dimanche 18 décembre 2016

Sancta Susanna

Il y avait bien quelque chose avant, mais j'ai oublié quoi. Dire qu'on aurait pu coupler ce Hindemith avec un Britten/ Henry James... *soupirs*.

Donc, Sancta Susanna (1921). Musique postromantique, encore tonale, décadente et imaginative (cf l'opus 11 n°4; me confirme dans mon préjugé favorable au jeune Hindemith, rien à voir avec les indigestes et néoclassiques Kammermusiken et autres Cardillac). Concis et violent. Au menu: Tremblements de mai. Très longue pédale mystique (avec fumigations de vents et clapotis de célesta au-dessus - l'odeur du lilas). Petit à petit, mib-ré-mib-sib envahit tout jusqu'au climax et l'exorcisme final. Bref, c'était très prenant et une belle surprise.

 

 

Posté par zvezdo à 18:00 - opéra - Commentaires [1] - Permalien [#]
Tags :

mardi 23 novembre 2010

Hindemith/alto/Tamestit

Quatre sonates de Hindemith, deux alto/piano (opus 11 n°4 et opus 25 n°4) et deux alto seul (opus 11 n°5 et opus 25 n°1). Concert excitant comme rarement: ce n'est pas si fréquent de découvrir une musique nourrissante, variée et neuve. Je connaissais les deux sonates pour alto seul, mais en disque seulement, et pas du tout celles avec piano. Petit speech chaleureux de Tamestit, expliquant son attachement à cette musique (son premier disque d'alto....) et précisant le parcours du concert: les deux sonates de l'opus 11 sont encore sous les influences croisées de Bach, Debussy et un peu Brahms, alors que dans celles de l'opus 25, Hindemith trouve sa voie, marquée par une virtuosité plus canalisée, un goût pour le motorisme, les machines qui s'emballent. 

  • opus 11 n°4: en 3 mouvements, avec piano. Etonné car le premier mouvement ("Phantasie") sonne comme du Brahms, une mélodie très puissante sur laquelle se superposent des fusées de notes extrêmement rapides (comme du Debussy). La fin du finale voit l'accélération d'une formule très spectaculaire, comme une démangeaison qu'on n'arriverait pas à dominer....
  • opus n°11 n°5: celle qui sonne comme un hommage à Bach, avec une passacaille finale avec section médiane comme dans LA Chaconne. C'est aussi celle avec un scherzo à glissandi, très amusant.
  • opus 25 n°1: celle où les deux premiers mouvements pérorent sur la même formule, mais à une vitesse de défilement différente. Ensuite, deux sublimes mouvements lents (dans le III, Tamestit était vraiment magnifiquement inspiré ce soir, avec des pp à pleurer) encadrent le morceau de bravoure à 640 à la noire, une musique sauvage et qui fait sonner tout l'instrument.
  • opus 25 n°4: encore en 3 mouvements, avec piano. Dans le 1er mouvement, le piano donne le ton avec un thème très belliqueux et marqué. C'est répétitif, mais avec une grande variété de schémas rythmiques (pour ça, c'est mieux que du Steve Reich). Le dernier mouvement est très spectaculaire car les instrumentistes se font des sales coups en se coupant la parole; au milieu, une étonnante section où l'alto tricote, mezza voce.

En bis, une Méditation, toujours de Hindemith, mais des années 30 (plus en ligne avec ce que je connaissais du compositeur)

Posté par zvezdo à 22:57 - concerts - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : ,

mercredi 17 novembre 2010

Mathis le peintre, de Hindemith

J'étais très excité à l'idée d'écouter un opéra de Hindemith que je ne connaissais pas et de voir un spectacle sur Grünewald et la Réforme, mais je dois avouer que je suis sorti un peu abruti et pour tout dire assez froid. C'est un spectacle très long, très (trop?) riche, avec du bon et du moins bon. 

Les sept tableaux entremêlent les trajectoires d'un peintre qui quitte la peinture pour souffrir dans le siècle, d'un archevêque en manque d'argent qui hésite sur la conduite à tenir, celle d'une grande bourgeoise qui passe de la déception amoureuse au sacrifice pour la foi luthérienne. On est très loin du totalitarisme dans cette évocation des années 1520 où un vrai choix est possible, la trajectoire en zigzags d'Albert de Brandebourg (un vrai transformiste) est là pour le montrer. Py a choisi de tout aplatir en faisant des papistes des nazis, je crois que c'est un contresens qui rend certaines scènes incompréhensibles; même si Hindemith a pensé au nazisme dans la scène d'autodafé, la vision qu'on a maintenant de cette période, après la guerre, va bien au-delà de ce que Hindemith voulait dépeindre. Il y a d'autres facilités qui agacent, comme ces cages gothiques de bordel chic qui reviennent comme un tic chez le metteur en scène, et ces mouvements frénétiques de machinerie avec force svobodas dans la scène de guerre des Paysans (censés montrer la dérision d'une situation absurde?). Mais il y a aussi quelques scènes sublimes: le début, avec le making of d'une scène de crucifixion derrière un écran, ou la fin, où Mathis se dépouille dans une fosse de l'essentiel, quelques objets très simples comme un ruban rouge qui a déjà servi.

J'ai trouvé la musique parfois émouvante, moins sèche et sarcastique en tous cas que celle de Cardillac. Il y a du contrepoint (mais pas au kilomètre), des ensembles où plusieurs personnages disent des choses qui n'ont rien à voir sur la même musique. Mais aussi de belles idées harmoniques, par exemple dans les fanfares de cuivres dans la scène de guerre. Les scènes chorales sont fortes, et l'un des climax de l'oeuvre est le face à face entre Ursula Riedinger et l'archevêque - vocalité tendue, qui se résout dans une musique très simple. J'ai bien aimé aussi le début de la scène de tentation, avec son côté délices rhénans. Mais là encore (ce n'est pas vrai que de ce sixième tableau), la mise en scène est en dissonance par rapport à cette bonhomie souriante qui fait parfois le prix de la musique de Hindemith; même ce petit ange aux ailes rouges a l'air méchamment narquois.

Enfin, il y a Goerne. Avec lui le dernier tableau pourrait durer des heures, on ne s'en lasse pas. Il donne beaucoup de lui-même, on s'en rend compte au moment des saluts.... Mais je dois constater que ses choix de répertoire me laissent parfois froid (Eisler, maintenant Hindemith.....)

Ailleurs: Joël

Posté par zvezdo à 23:03 - opéra - Commentaires [3] - Permalien [#]
Tags : ,

lundi 26 octobre 2009

Chauffe Marcel

Comme en ce moment, je suis en plein dans la découverte de l'alto, sa vie, son oeuvre, sa sonorité pleine et chaleureuse, j'écoute avec ravissement ceci


ou ceci


dont l'indication de tempo (noire=600-640 Rasendes Zeitmass. Wild. Tonschönheit ist Nebensache) me remplit d'aise et correspond tellement bien à tout ce qu'est l'alto. Je traduis pour les malcomprenants: il s'agit de mettre entre 600 et 640 (on n'est pas des chiens) noires à la minute, donc de jouer "à toute vapeur", "sauvagement", en ayant bien en tête que "la beauté du son n'est pas une priorité".

Cette musique vibrante a une autre propriété étonnante et bien singulière: elle détraque complètement le cher-et-tendre-o-mètre. Ah, vous ne savez pas ce que c'est? Eh bien, c'est un capteur très précis (technologie allemande, mindestens) que s'est fait greffer le cher-et-tendre entre ses deux oreilles, et qui lui permet de façon infaillible de diagnostiquer si une musique est postérieure ou non à 1875. Si cette musique est postérieure à 1875, le capteur lui fait automatiquement froncer les sourcils et passer de l'état enjoué à l'état grognon puis lever le doigt en disant: "ah, de la musique contemporaine... mais c'est vraiment affreux, comment peux-tu écouter des choses pareilles". Alors qu'avec cette musique-ci  le cher-et-tendre-o-mètre se détraque complètement puisque le cher-et-tendre garde son aspect enjoué voire chafouin, et lève le doigt en disant: "Ah, c'est joli, ça. C'est du Bach, non? du Haydn, alors". Etonnant Hindemith. (Tiens, faudra que j'essaie avec la sonate pour alto seul de Ligeti)

Posté par zvezdo à 22:19 - musique blablas - Commentaires [6] - Permalien [#]
Tags : ,

vendredi 21 octobre 2005

Cardillac de Hindemith, à l'Opéra Bastille


Première surprise: on identifie du premier coup du Hindemith. Deuxième (demi-)surprise : c'est mauvais. En fait je crois que Hindemith est l'exemple-type du musicien agréable à jouer et assommant à écouter (on peut peut-être sauver les Métamorphoses). J'ai des bons souvenirs de sa musique pour violon seul, qui procure à qui la joue un plaisir digital et intellectuel, mais dont jamais je n'aurais jamais osé infliger l'audition à qui que ce soit ! (incidemment je dois avouer n'avoir jamais rien compris au couplet de Barthes sur la musica practica- surtout qu'il applique son idée à Schumann- qui est quand même un des musiciens les plus passionnants qui soit à écouter)

Donc, une musique néo-classique, sportive et académique, bannissant toute émotion, ce qui n'est pas nécessairement un mal. Des formes closes, bien programmées et qui se voient (ce n'est pasWozzeck); une passacaille, des passages fugués à n'en plus pouvoir, avec sujet contresujet et tout le confort moderne, le tout d'un gris qui provoque le court-circuit (et la roupillette) chez le spectateur....

La seule surprise vient, parfois, de la rythmique (l'un des sujets de fugue a une rythmique qui s'emballe, comme bègue) ou de l'orchestration (des alliages piano-cuivres canailles, un saxophone, des cordes graves, des choeurs impressionnants), un peu dans l'esprit des assommantesKammermusiken dont l'intégrale était au programme de l'un des orchestres parisiens il y a quelques années. Seul passage qui m'ait vraiment plu, la berceuse finale, avec son orchestre en coulisses, un des rares moments de calme relatif, bien loin toutefois des culbutos magiques qui concluent immanquablement les ballets chez Stravinsky.

Le plus déprimant est de voir l'ampleur des moyens déployés, peu en phase avec l'intérêt de l'oeuvre: une distribution de rêve (Angela Denoke.....), une mise en scène et décors inspirés.....En somme, assez d'accord avec lui.

**************************

Pour la petite histoire: j'étais avec A** dans le hall de la Bastille quand je reconnais de vue... Peter Sellars, tignasse, jogging bleuasse et col arc-en-ciel, bon sourire de gnôme malicieux. A** ne l'a pas reconnu. Après un temps d'arrêt, je lui propose avec un clin d'oeil: "on lui court après ? avant qu'il ne rentre dans la salle ?" Et nous voilà à piquer un sprint ventre à terre en slalomant entre les visons (et les mamis les portant), à la poursuite de Peter Sellars. Ah, je te jure. Enfin, A** a vu la trombine de Sellars de face, c'est l'essentiel.

 

Posté par zvezdo à 00:01 - opéra - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags :