dimanche 21 mars 2004

Triple agent, d'Eric Rohmer


Triple agent est un film magnifique, aux résonances multiples que je ne vais pas déflorer ici. Il m'a avant tout rempli d'une grande mélancolie. On y a, plus que dans tout autre film de Rohmer, l'image (renoirienne ?) de personnages qui s'agitent pour des motifs obscurs avant de disparaître. L'épilogue est à ce propos d'une sécheresse terrible.

C'est aussi le portrait bouleversant d'une femme, sensuelle, rieuse, aimante, fragile.

Il faudrait parler des couleurs, des oubliés de l'Histoire, d'un Barbebleue qui réussirait à convaincre sa femme, de la façon dont on prononçait fascisme avant les années 70. J'arrête là, je m'en voudrais d'être plus pédant que pédé.

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mardi 16 mars 2004

il deviendrait presque sympathique, çuilà

C'est Blair, d'après le Monde de ce soir, qui aurait dit à Aznar, qui se plaignait de n'avoir que 4% d'opinions favorables: Mince alors ! C'est moins que le nombre de gens qui croient qu'Elvis Presley est encore vivant.

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lundi 1 mars 2004

Derniers remords avant l'oubli, de Jean-Luc Lagarce


Dernier remords avant l’oubli m'a complètement ébloui; cela faisait longtemps que je n'avais pas autant vibré au théâtre (telle une cloche: dong, donc), en spectateur d'une pièce drôle, rageuse, jubilatoire et profondément pessimiste.

C'est une pièce de chambre, à six personnages. Hélène et Paul viennent à la campagne rendre visite à Pierre, dans la maison où ils ont vécu un ménage à trois, autrefois, et où Pierre habite encore, seul. Hélène souhaite vendre sa part de la maison. Hélène et Paul ont refait leur vie, chacun de son côté; deux pièces rapportées, à fort potentiel comique, sont là ainsi que la deuxième fille d'Hélène (et de qui ? on ne le saura pas), à fort potentiel sarcastique.

Le contenu informationnel est amaigri, à dessein. Ce que le spectateur ne sait pas est presque aussi important que ce qui lui est donné à savoir. L'essentiel est ailleurs, réside dans ces rapports de force qui se nouent avec des phrases très simples. Ainsi, après le début de la pièce (une succession de Tu vas bien ? Vous allez bien ? Est-ce que vous allez bien ? sur tous les tons, avec un effet comique garanti), Pierre entame une tirade longue, dont le contenu informatif est en substance: je ne dirai rien, c'est à vous de commencer de parler. A cela, Hélène répond, folle de rage, en deux mots, que Pierre est taciturne et compliqué ...(le spectateur ne comprend plus trop qui est taciturne et compliqué...) et suscite, en représailles, une nouvelle avalanche de dénégations de la part de Pierre.

Toute la pièce est une série de duels avec des phrases assénées à bout portant : je dois te dire que tu n’es pas quelqu’un de bien répété 15 fois de suite, sans qu'on sache vraiment pourquoi. C'est Pierre, qui résiste à la liquidation du passé, qui s'en prend le plus, et qui se réfugie dans le silence. Il n'y a pas de rémission, la pièce finit par une impasse et un aveu d'échec.

A ce titre, les scènes impliquant la fille d'Hélène sont particulièrement saignantes et savoureuses. Paul et sa femme projettent sur cette fille qui n'en a rien à cirer, l'un le souvenir heureux du passé, l'autre la rancune contre ce même passé dont elle est exclue. L'un et l'autre se font rembarrer sèchement par celle qui résume au public avec ironie l'histoire du trio:

Ils ont un peu tout fait : ils sont assez représentatifs, famille de la bourgeoisie naissante provinciale et commerçante. Poitiers, Dijon, Rouen, le triangle terrible, études larvaires, revendications diverses postadolescentes, montée vers la capitale, tentatives artistiques, littérature allemande et cinéma quart-monde, revendications multiples préadultes, fuite de la capitale, descente, l'air pur, la "vraie vie", alternatives artisanales, mauve et rose tyrien, le bonheur, le paradis, cette maison-ci, puis éclatement encore, chacun pour soi. (c'est mieux bien joué qu'écrit).

Voilà, j'ai insisté sur le côté noir, je n'ai peut-être pas dit l'ironie, l'élégance....le plus beau lapsus, c'est quand même, C'est moins grave que nous ne pouvions l'espérer.

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samedi 14 février 2004

dingue de Matthias Goerne


Mercredi je suis allé voir l'Orchestre de Paris, pour la Symphonie lyrique de Zemlinsky. J'avais deux bonnes raisons pour çà; c'est une partition avec laquelle je n'arrivais pas à accrocher (et c'est toujours mieux d'essayer le live dans ces cas là); c'est l'oeuvre la plus célèbre de Zemlinsky dont j'aime tant les quatuors (notamment le 2ième), et Berg la cite, en bonne place, dans sa suite lyrique.

En seconde approche, donc, c'est une oeuvre avec beaucoup beaucoup de notes, d'un style postromantique, mais raffinée comme celles de l'école de Vienne, et avec une pompe presque hollywoodienne pour évoquer l'Inde. On pense au chant de la Terre, mais autant je pense qu'il faut écouter le chant de la Terre comme une symphonie, en en suivant le fil de l'architecture musicale et en oubliant les voix, autant je trouve que la Symphonie lyrique gagne à être écoutée en lisant et comprenant le texte, très beau, de Tagore.

Comme la première partie des Gurrelieder, c'est une alternance de lieder de voix d'homme et de voix de femme (avec avantage à l'homme qui démarre; 4 au baryton et 3 à la mezzo). Les deux premiers décrivent la montée du désir, les 2 suivants l'accomplissement, les trois finaux la rupture. Contrairement aux Gurrelieder, il y a deux sphères bien séparées et inconciliables pour l'homme (pour faire simple, le prince travaillé par la métaphysique) et la femme (qui est plus dans la séduction et l'érotisme), avec des musiques de caractère différents. Je pense que c'est cet aspect qui a dû motiver Berg dans sa citation de la suite lyrique (dont on connaît maintenant l'arrière-plan biographique).

J'étais surtout venu pour Matthias Goerne. Il a grossi (il est presque bon pour le Bearsden:-) et il a une façon impressionnante d'extraire le souffle du torse, tout en utilisant l'ensemble du corps. Le résultat sonore est bouleversant, il a un grain de voix riche, jeune, et une diction subtile; une synthèse réussie de Prey et de Fischer-Dieskau. Je suis dingue (c'en est pathologique) de cette voix.

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Buongiorno notte, de Marco Bellochio


Curieux sentiment de jubilation au sortir de ce film riche et vibrant qui évoque l'enlèvement d'Aldo Moro.

Disons que sans vouloir jouer les spoilers, le personnage central du film est une femme qui mène une double vie et qui finit par en sortir (là, je rentre en résonance, telle une cloche; dong, donc). Une histoire de conversion et de libération (même seulement par l'imaginaire): voilà pourquoi je jubile, sans doute. C'est quelqu'un dont l'imaginaire, un peu abstrait, est celui de la révolution russe et de la lutte antifasciste et qui finit par être sensible au personnage d'Aldo Moro, le prisonnier, l'homme abandonné qui écrit des lettres sensibles et ferventes et qui sait qu'il va mourir.

Il y a une très belle scène, très curieuse, filmée du fond d'un ascenseur qui s'arrête à tous les étages, où on voit des gens paniqués par ce qu'ils voient dans l'ascenseur (que le spectateur ne voit pas, lui; on imagine le pire, un cadavre ) et se ruer dans les escaliers. Le seul personnage à affronter de face ce qu'il y a dans l'ascenseur (je ne dirai pas ce que c'est), c'est ce garçon intuitif et courageux, qui a su voir l'héroïne et qui, sans rien savoir de sa deuxième vie, l'a comprise.

Voilà, j'ai l'impression d'avoir écrit des choses mièvres et humaniste cucul, je ne voudrais pas donner l'impression que le film l'est. Les chiennes de garde de l'extrême gauche n'ont pas aimé (trop psychologique, l'idéologie des BR inexistente), les cathos ne devraient pas aimer non plus (l'attitude de Ponce Pilate de Paul VI qui avait l'air autant en forme que JPII aujourd'hui, les funérailles à St Jean de Latran évoquant le Soviet Suprême dans les années 70), le public italien a adoré, à juste titre à mon sens.

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samedi 7 février 2004

Le chat pue


C'est incontestable puisque même la boulangère s'est départie de son amabilité commerciale bien huilée en lâchant, quand G est allé chercher le pain: "Tiens, il y a une odeur bizarre....".

Ce n'est pas la faute au printemps précoce et son cortège de secrétions hormonales qui s'affolent, c'est la faute aux soldes: le chat s'est acheté une veste Barbour pour renouveler la garde robe. Je vous décris l'engin: il pue (mais c'est pour éloigner la pluie, qui n'aime pas les vestes qui puent, chacun sait çà); il est bleu marine (c'est pourquoi il est en soldes); il est manifestement trop court (mais mon chat est grand, çà doit être çà le problème); il est doublé d'une élégante fourrure synthétique blondasse qui va faire la joie des petits et des grands. Enfin, c'est toujours mieux que l'imper précédent (qui donnait l'air d'un clodo au chat), l'imper antépénultième où le problème n'était pas la texture (j'aurait dit de la peau de zob, très agréable au toucher) mais la couleur (qui a dû être à la mode dans les années 1890).

Je ferais mieux de balayer devant ma porte; de toutes façons, le chat est beau même dans les tenues les improbables; et s'il est Vladimir, je suis bien Estragon. En ce moment je traîne un anorak rougeasse mal coupé (donc en soldes) qui est invariablement sale.... mais au moins, ne pue pas, lui.

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dimanche 1 février 2004

Sémélé, de Haendel


Grâce à B et sa Grenoble connection, j'ai eu la chance d'assister à la pré-générale de Sémélé de Haendel, la nouvelle production de Marc Minkowski et ses Musiciens du Louvre au Théâtre des Champs Elysées. C'est un spectacle excitant qui devrait faire un tabac.

En liminaire, je tiens à dire que j'ai plutôt des a priori défavorables contre Haendel, je ne suis pas de cette chapelle-là; en opéra baroque, j'aime mieux Rameau ou Purcell. Mais le goût évolue, et surtout, je suis devenu plus patient et plus positif, donc je suis prêt à aller écouter 3 heures d'arias da capo. Ma voisine Adèle, 2 ans, la fille du corniste à ce que j'ai compris, est restée nickel chrome sans dire un mot pendant tout le premier acte: j'ai atteint ce stade, le stade d'Adèle, avec juste un peu de retard.

J'ai un problème avec les airs à qui Kobbé décerne le label de tubes haendeliens; je me dis que le goût a dû évoluer depuis l'époque de lord H., l'immortel rédacteur du Kobbé. Ce sont de beaux airs (surtout "Where'er you walk", l'air de Jupiter, dont lord Harewood dit drôlement que sa "fraîcheur éternelle résiste aux traitements qui lui ont fait subir les amateurs"), mais ils sont tous du même caractère apollinien et impérial, plein de plénitude. Et ce que moi j'aime le plus chez Haendel, ce sont les explosions d'énergie, le côté sportif (le choeur "Happy, happy" à la fin où tout le monde se déshabille, c'est de l'aérobic), les airs de fureur et de vengeance, et puis la musique affettuoso, avec les legatos aux cordes, presque préromantiques... l'action, quoi. Avec Sémélé on est servis de ce côté-là.

J'ai trouvé l'histoire (inspirée des Métamorphoses d'Ovide) et le thème (l'hubris, chacun à sa place) intéressants. Comme le résume B, Sémélé se fait carboniser à cause de cette salope de Junon. Sémélé est une mortelle que Jupiter séduit et enlève dans un cercle magique au sommet du mont Citharon. Mais la jalouse Junon veut se venger et convainc Sémélé, en prenant l'apparence de sa soeur, d'exiger de Jupiter qu'il se montre dans son apparence divine; mais ce faisant, Sémélé se condamne à mort, sans le savoir. C'est un peu le thème de Barbe Bleue, et de l'éternelle curiosité féminine. Il y a un minimum de psychologie, et un peu plus de zoologie. Sémélé est présentée dès le début associée à une alouette, dans un air de virtuosité à roulades; dans cette veine, l'air de confrontation finale avec Jupiter est éblouissant (et m'a rappelé celui de la Folie dans Platée de Rameau). La musique traite parfois Sémélé comme une poupée victime (l'air du miroir), le jouet des coups du destin. La veine ornithologique est cultivée par la mise en scène, les deux méchantes (Junon et sa soeur) étant représentées comme des rapaces, avec des robes de cour à balai brosse genre Ménines.

D'un point de vue vocal, il y a un couple étonnant: mezzo/ contreténor, et c'est le seul qui marche... puisqu'ils se marient à la fin. Ces deux personnages ont exactement la même tessiture, d'ailleurs ils font un duo où ils roucoulent autour des mêmes notes. Tout le contraire de Sémélé et Jupiter (soprano/ ténor), aux timbres bien séparés.

Un personnage accompagne toute l'action, c'est Cupidon. Rock star androgyne, il utilise sa flèche de façon tout expressive ("New desire I'll inspire..."), mais petit à petit la flèche devient canne d'aveugle. Et à la fin, quand Sémélé se fait manipuler par Junon, Cupidon est devenu totalement aveugle.

Il y a beaucoup de belles idées de mise en scène, parfois de l'humour de potache anglais (genre Jupiter clope après avoir fait l'amour, ou le strip tease général de la fin de l'opéra). C'est parfois à la limite du raccoleur, mais on ne s'ennuie jamais. Minkowski est mieux dans l'énergie que dans le registre intime- les airs avec violoncelle obligé sont parfois assommants. J'ai particulièrement adoré le ténor (Richard Croft). Voilà, c'est un peu confus, pas très construit, mais le spectacle stimule l'imagination et mon envie de partager ce beau moment.

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