vendredi 21 octobre 2016

Bach/Zimmermann: Niglpassion

Mon deuxième Niglkonzert (vu du deuxième rang)

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Cette fois, une Niglpassion: Nigl en Jésus dans la première partie de la Passion selon saint-Jean; Nigl en héros de l'Action Ecclésiastique de Zimmermann; Nigl en Jésus, encore, dans Ewigkeit, du Donnerwort. Les trois oeuvres s'enchaînent, le Zimmermann est partie d'un grand tout (et peu importe l'interprétation, l'authenticité, là, c'est d'entendre Bach comme Zimmermann l'a entendu); le Zimmermann est le moment du passage de la mort (la libération du grand inquisiteur), la cantate le moment de l'acceptation de la mort. La polyphonie du texte des récitants renvoie aux dialogues à la Dickinson de la cantate. La croix, le marteau et les clous sont là, bien littérals. Concert à la fois surprenant, tripal et intelligent.

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mardi 29 mars 2016

la Passion selon Saint-Matthieu, à la Philharmonie

Au-delà du concert. Une cathédrale de la foi, une somme théologique (dans le chœur introductif, l’arrivée du 3ième chœur sur « Lamm » en sol majeur trouant le mi mineur; la symbolique des deux chœurs ; le mouvement perpétuel de la sarabande finale). Un moment de la liturgie censé nous toucher tous, oui, même toi qui ne crois pas. Gardiner commence à exiger une minute de silence, debout (du coup, il faut bien une autre minute avant de retrouver le silence, une fois tout le monde assis). Implication de tous : les solistes instrumentaux et vocaux émergent des deux orchestres et du Monteverdi Choir, puis y retournent. Dédoublement des personnages et de leurs affects (Erbarme dich : le remords de Pierre n’est pas chanté par Pierre (basse), mais par une voix d’alto doublée d’un violon solo), volatilité du chœur (tour à tour accusateurs puis repentants).

Se souvenir du n°27 (après l’arrestation de Jésus ; sans basses, soprano+ alto, avec le choeur qui « marmonne » des protestations, comme l'écrit Gardiner); du n°34-35 (Mein Jesu schweigt, arioso haletant du ténor, suivi d’un air où le violoncelle, très virtuose, est tout en arêtes – Schimpf und Spott) ; du n°39, évidemment (Erbarme dich, la sicilienne avec le flux de pizzicati aux basses, violon soliste et alto) ; du n°51 (flagellation, voyage harmonique effrayant); du n°59-60 (voix d’alto, hautbois d’amour, intervention fulgurante du chœur –Wohin – comme si on était chez Emily Dickinson). Et bien sûr des chœurs introductifs et finaux.

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jeudi 22 novembre 2012

Tamestit dans Bach à Gaveau

Merci à Klari sans qui j'aurais loupé ce concert exaltant consacré aux suites pour violoncelle de Bach transcrites à l'alto (1, 3 et 5 donc sol, do et do mineur).  Impressionné par la maîtrise de l'archet de Tamestit, qui retient parfois des coups d'archet mettant particulièrement en valeur les aspérités rythmiques du discours. Le concert était construit avec le même soin que le concert Hindemith qui m'avait tant plu, avec deux interludes entre chaque suite, le premier avec le sublime 1er mouvement de la sonate de Ligeti, Hora lunga, une musique inspirée qui épuise le potentiel de la corde de do, le second avec l'Elégie de Stravinsky, qui introduit bien le climat de la suite en ut mineur. Public enthousiaste et encombrant (un nombre record de boîtes d'alto). En bis, le cheval de bataille des altistes, le Hindemith "so rasch wie möglich", bien dans son élément naturel pour conclure une soirée d'hommage à Bach.

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dimanche 22 avril 2012

Londres (2)

  • Le Freischütz (à Barbican) Un peu le syndrôme Maîtres chanteurs: une oeuvre célébrissime qu'on n'entend plus vraiment beaucoup, et on comprend un peu pourquoi. Les mots qui me viennent à l'esprit sont 1) bourrin (cette série de danses allemandes, ces sarcasmes villageois....) 2) frais au sens où les primitifs flamands sont plein de fraîcheur (les couleurs de l'orchestre, les figurations naïves, les envols de flûtes). Grands moments: l'ouverture (encore un do mineur qui devient do majeur à la force du poignet); l'air d'Ännchen (Sally Matthews, chanteuse délicieuse); la scène de la Gorge aux loups avec le choeur des esprits (utilisant des cornets en carton noir pour les wou-ouh!) et le compte des balles, de un à six. Production inégale, mention spéciale à la Ännchen susnommée et à un Kaspar n'ayant pas oublié d'avoir l'air méchant (Lars Wogt, la dégaine d'un Podalydès qui aurait mal aux dents).
  • Artifact, à Sadler's Wells. Chef d'oeuvre. La 2ième partie, qui dévide le texte de la chaconne de Bach, est ponctuée par des tombées brutales du rideau. Cohérence, ampleur de l'inspiration, humour ravageur. (cf ici)
  • Concert Nancarrow à Southbank (c'était une intégrale en tranches des études pour piano préparé, j'ai fait 16h-17h). Enfin, concert, c'est vite dit: il y a deux personnes sur scène, qui sont juste là pour changer les rouleaux sur le pianola (et raconter des bonnes histoires sur Nancarrow pendant que les rouleaux commencent à tourner). Nancarrow est ce génie qui a influencé Ligeti, et programmé ces rouleaux sur pianola. Le résultat musical: une virtuosité insane, à rendre vert de jalousie n'importe quel pianiste humain (les martiens, je ne sais pas, ils sont déjà verts): glissandi sur des modes complexes, décalages rythmiques subtils, petites mécaniques folles. Comme c'est écrit dans un style mi-bastringue mi-Grand d'Espagne, peu de gens prennent ça au sérieux, mais ça vaut le détour.
 

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lundi 16 janvier 2012

Mullova dans Bach au Louvre

La partita en mi majeur pour commencer, deux sonates violon clavecin (si mineur et do mineur) avec Nicolau de Figueiredo, la partita en ré mineur pour finir (sans reprises hélas, les danses passent très vite) avec en bis, un mouvement rapide de la sonate violon clavecin en la majeur.

Mullova, c'est la grande, grande classe. Archet baroque et cordes en boyau. C'est un spectacle fascinant que celui d'un bras droit intelligent. La façon dont elle fait vivre les longues tenues (dans les mouvements lents de la si mineur), la façon dont elle organise les rebonds des phrases, comme si elle en étudiait les propriétés acoustiques.... Dans la chaconne, aucune emphase, un tempo très rapide qui fait qu'on ne perd pas le rythme de danse (c'est très différent d'ici, en 2006); elle commence la séquence de bariolages en les flûtant, très doucement, et en mettant petit à petit de la chair: chair de poule garantie pour l'auditeur. De façon générale, les tempi rapides sont très rapides, et les fins sont sans aucun ralenti, comme si on coupait  à vif dans la danse.

A part ça, j'aime toujours autant les mouvements lents des sonates violon clavecin (surtout ceux de la do mineur).

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mardi 13 décembre 2011

Leonhardt aux Bouffes du Nord

Le dernier concert du maître. Beau programme, très varié. En première partie, Bach (la suite für das Lautenwerk BWV 996) et ses sources; en seconde partie, des français, d'Anglebert et l'anachronique Duphly. Beaucoup de belles découvertes pour moi: je retiens les petites fugues de Pachelbel, joyeuses et serrées; la chaconne de Böhm, archaïque et d'une belle ampleur; les deux grounds de Purcell qu'a choisis Leonhardt, l'un à la période plus longue et riche que l'autre; la sublime sarabande de la suite BWV996; les pièces en forme de portrait de Duphly (une musique fraîche et française jusqu'au bout des mitaines). Pour prendre congé, retour à Bach avec un extrait des Goldberg, la variation lente et chromatique

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jeudi 10 décembre 2009

Bach/Eisler par Goerne et alii au TCE

Comme il s'agit d'un concert, intéressons nous à la chorégraphie: le chanteur s'enroule en des torsades baroques (sur glauben, par exemple) ou manque de s'envoler, tandis que la violoniste a de très subtils mouvements de rotation (on dirait qu'elle est composée de plusieurs sphères de diamètre différents posées les unes sur les autres). Les autres musiciens sont assis, un peu chavirés par tous ces mouvements (et se raccrochent souvent à l'archet de la violoniste). Au fond, quatre chanteurs chantent sporadiquement un choral.

Du Bach d'abord:

* Der Friede sei mit Dir BWV 158: une cantate très courte avec un air de bravoure pour le violon solo - qui fatigue le baryton ("Welt, ade, inch bin müde") et, bien davantage, le choeur (qui chante, détaché du monde, un choral lointain)

* Ich will den Kreuzstab gerne tragen BWV 56: celle avec l'air à envol initial (Ich will den Kreuzstab...) et le mélisme accablé (traaaaaaaaaaaaaaaagen); et aussi un bel air avec hautbois solo.

* Ich habe genug BWV82: celle comme une symphonie en trois mouvements avec une immense aria existentielle pour commencer, une allemande-berceuse au milieu, et une gigue pour finir.

L'homme à la voix engorgée et assez grise enchaîne sans interrompre (c'est la permanence de l'expérience existentielle allemande) sur un cycle de Eisler, sept chants sérieux (avec orchestre à cordes). L'épilogue est sirupeux et raté, mais le reste est intéressant, parfois spectaculaire. Goerne (que je n'avais pas trop aimé dans le Hollywood Songbook, à l'auditorium du Louvre, il y a longtemps) est ici à son meilleur et chante cette musique avec une humanité bouleversante.

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dimanche 2 décembre 2007

Oratorio de Noël

Hier soir, grâce à une initiative du Cantor de Chartres, découverte des quatres premières cantates de l'Oratorio de Noël, que je ne connaissais pas. Beaucoup de très bonne musique, festive et réjouissante, de laquelle je retiens:

  1. dans la cantate "Jauchzet, frohlocket" ("Jouxtez, freluquets") avec trompettes et timbales, en ré: le très beau choeur initial
  2. dans la cantate pastorale (avec moult Hirten et des hautbois de toutes variétés; en sol): un air enthousiasmant de ténor avec roulades périlleuses et une flûte; une berceuse avec longues tenues, pour alto (Schlafe, mein Liebster (fais dodo, mon lapin))
  3. dans la cantate "Lallen" (ie quelque chose sans doute comme twitter), de nouveau avec trompettes et timbales, en ré: un duo soprano basse complètement aérobique (rapport aux bergers, sans doute)
  4. dans la cantate circoncision (avec cors; en fa): un air très réussi pour soprano ventriloque (avec des échos sur ja ...ja et nein nein, aussi prévisibles que les élections du jour à Moscou) et, de nouveau un bel air de ténor (on ne s'en lasse pas) avec deux violons solo, où tout ce beau monde tricote gentiment (la laine des bergers, logiquement)

Très bon ténor, très bonne soprane, très bon choeur, un Ton Koopman plus rebondissant que jamais (c'est quand même curieux pour un organiste).

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vendredi 23 mars 2007

Kuijken dans les cantates de Bach à Saint Roch

Un beau concert de la Petite bande de Sigiswald Kuijken jeudi, dans un programme de cantates de Bach.

Avant de commencer à diriger, Kuijken explique la logique du programme (amputé de façon inexplicable de la BWV22): aux deux dernières cantates avant le début du Carême (une période sans cantates à Leipzig), succède après l'entr'acte la cantate du jour de l'Annonciation (le 25 mars.... 9 mois avant Noël .... soupir d'aise de l'assistance qui avec un taux d'échec très faible réussit cette difficile soustraction). Souvent l'Annonciation tombe pendant le Carême (un théorème que je vous laisse démontrer), donc normalement pas de musique, mais comme c'est une fête à tout casser, on peut s'offrir une folie (hou) et se chanter une petite cantate.

Une page de publicité maintenant: Kuijken présente son instrument favori, le violoncello da spalla... dont il est convaincu qu'il s'agit DU violoncelle de l'époque de Bach. C'est un instrument que l'on porte à l'épaule, comme un violon (je n'ose pas imaginer la mentonnière ! monstrueux). En tous cas ça a l'air très lourd à porter; Kuijken triche en s'aidant d'un ruban rouge que je trouve TRES inauthentique (non mais).

Place à la musique:

  • La BWV18 (en la mineur) Gleichwie der Regen und Schnee vom Himmel fällt: des cordes graves surreprésentées, deux flûtes à bec, un basson (au son très ciré). Le morceau de choix est le récitatif et litanie - chaque récitatif du ténor ou de la basse déclenchant une réaction indignée de la soprane suivie d'un choral qui recadre le discours.
  • La BWV23 (en sib mineur (?)) Du wahrer Gott und Davids Sohn: avec deux hautbois. Finit par un choral sur le texte en allemand de l'Agnus Dei, suivi d'un long et solennel Amen, pour bien commencer le Carême.
  • La BWV1 (en fa majeur) Wie schön leuchtet der Morgenstern: avec deux hautbois da caccia et deux cors naturels en fa. Bel air de soprano (avec hautbois da caccia) et de ténor (avec cordes qui tricotent: il le faut bien, le texte dit: les sons des cordes ne cesseront de t'offrir notre gratitude).... et un magnifique choeur d'entrée, très dansant.

Un équilibre très convaincant entre solistes et instruments, à quelques détails près....

Add: Comment l'entendez vous, Philippe ? manifestement comme moi ...

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dimanche 11 février 2007

Amandine Beyer et Pierre Hantai dans Bach aux Billettes

Cinq sonates pour violon et clavier de Bach vendredi soir: un concert dont je suis sorti tout simplement heureux, c'est assez rare pour être mentionné.

Aux Billettes, une simple bougie sur scène, devant le clavecin, projette le crucifix sur la grande croix toute nue. Amandine Beyer et Pierre Hantai arrivent, on se croirait dans un tableau de La Tour. La bougie projette aussi l'ombre de la tête d'Amandine Beyer, énorme, un peu fantastique, sorte de méduse floue, toute en mouvement.

Ce ne sont pas là les seuls doubles de la soirée. Hantai fait sonner un lab, sur lequel s'accorde Amandine Beyer..... Et le programme débute par une sonate que j'entends en lab. Comme décidément il ya beaucoup de cordes à vide en lab, je décide que nous sommes en la, mais dès que ça module un peu, comme un canard sans tête je ne sais plus à quel étage j'erre.

Je suis resté captivé par la technique d'archet d'Amandine Beyer, cette façon de faire vivre les tenues sans que ça vire au chichiteux (comme c'est un peu le cas avec mon enregistrement avec Goebel), cette façon de faire danser la ligne mélodique.... le tout avec une sonorité très pleine, très ronde, très intime (jurant un peu avec le jeu très rentre-dedans de Hantai). C'était aussi simplement tout un spectacle que de voir le beau visage de la violoniste, à la Maria Joao Pires, ses sourires magnifiques quand une note tenue prend son envol, ou son regard malicieux pendant les interventions de Hantai.

Au menu: la la majeur n°2 (avec deux mouvements lents à pleurer); la mi mineur sans numéro BWV1023 (celle en 3 mouvements avec une intrada à bariolages, très virtuose, prise à toute vibure, une vraie émulsion de notes); la sol majeur (n°6), en cinq mouvements dont un où le violon se tait (la plus archaïque). Après l'entracte, la si mineur (n°1, avec un beau mouvement liminaire); et la do mineur (n°4) (sa sicilienne me fait grimper aux rideaux en ululant).

Je mets dans la radio et dans l'ordre du concert, l'allegro de la la majeur (qui donne une envie irrépressible de danser), le 1er mouvement de la mi mineur (baroque et virtuose), le 1er mouvement de la si mineur (avec ses tenues infinies) et le deuxième des mouvements lents de la do mineur.

Merci beaucoup Joël, et bonne fin de séjour en Inde......

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