroché par une corde formant un angle très aigü avec la paroi. Il faut verrouiller soi-même la cabine et appeler la station d'en-bas pour qu'ils fassent descendre la cabine...
  • Kandersteg: une grosse station sur une ligne de train fréquentée, qui relie Spiez à Brig (via un tunnel qui traverse la ligne de partage des eaux Rhin-Rhône). Pleine d'anciennes splendeurs. Les Japonais adorent, apparemment. La densité de scouts est aussi assez inhabituelle, il y a un espèce de congrès mondial dans la vallée.
  • Le Hohtürli (la haute petite porte, 2778m). Magnifique montée, d'abord le long d'Oeschinensee, un lac canonique à sapins et eau turquoise, ensuite dans un alpage puis le long d'une moraine. Aucune difficulté de ce côté. De l'autre côté (vers le Kiental), c'est une autre affaire. Il y a en particulier un long escalier très raide (avec cordes pour s'assurer) sous une corniche d'où ont la mauvaise idée de choir quelques cailloux. L'un deux tombe très près d'une jeune femme qui monte, ce qui rend hystérique un touriste suédois. Du coup (et sur son conseil mal avisé), nous redescendons le corps face à la montagne (à l'envers, donc), ce qui est une très mauvaise idée car l'escalier est vraiment très long. Un peu plus bas, la vue est immense, portant au-delà du lac de Thoune. La descente dans le Kiental est interminable et nous faisons une halte dans une gargote où un gros chien noir a une furieuse envie de jouer avec tous les randonneurs venus se protéger de la pluie. Nuit à la pension Golderli, confort sommaire mais nourriture délicieuse et vue de rêve.

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  • Mürren. Journée plus calme, pendant laquelle nous ne faisons qu'un bout (aller retour à la Rotstockhütte depuis Mürren) de ce qui était prévu (Kiental-Mürren via la Sefinenfurgge; vu l'expérience du Hohtürli, aucune envie de recommencer à stresser). Impresssion paradisiaque de plateau d'Emparis: une balade sur un plateau très fleuri devant un paysage de glaciers, comme à portée de main.

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  • Lauterbrunnen: le village dans le bas de la vallée en U, sur la ligne d'Interlaken. Les touristes chinois.
  • Dernière étape, l'une des plus courues: Wengen-Grindelwald. Devient impressionnant à partir de Wengenalp, d'où l'on revoit Sefinenfurgge. Le piquenique sous le bosquet, face au trio magnifique (Jungfrau, Mönch et Eiger). La cohue à la Grosse Scheidegg. Le ciel qui s'obscurcit en un rien de temps. La paroi de l'Eiger. L'hôtel et les touristes asiatiques (japonais et thaïlandais). Le temple dont la porte est à ouverture automatique (terrifiant)

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mercredi 27 juin 2012

En vrac

Au cinéma: le Faust de Sokourov (magnifique et parfois abscons; quelle belle langue que cet allemand-là) et Adieu Berthe (très drôle, mais au fond assez décevant)

A l'opéra: Hippolyte et Aricie. Arbitrages incompréhensibles, comme à la cour du roi Hollande (il ya quand même "Toi, tremble, Reine sacrilège; Penses-tu m’honorer par d’injustes rigueurs ? dans les dents pour Merkel). Profusion de tenues lamellibranches, les champignons poussant sans doute avec l'humidité  ("Quel bruit ! Quels vents ! Quelle montagne humide !"). Le livrettiste sabote conscieusement toute velléité de construction dramatique (l'acte III, du grand n'importe quoi: on enchaîne direct le drame affreux de Thésée à une fête de réjouissance avec tambourins). Je m'ennuie toujours pendant le Prologue et l'acte V. Tout le reste: génial. Quelque chose que je n'avais jamais vu à l'opéra: pendant les applaudissements, la chef fait saluer certains pupitres séparément à la fin (les belles couleurs de Rameau). Degout éclipse mon souvenir de Naouri en 1996 dans cet opéra, pas sûr en revanche d'avoir entendu mieux que Hunt et Padmore.  

Au concert: Bartok/Salonen (III) avec Lugansky. Tempi insensés et souplesse de chat. Je me suis régalé pendant le 3ième concerto (avec le mouvement lent qui cite le chant de reconnaissance de l'opus 132). J'étais venu pour le Prince de bois. Je retiens que le monde peut commencer à exister avec l'acord parfait sur do + sib et fa#, ça peut toujours servir.


 

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dimanche 24 juin 2012

Belle-Île 5 ans après

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Je recherche en vain sur ce blog à quelle date nous étions allés à Belle-Île la dernière fois. Heureusement il y a webarchive sur lequel je retrouve ce billet-ci (du 16 août 2007) que je copicolle ici pour la postérité:

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Son inconscient fait des progrès, lui pas

Papa au téléphone:

- L'essentiel, c'est que vous ayez eu, enfin je veux dire que tu aies eu le beau temps

(comme il m'a fait trois fois le coup dans le même coup de fil, ça m'est remonté au cerveau)

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dimanche 10 juin 2012

Vu:

Plusieurs films pas complètement convaincants:

* Ave: le film bulgare avec une fille joueuse et pot de colle (un ingrédient classique de bon film), et une scène impressionnante de banquet d'enterrement à la campagne, près du Roustchouk natal de Canetti.

* Cosmopolis: oui, oui, le cercueil capitonné qui vole lentement, les 24 dernières heures d'un new-yorkais, à la After Hours, tout cela est bien MAIS pour comprendre l'état du monde, il me semble TOUT DE MÊME que le dernier discours de Soros à Trente est franchement plus passionnant.

* The day he arrives (Hong Sang Soo): encore une relative déception (sans doute parce que le film est claustrophobe, ne s'aventurant pas en dehors des cafés et des restaurants de Séoul, la nuit). 

* Moonrise Kingdom: celui avec le déluge de Noé de Britten, assassiné ici (et je suis assez d'accord sur les ventes de mégaphones). Mais j'ai tout de même bien aimé, notamment les deux génériques, petites machines délectables (surtout celui du début).

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vendredi 1 juin 2012

Bruckner 4-4

Bon, ce billet pour enfin en finir avec cette satanée 4ième de Bruckner - et vous signaler un bon et sans doute ultime billet de mon chef de pupitre préféré sur le sujet.

(J'ai toujours aimé les trois premiers mouvements de cette symphonie, dont la beauté est évidente (surtout le scherzo, qui convertirait à la chasse la mamie dépressive la plus végétarienne), mais ce qui m'a vraiment marqué cette fois, c'est son finale. Musique riche, protéiforme, alternant des passages presque triviaux, viennois, avec d'autres plus minéraux, énigmatiques, sortes de chants du signe (comme chez Mahler 6-4 avec ses coups de marteau). Les noces de Vienne avec la science-fiction. Je pense à ces trois moments apocalyptiques: le début du mouvement (qui m'a toujours déplu jusqu'au moment où j'ai enfin compris de quoi il retournait), le début du développement (8'48" dans le lien spotify) et la coda (23'48"). Basés tous les trois sur un motif de trois notes aux cuivres traité de trois façons différentes:  au début, octave descendante suivie d'un autre intervalle descendant (tierce ou seconde); au milieu, la même chose ascendante; à la fin, la superposition des deux, ascendant+ descendant. Comme si le début du mouvement, c'était l'atterrissage angoissant d'un aérolithe (il m'a fallu du temps pour comprendre que le grand thème à l'unisson en mi bémol, c'était la même chose que l'accumulation névrotique et accélérée des formules descendantes); le milieu, son voyage (avec les formules passion selon Saint-Jean, voir Mathieu, qui prolifèrent); et la fin, sa transfiguration, avec l'hélice vertigineuse qui fait passer de mi bémol mineur au majeur, et conclut la symphonie dans la lumière de midi.)

 

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