dimanche 22 janvier 2017

Lohengrin à la Bastille

* Toujours et encore la même chose. Pas mon Wagner préféré, malgré les beaux choeurs, le talent pour les musiques d'ambiance (avec un excès de violons dans l'aigü). 

* Décidément, j'aime beaucoup cette scène 1 de l'acte II, qui annonce la Tétratogie (invocation des dieux teutons; stratégie de prise de contrôle à distance de l'ennemi en lui coupant une phalange; serment à l'unisson soudant un couple fatal). Et je suis fasciné par ces quelques mesures en éventail qui ouvrent cette séquence, montée des basses, descente des aigüs: un coup de ciseaux des Nornes, beau comme du Moussorgsky. 

* Evidemment, l'attente fiévreuse d'Elsa à l'acte I est un peu celle du spectateur: le MeilleurTénorDuMonde va-t-il nous honorer de sa présence? chantera-t-il bien comme il faut pour rejeter le MéchantMontéParSonOdieuseEpouse dans les ténèbres? Va-t-il retomber malade à force de se promener pieds nus? (pire, de barboter dans un pédiluve à peine chauffé....) On a bien quelques doutes, mais on est captivé comme jamais par l'aveu final, sublimement susurré à chacun d'entre nous, ses SpectateursExtasiés.

 

 

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dimanche 13 mars 2016

Die Meistersinger von Nürnberg à Bastille

(Un orchestre wagnérien luxuriant, souple et parfumé, c'est mieux pour accompagner un chanteur qu'une guimbarde désacordée.)

(dette à Mendelssohn - oui, je sais, c'est mon dada-: la nouvelle musique provient du songe de la nuit de la saint-Jean; ces deux accords à la Mendelssohn reviennent à chaque fois pour nous rappeler que l'air du printemps procède du songe de Walther)

(Jeune homme, n'oubliez pas de finir votre air par un Abgesang) (strophe/strophe/antisprophe)

(Hans le Baptiste - du Joudain à Nuremberg)

(schéma classique: je m'ennuie à mourir pendant les 2 premiers actes - prélude et finales exceptés-, rumine à l'entracte un moratoire définitif pour les opéras de Wagner - et puis vient le 3ième acte, 3 heures de musique pendant lesquelles je ne m'ennuie pas une seconde. ).

 

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lundi 17 juin 2013

Une oscillation préhistorique

hagen

Ce qui est prodigieux (et que j'ai mis bien du temps à comprendre hier) dans ce Hier sitz' ich zur Wacht, c'est ce mélange entre deux horloges. Celle du chanteur et des cuivres (binaire, héroïque bien que lente) et celle des cordes, ce halètement ternaire qui ne tombe jamais sur les débuts de mesures et brouille la stabilité de l'édifice (6 noires dans une mesure à 12/8 qui se superpose au 4/4 des autres, voir p. 154 et suivantes ici). Mélange subtil d'inquiétude et de permanence. Une idée de génie pour caractériser celui que Wagner voyait comme un animal antédiluvien.

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lundi 11 mars 2013

La Walkyrie, à l'Opéra Bastille

Encore une Walkyrie. 

(Décidément, je rate lamentablement tous les tests élémentaires d'admission dans la secte famille wagnérienne: par exemple, je suis incapable de rester éveillé pendant ce 2ième acte, en particulier pendant la scène de ménage Wotan-Fricka (car enfin, ce mariage - celui de Sieglinde et Hunding, contracté sous la menace - n'a aucune validité et ne mérite pas d'être défendu pendant 20 bonnes minutes) et, pire encore, puisqu'il paraît que c'est une scène qu'il faut admirer, pendant le long récit de Wotan à Brünnhilde. Le seul moment qui me sort de ma torpeur est ce solo de clarinette basse qui annonce la naissance de mon méchant favori, Hagen - une Annonciation plus prometteuse que l'extase de Sieglinde au début de l'acte III. Vivement le Crépuscule, qu'on en finisse.) 

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vendredi 30 décembre 2011

A dangerous method, by David Cronenberg

dangerous-method-cronenberg

(Un film résolument sur la trace de Jung, préférant la multiplicité des approches à la focalisation exclusive sur la sexualité. Riche bande-son wagnérienne facile à déchiffrer: Freud est Wotan (le Wanderer) alors que Jung est Siegfried (Sabina Spielrein l'explique très bien); les belles scènes dans le bateau sur le lac de Zurich rappellent Tristan (Isolde/Marke avec ou sans voiles, that is the question). Et puis Zurich, Triebschen, tout ça.... comme le dit Jung, il n'y a pas de hasard)

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lundi 10 octobre 2011

Tannhäuser

Retour sur un amour de jeunesse. Eh oui, j'ai dû diriger l'ouverture de Tannhäuser sur ma descente de lit en ventilant avec ardeur ma chambre, à l'époque des premiers boutons. Je n'ai même pas le disque à la maison et je ne me souvenais presque plus de rien. Enfin, ça a bien dû infuser sans que je m'en rende compte car j'avais forcément en tête deux des morceaux de bravoure de la pédéwagnérovénénotitude, la  Romance de l'étoile qu'a pillée Visconti dans Ludwig (dans une version décolorée et dépressive, au piano, comme une boîte à musique qui tourne à vide); et puis la marche des pélerins, inoubliable dans la version synthétiseur disco gay d'Encore, le film de Vecchiali.

Une oeuvre de 1845. Eh oui, Wagner a été jeune, et a vécu ce premier romantisme, ce premier 19ième siècle impossible, à machins amphigouriques, à rédemptions retardées et bordels rougeoyants. Dès le début, on se croirait chez Berlioz - la marche des pélerins rappelle la scène finale de Roméo (l'entrée du choeur dans Jurez donc, par l'auguste symbole avec le rythme à 12/8 des violons, à 1'53"), et chez Mendelssohn (bacchanale). C'est l'époque où on ne recule devant aucune outrance, aucune formation bizarre (le septuor de voix d'hommes ! le finale du deuxième acte! les grands airs accompagnés à l'(unique) harpe solo, comme si on était en direct de chez le barde.... tout cela rend l'IRCAM et ses formations Pierrot lunaire si fâcheusement conventionnelles). Mais on a aussi le plaisir de deviner ce que va devenir Wagner (les plaintes sur des accords neuvièmes des accords du Venusberg; le récit par Tannhäuser de son voyage à Rome, du niveau des grands récits de la Tétralogie). Pas encore ou peu de leitmotive, mais un traitement subtil des morceaux de bravoure: au milieu du premier acte, la marche des pélerins mixée avec la musique printanière de mai qui précède juste (encore une idée à la Berlioz); au troisième acte, exposée au choeur à 4 voix a cappella ou à l'unisson, avec cet incroyable crescendo.

La mise en scène évacue totalement la dimension rédemption/ grâce au profit d'un discours sur l'art, comme si on était dans les Maîtres chanteurs. Cela fonctionne assez bien, sauf la fin qui m'a semblé vraiment forcée (la muséification de l'Origine du monde, c'est un peu trop). La scène du retour des pélerins de Rome est magnifique visuellement (l'accumulation de ces cadres dépouillés des toiles qu'ils soutenaient, une forêt dans laquelle se perd Elizabeth, hagarde), mais je crois que je n'aurais pas compris la symbolique si on ne m'avait pas expliquée (les toiles= les péchés). Distribution remarquable (Christopher Ventris en grande forme, Nina Stemme et Sophie Koch sont les deux muses, Stéphane Degout en Wolfram)

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mardi 30 août 2011

Les Maîtres Chanteurs mis en scène par Katharina Wagner à Bayreuth

Un énorme merci public à Philippe 1 de m'avoir proposé la place de Philippe 2 pour les Maîtres chanteurs, dans la mise en scène surbouuuhée de l'arrière-petite fille du compositeur. Aller à Bayreuth était une sorte de rêve que je n'aurais même pas songé à transformer en réalité. Est-on ballot, parfois. 

La production de mademoiselle Wagner est gentiment moqueuse dans les deux premiers actes (les prémisses d'un concours difficile pour un chevalier, une nuit de la Saint-Jean qui dégénère en émeute) sans susciter l'hostilité. Elle prend un tout autre cours dans le long troisième acte, qui va peut-être très loin, dans le grotesque et le sarcasme, mais évite l'ennui, c'est certain (et ça m'arrange bien, c'est un acte que généralement j'ai du mal à digérer, et je comprends maintenant mieux pourquoi).  

Dans ce troisième acte, Hans Sachs, jusque là présenté comme un anticonformiste bonhomme, se transforme, à l'issue d'une sorte de crise nocturne existentielle dans laquelle il se confronte aux Grandes Figures de l'Art Allemand, en un manipulateur qui investit dans le lancement d'un nouveau produit, puisqu'il façonne pour le compte de Walther le lied du printemps, comme un vulgaire Schlager pour la télévision. La manipulation procède de la scène de crise nocturne du prélude de même que le lied du printemps procède du thème du songe (avec ses accords tournants à la Mendelssohn). Suit une scène avec Beckmesser ("Beck In Town") et avec Eva (dans laquelle Wagner cite le thème d'Isolde et celui du roi Marke: Sachs ne sera pas Marke). La beauté un peu nunuche et écoeurante, à la Chevalier à la Rose, de la scène du quintette (à 1'12" dans le lien) est mise à distance de façon radicale; Katharina Wagner fait accourir les deux petites famillles (Eva+ Walther, David + la suivante) comme des marionnettes dans les deux cadres dorés qui leur sont assignés. Suit la scène de la marche des apprentis: musique un peu bourrine et d'une gaîté un peu forcée, alors que la mise en scène convoque dans une bacchanale obscène, là encore pour mieux les congédier, les grandes figures de l'Art Allemand déjà vues dans le prélude (dont un certain Wagner, Richard en robe de chambre vermeille). La scène du concours final est beaucoup plus convaincante, et un vrai choc pour les spectateurs. A cette occasion apparaît un public reflet presque exact de celui de la salle, aux réactions mécaniques (le ballet des femmes posant de façon synchrone leur tête sur l'épaule des spectateurs aux moments d'émotion: triomphe de la cucuterie). La déception provient de ce que la Wagner ne propose qu'une alternative déprimante: la société du spectacle avec ses émotions fabriquées ou une avant-garde ridicule (Beckmesser traitant le thème du printemps comme une performance pour ressusciter les morts). L'extrême fin de l'opéra - exaltation de la germanité et des valeurs des Maîtres chanteurs - montre Hans Sachs éclairé du bas, dans le noir, alors qu'une statue énorme et inquiétante occupe l'espace à droite. Pas de symbole nazi explicite, mais tout le monde a compris qui était ce Grand Manipulateur faussement bonnasse. La lecture est déplaisante pour tous ces spectateurs qui aiment la joie un peu ronflante de ce finale et le lyrisme du lied du printemps, mais elle est sans doute légitime compte tenu de l'histoire de cet opéra, le préféré des nazis.

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Un regret: l'absence de surtitres et le postulat de base que tout spectateur venant à Bayreuth se prépare comme la jeune épousée du Cantique des cantiques. Pour le Ring, ça aurait marché, pour un opéra comme les Maîtres chanteurs qui est finalement rarement donné - je ne me souviens que de deux mises en scène - l'une à Nancy où je me suis beaucoup dépensé sur scène, à la fin du second acte, et la ch*ant*ssime production du Châtelet dans les années 90 - c'est un peu dommage. 

Quoi dire d'autre? que l'endroit est merveilleux, au sommet d'une colline verte; que la salle est comme une gigantesque tente de cirque (avec de faux cordages et un très joli bleu au plafond), comme une grande coquille avec très peu de balcons; que l'acoustique est étonnante et que l'orchestre ne couvre jamais les chanteurs. Qu'une représentation à 16h avec deux entractes d'une heure permet de rester frais et concentré vraiment longtemps. Que même si la jeune femme qui vient saluer crânement le public qui la conspue en déroulant une longue chevelure blonde déconstruit l'esprit du lieu, on a très envie de revenir.

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samedi 2 avril 2011

Berg/ Wagner à Pleyel

(mercredi soir)

* Berg, 3 pièces opus 6. Ma première (Präludium) est une forme en arche (en avant, arche) de création du monde (le bruit, le rythme puis les hauteurs déterminées et quelque chose qui resssemble à une série, tous événements que l'on retrouvera énoncés en sens inverse à la fin de la pièce, le coeur serré car tout fout le camp mon bon monsieur). Ma seconde (Reigen) ressemble à un scherzo symphonique. Ma dernière (Marsch) est un gros bousin dont je comprends qu'il ferait rêver certains d'une petite pièce de Couperin, mais vaut qu'on surmonte ses réticences, surtout en concert (c'est Boulez qui dit qu'il faut ne pas hésiter à ne pas jouer les dynamiques écrites, un alto solo ayant du mal à passer sous huit cuivres). Bousin à accumulation donc, que l'on arrive à purger par trois interventions de marteau (trois séances de kiné à prescire pour le pauvre percussioniste qui passe du gong au marteau), la première parvenant imparfaitement à calmer le jeu, et la dernière coupant net un discours encore prêt à s'emballer.

* Wagner: Tristan, acte II. Le genre de musique narcotique/ chairdepoulesque dont je ne me lasserai jamais (même si l'orchestre a un peu couvert les voix des chanteurs). On préfère oublier le texte (variations sur "perfide jour/ favorable obscurité") et se concentrer sur les grandes plages de musique. Mention spéciale au solo de Brangäne (peut-être ce que je préfère dans tout Wagner) et à la déploration du roi Marke (clarinette basse et cordes graves).

(Add: réécouté le bousin partition en main; un peu du mal à tourner les pages, à certains moments, mais voir où est la Hauptstimme permet de comprendre un peu mieux le texte. Comme les moments annonçant Wozzeck (tout l'orchestre en train de monter - III, mesure 162). Je me demande (sans trop comprendre) pourquoi le thème (II, mesure 105) qui cristallise la fin de Reigen (et que l'on entend aussi renversé comme une crème):

berg

revient à la fin de la marche, juste déclenché par le premier marteau après le Höhepunkt (III, mesure 126):

berg2)

 

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dimanche 6 mars 2011

Siegfried, à l'opéra-Bastille

Production très vivante, tout-sauf-chiante (ce qui assez rare pour être noté). Sachant assumer les moments comiques de l'oeuvre, qui sont nombreux (le 1er acte, qui est toujours mon préféré, est très réussi, avec cette datcha bavaroise toc qui dit bien la vérité de la situation). Il y aussi de vrais chocs visuels (la scène Wotan-Erda, placée sous le signe d'un rêve à la Barton Fink; le début du second acte, avec le dragon et les rails dans la forêt). Belle symétrie entre deux des scènes de questionnement, traitées avec un tableau noir qui frappe l'imagination: Wotan/Mime (avantage: Wotan) et Wotan/Siegfried (revanche de l'épée sur l'épieu). Compris ce que je n'aime pas, musicalement, dans la fin: loin de la concaténation intelligente des motifs, ce sont ces lignes impossibles des violons solos qui vont on ne sait pas où, tout le fatras post-romantique dans ce qu'il a de pire (réveil de Brünnhilde; les huit harpes allument en même temps leur lampe (ça roupillait sec, avant, on dirait) et se préparent à un déluge de notes). Drôle de production, où on ne voit personne ou presque chanter (Siegfried et Wotan, malades, sont doublés par des chanteurs en costume de ville, à l'avant scène; l'oiseau et le dragon (pour un long moment) chantent en coulisse; seuls Brünnhilde et Mime sont bien là)

Aussi: ici, ici

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jeudi 11 mars 2010

l'Or du Rhin à la Bastille

Le héros du jour, c'est Loge plus qu'Alberich. C'est lui qui fait le premier des récits de la Tétralogie, qui fait le lien entre les filles du Rhin et le monde des Dieux (les deux premiers tableaux) et entre celui des Dieux et le Niebelheim (il est un peu apparenté à Alberich qui, du coup, ne se méfie pas de cette bande de "jouisseurs"). Et sa musique scintillante annonce celle des Gurrelieder. Mise en image souvent inventive (le début! un régal), parfois laide mais jamais gratuite (une carapace de Musclor est si vite perdue, ma bonne dame). Je crois que je préfère ce genre de mise en scène riche et inventive à celle des derniers Rings très dépouillés que j'ai vus (Strosser et Wilson). Impression générale un peu mitigée, je ne sais pas pourquoi (encore que: 2h30 sans bouger - théorème - il existe toujours un moment où, quels que soient ses mérites, on regarde tout le cirque wagnérien avec une haine difficilement refoulable).

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