samedi 24 mai 2014

Voiture balai

Pour mémoire, vu:

un concert Currentzis (Dixit+Didon) en 3D (pas sûr que la 3D soit un progrès, mais on a l'impression que tout ce qu'on avait entendu jusque-là est raplapla) avec un bis mémorable, a cappella (Indian Queen)

un Platée très drôle (Carsen/Agnew),

la générale de la production Sellars/Viola de Tristan (qui m'a hanté pendant les 15 jours qui ont suivi),

une Flûte enchantée Carsen/Jordan avec un beau Tamino,

un Stravinsky/de Falla de l'Opéra Comique oubliable,

un récital catastrophe de Michael Volle (opus 35 + 24, Beshazzar et Der arme Peter). Moins catastrophe qu'un récital mémorable de la sublime Fassbaender à Gaveau; mais je n'ai pas aimé, même en faisant abstraction des problèmes de voix, cette façon de surscénariser les piques des lieder de Heine (der arme Peter, Tragödie); très loin du voile merveilleux que met Goerne, par exemple dans l'opus 35  n°2.

... et une création de Julian Anderson, Thebans, à l'ENO. Trois tragédies pour le prix d'une (une aubaine; mais c'est peut-être un peu court pour un projet d'une telle ampleur, on a juste le temps de suivre les grandes lignes de l'action). Acte I: la chute d'Oedipe (qui correspond à Oedipe roi), "le passé" (50'). Acte II: Antigone ("l'avenir"), acte II (20'). Acte III: Ila mort d'Oedipe (qui correspond à Oedipe à Colone), "le présent" (30'). L'(unique) coup de force du livret est de placer l'histoire d'Antigone avant la grande scène de la mort d'Oedipe dans la forêt sacrée. Musicalement, les actes II et III sont les plus facilement caractérisables, le II par un flux de noires régulières figurant l'Etat policier de Créon, à laquelle échappe Antigone (une idée simple.... trop simple?), le III par une séquence des bruits de la forêt (je lis dans la note d'intention que c'est l'accélération de la musique du début de l'acte I).... mais le reste de l'acte est assez hétéroclite (la fin, avec l'aigü d'Antigone, n'est pas très convaincante). La musique de l'acte I est plus difficilement caractérisable, il y a beaucoup de texte. Oedipe est souvent associé à des volutes de clarinettes; le choeur intervient dans des chorals impressionnants. La musique de Tirésias (une basse qui ressemble à une vieille femme) est associée à des bois très graves. Un des moments réussis est une musique en microintervalles en descente lente, donnant une impression de délitement. C'est globalement une musique non thématique (ça nous fait des vacances). Au total, je suis moyennement emballé. En revanche, la salle de l'ENO, le London Coliseum, quel confort et quel rapport qualité-prix....

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jeudi 22 novembre 2012

Tamestit dans Bach à Gaveau

Merci à Klari sans qui j'aurais loupé ce concert exaltant consacré aux suites pour violoncelle de Bach transcrites à l'alto (1, 3 et 5 donc sol, do et do mineur).  Impressionné par la maîtrise de l'archet de Tamestit, qui retient parfois des coups d'archet mettant particulièrement en valeur les aspérités rythmiques du discours. Le concert était construit avec le même soin que le concert Hindemith qui m'avait tant plu, avec deux interludes entre chaque suite, le premier avec le sublime 1er mouvement de la sonate de Ligeti, Hora lunga, une musique inspirée qui épuise le potentiel de la corde de do, le second avec l'Elégie de Stravinsky, qui introduit bien le climat de la suite en ut mineur. Public enthousiaste et encombrant (un nombre record de boîtes d'alto). En bis, le cheval de bataille des altistes, le Hindemith "so rasch wie möglich", bien dans son élément naturel pour conclure une soirée d'hommage à Bach.

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mercredi 7 mars 2012

Stravinsky (Noces et Oedipus Rex) au TCE

  • Noces. J'avais une envie furieuse de voir Noces après le documentaire de l'autre jour, et je n'ai pas été déçu, même si c'était loin d'être parfait. Pris très vite par Gergiev (on est souvent près de la sortie de route), avec des percussions qui couvrent tout (au fond ça ne me dérange pas, on entend mieux que d'habitude les peaux, le métal). Un peu déçu de voir que quatre voix solistes se partagent les rôles, qui ne sont pas individualisés (incidemment, la basse fait semblant d'ignorer ce qu'est une voix de fausset). On ne le croirait pas en écoutant le disque, mais les résonances de la fin, crotales et cloches, font toujours un effet physique étrange sur la salle: tout le monde se demande s'il n'y a pas une attaque magnétique en cours. La première toux, qui interrompt sans excès de pudeur la dernière résonance, ramène sur terre le public.
  • Oedipus Rex. Evidemment, après le génie de Noces, c'est la déprime assurée (Oedipus Rex est une oeuvre qu'il faut programmer après une partie d'airs de Massenet et Verdi, et qui semblerait bien alors (ou pas, d'ailleurs)). Tout pue le second degré (l'air à tiroirs de Jocaste.....) Stravinsky trouve même le moyen de s'épuiser dans l'assez belle fin à oscillations (sur un ostinato de triolets aux violoncelles, comme au début), qui est dépourvue de la moindre ambiguïté. Les chanteurs sont meilleurs que dans la première partie et Depardieu, l'idole des banquiers kazakh, est très bien. 

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vendredi 10 février 2012

Vu

* L'amour dure trois ans (Beigbeder, plutôt une bonne surprise, en fait)

* Mission Impossible 4: un vrai chef d'oeuvre (avec en prime l'humour qui faisait défaut aux précédents)

* Tahrir (à la Eisenstein, pour la fille au smiley)

* Les chants de Mandrin (trouvé ça très peu convaincant. Chez RAZ, RAS: le dragon se fait buter comme dans un jeu vidéo. Et puis quelle horrible bande-son) 

* Noces. Un documentaire sur le travail de Mirella Giardelli à partir de Noces, de Stravinsky. Ce sont ici les noces.... de Stravinsky et Ramuz (leur photo est promenée comme une icône dans la représentation....), même si de mon point de vue c'est un couple déséquilibré et le film donne un peu trop la parole à Ramuz). Le film est magnifique dans ce qu'il donne à comprendre de la musique: on regrette juste qu'il ne passe pas plus de temps sur tous ces passionnants exercices de préparation, en petit ou grand effectif (les roulements de grosse caisse, les scènes où tous comptent des choses différentes, la scène lunaire mère-fille). C'est bon aussi d'entendre Noces en français (hélas, le russe semble avoir gagné la partie au disque, à part la version Ansermet, c'est du russe partout), ce qui permet au spectateur francophone de se rendre compte davantage de la dimension bouffonne, villageoise de l'oeuvre. Le parti pris de la représentation de Noces qui clôt le film est de mêler dans une arène close les percussionnistes aux chanteurs, de traiter la partition comme un opéra (un mystère?), pas comme un ballet (comme le voulait Stravinsky, mais pas Diaghilev); ça marche bien notamment parce que les chanteurs (la mariée, le marié, le père, la mère) jouent très bien. La fin de Noces est sidérante (pianos, crotales et cloches) et l'oeuvre me laisse toujours euphorique.

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mardi 25 octobre 2011

Sir JEG à Pleyel

Programme austère et classe avec Sir John Elliott Gardiner, choeur et vents (cuivres anciens pour la première partie, mélangés en seconde). Les cordes ont quartier libre (sauf les basses pour Stravinsky, en deuxième partie)

Brahms: Begräbnisgesang. Avec des triolets menaçants aux timbales et une section centrale qui rappelle le Requiem allemand.

Bruckner: Messe en mi. Une oeuvre économe et pleine d'idées. Le Kyrie initial (les voix de femmes d'abord, puis les hommes) frappe fort dès le début par ses dissonances qui agacent bien les gencives, comme le choeur est très juste. Le Gloria et le Credo sont davantage des illustrations d'un texte qu'on croit avoir déjà fréquenté (apparemment, l'éternité chez Bruckner, ce sont des triolets aux vents - c'est toujours moins fatigant que des trémolos de violon). Le Sanctus fonctionne comme un arbre polyphonique très ramifié, avec une grande amplitude entre les aigüs et les graves. On se raccroche aux branches quand les cuivres interviennent.

Stravinsky: Symphonie de psaumes. 1er mouvement qui arrache comme il faut, bien méchant, vents acides. Mais ce qui me fait toujours grimper aux rideaux, c'est la fin du troisième mouvement. Protocole pour planer dans l'éternité: 0/ le timbalier accorde discrètement ses trois timbales sur mib, sib et fa (pendant que tout l'orchestre joue, n'importe quoi fera l'affaire) 1/ le timbalier déroule mi sib fa sib sur une période de 4 temps, alors que tous les autres, choeur et orchestre sont sur 3 temps 2/ la timbale gagne la partie provisoirement, on a maintenant l'impression d'être à 4 (malgré les accents décalés du choeur) 3/ Retour du 4 pour 3, la timbale seule contre tous, les notes de la timbales frottant toujours plus dangereusement avec des harmonies qui fuient vers l'aigü. Et la fin: retour du début (Alleluia), comme un paravent japonais qui se referme.....

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vendredi 18 mars 2011

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jeudi 18 mars 2010

Goût de chiotte datapoint of the day

Oui, absolument, je maintiens: ce passage à 53" du début du largo du concerto de Stravinsky me ravit complètement: chaud froid de cuivres sur un lit glacé de piano, bois et timbales, scansion implacable des temps comme chez, au choix, Yves Duteil ou la chanson liturgique post-Vatican II. J'adore.


Pour retrouver les accords verticaux et l'ambiance néoclassique, rien de tel que le mouvement lent de la petite symphonie concertante de Martin.....


....ou celui du concerto pour clavecin de Falla (mais là, on est plus proche du concile de Trente que de Duteil)


(tout ça est assez proche, finalement, de mon goût de chiotte datapoint of the day précédent (quelle cohérence (eh oui, le goût de chiotte, ça se travaille)))

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mercredi 17 mars 2010

Denk, Adams et le LSO à Pleyel

* Trop riche (limite écoeurant): l'orchestration de deux préludes de Debussy par Colin Matthews - la recréation de quelque chose d'assez simple, en plus compliqué. (un peu comme si un savant fou utilisait le CERN pour recréer une fraise (et une seule)) (Sentiment de trop plein exaspéré par les hochements de tête rapprochés de ma voisine, lancée comme une machine à vapeur). (Un peu la même impression avec les Valses nobles et sentimentales, de Ravel, qu'on programme trop souvent à mon goût).

* Trop bien: le concerto pour piano et vents de Stravinsky (il y a aussi des contrebasses et des timbales). C'est néo classique à fond, agaçant comme il faut et ça décrasse bien les oreilles après toute cette débauche de moyens. 1er et 3ième mouvements très rythmiques, avec changements de mesure partout, pleins de swing. 2nd mouvement: chorale avec trompette et timbales, magnifique et un peu vulgaire. Je peux enfin applaudir avec enthousiasme Jeremy Denk (qui est un grand pianiste mais aussi un merveilleux blogueur que ce blog a pillé sans vergogne, ici et ), qui joue cette musique avec beaucoup de naturel....

* Trop peu nécessaire: la dernière oeuvre d'Adams, City Noir. Une évocation de Los Angeles, la capitale du film noir. Deux parties, l'une plutôt dominée par des solos (saxophone, trombone, cordes à l'unisson, et même un petit solo d'alto); et l'autre, plus courte, finissant en apothéose dyonisiaque, où l'orchestre est traité comme une grande masse sonore. Tout cela est très séduisant mais n'ajoute pas grand chose à la gloire d'Adams, cet orchestrateur de génie.

Add: lire ici

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jeudi 31 décembre 2009

Igor et Coco (sur l'air de "L'école est finie")

Le scoop du siècle: Stravinsky a réécrit le Sacre en 1920 en pleine crise sentimentale après l'échec d'une liaison avec Coco Chanel... (pas mal vu pour un compositeur qui a toujours clamé haut et fort que la musique n'exprimait aucun sentiment)

(Kounen aurait dû aller plus loin; le parfum n°5 de Chanel dont il est tant question dans le film, je me demande si ce n'est pas un hommage de Mademoiselle Chanel au fameux n°5 de Beethoven, rien que pour faire bisquer Stravinsky qui ne devait pas porter n°5 de Beethoven très haut dans son estime).

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samedi 17 octobre 2009

Re-Stravinsky et re-Xenakis à la Cité

Un concert un cran au-dessous de celui de la semaine dernière.

C'était plutôt hier soir Stravinsky la vedette. Avec, en plat de résistance, la Symphonie de psaumes (5 flûtes, ni violons ni altos: voilà une oeuvre pour le RSO) et le Capriccio pour piano et orchestre, qui est mignon tout plein comme du Poulenc (joues roses et noeudnoeud dans les cheveux) et possède quelques éléments typiquement stravinskyens, par exemple dans le premier mouvement, un portique néo-classique pour entrer, et une coda calme et obsessionnelle (avec interventions du timbalier caché derrière les contrebasses) pour sortir.

Côté Xenakis, j'ai trouvé les deux oeuvres au programme moins fortes qu'Aïs et Jonchaies la semaine passée. Synaphaï (mais pourquoi diantre ces titres ressemblent à des noms de médicaments) est une sorte de concerto pour piano et orchestre (58 cordes!!!), de lutte à mort entre le soliste (qui se fait une spécialité des sons répétés et tremblants) et la masse orchestrale. Pour tout dire, j'ai trouvé ça un peu fouillis. Metastasis est la première oeuvre de Xenakis (1953-1954); c'est pour un orchestre nettement moins pléthorique (seulement 46 cordes, vents dégraissés). Son début est éblouissant (glissandi de cordes divisées, avec une percussion très saillante); le centre de l'oeuvre, avec des cordes solistes, sent bien son sérialisme à plein nez. C'est émouvant de sentir déjà la personnalité de Xenakis, mais c'est quand même moins excitant que les oeuvres des années 70-80.

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