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wagner
6 juin 2007

Lohengrin, de Richard Wagner

- Vu, en bonne et blogueuse compagnie (gilda 1 et 2, juju, goon) le Lohengrin de la Bastille - quelques années après celui du Châtelet (qui m'avait prodigieusement emmerdé).

- On est tenté de lire ce Lohengrin mis en scène par Carsen avant tout comme une histoire d'Allemagne, un conflit identitaire non résolu entre l'influence chrétienne (Lohengrin et le Graal) et les racines païennes (Wotan et Fricka invoqués par Ortrud), dont la défaite finale est grosse d'avenir.

- Musicalement, le versant teuton (la scène des proscrits du second acte, avec ses tritons, ses serments à l'unisson) est plus intéressant que le versant catholique romain et les violons sulpiciens du prélude du 1er acte (accompagnés, lundi soir, par le lachenmannien froissement de sac plastique d'une mamie attirée par une place mieux située que la sienne mais hésitant, chochotte créature, à faire le Grand Saut et s'agrippant pour se rassurer à cette saleté de sac).

- Il y aussi d'autres histoires dans Lohengrin: celle du nom caché me rappelle à vrai dire plus Barbe-bleue et son épouse que Tristan. La nuit d'amour du 3ième acte de Lohengrin est brève et tout de suite envahie par les tourments d'Elsa. Musicalement, le thème du nom est très facilement reconnaissable à sa quinte descendante initiale, avec laquelle Wagner joue tout au long de l'opéra. Par exemple, c'est l'intervalle par lequel Ortrud appelle Elsa, à son balcon de l'acte II, mettant tout de suite le doigt sur ce qui fait mal. A cette quinte descendante s'oppose une sixte ascendante associée à la jalousie et la curiosité. Ce deuxième acte, dans lequel la musique annonce les jeux complexes du Ring, se révèle plus passionnant qu'un troisième acte entrelardé par des choeurs virils qui laissent tout juste le temps à Lohengrin d'enfiler sa carapace d'insecte géant.

- Vocalement, le duo Delunsch/ Heppner ne fonctionnait pas si mal hier soir, Heppner étant en méforme et Delunsch en forme (et j'ai trouvé ses phrasés intéressants)....

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1 juin 2006

Retour sur Tristan

J'ai l'ambition (insane) de comprendre un jour quelque chose à Tristan ; par ailleurs, je prends des notes pour ne pas oublier quand je comprends quelque chose (ceci est aussi un blog pense-bête); doncques, voici cette note.

Franchement, je trouve cette musique bien difficile à décortiquer ; les thèmes y sont peu nombreux (la liste des leitmotive tient en une page), ils nourrissent 4h30 de musique (...et de quelle musique), ils sont très corrélés les uns aux autres, et changent de tête comme moi de chemise.

Par exemple en ce moment je rumine comme un aliéné dans le métro et me demande si

n'est pas une resucée du thème dit du jour, l'un des thèmes les plus plastiques et des plus répandus dans toute l'oeuvre :

Il est partout ! Il apparaît au second acte et figure la douleur des amants d'être au grand jour quand ils attendent les promesses de la nuit.

Il revient beaucoup au IIIème acte, mais surtout dans une scène fascinante et nodale, parfaitement dépressive, que je veux mentionner ici (à écouter dans la radiotoutcourt), où Tristan, musicologue en herbe, interroge sa blessure à partir de la "vieille mélodie" du cor anglais.

Cette alte Weise (pour reprendre l'allemand weird de Wagner), cette plaie suppurante s'irrite au contact de deux thèmes:

  • d'abord justement celui du Jour (l'impossible mort), qui prend un nouveau relief alors que Tristan se remémore la mort de sa mère en couches,
  • puis au contact du thème de la première maladie de Tristan en Irlande, un thème entendu au Ier acte dans le récit d'Isolde.

C'est Isolde la magicienne qui avait sauvé le blessé de la mort ; pas étonnant, le thème d'Isolde (ou du désir) est le renversement de ce thème de blessure:

Chez Py (que j'écoute jusqu'à l'intoxication, en boucle), le plateau du IIIème acte est entièrement inondé, Tristan gît sur un lit comme une île; une femme et son enfant couronné disparaissent alternativement dans l'eau ; le cor anglais, un personnage à part entière comme l'alte Weise du livret, s'avance à la limite de l'eau (et reste là pour interpréter le chant de joie, quand le bateau arrive....). Une mise en scène figurative jusqu'au naïf (Py croit au théâtre, tant mieux), limpide et forte.

4 mai 2006

Siegfried (reloaded), au Châtelet

Mêmes interprètes, même production, mais je suis attentif à autre chose :

Siegfried Mime : A chaque fois que Mime introduit un thème (l'amour dans la première scène, la peur dans la troisième), Siegfried s'en empare pour infléchir le discours musical. L'amour qui, chez Mime, est mielleux devient avec Siegfried une grande idée lyrique renvoyant aux Wälsungen et à la mère inconnue. La peur, qui pour Mime est une terreur de dessin animé, se transforme pour Siegfried en le pressentiment de la conquête de Brünnhilde (programme de l'opéra), exprimé uniquement par la musique (et pas par le livret). A l'acte II, quand Mime profère à part ses menaces contre Siegfried, sur une musique de valse un peu doucereuse (avec gruppettos, un XVIIIème siècle un peu malsain), il croit que Siegfried ne le comprend pas ; grave erreur, Siegfried comprend maintenant à la fois le chant de l'oiseau (c'est pourquoi on entend abondamment son thème, déformé dans la valse) et le double discours du Niebelung, tout comme le spectateur, qui se dit que décidément ce Mime est bien bête. L'Oiseau (dans cet acte II où j'avais tant dormi) est ce passeur entre l'image de la mère inconnue et la femme qui attend dans le brasier final.

Le thème des traités = celui de la contrainte, tout court. Est cité dans le jeu des questions/ réponses entre le Wanderer et Mime, revient dans la scène terrible où Siegfried, symboliquement, tue le pèresur la route de Delphes avant d'aller coucher avec sa mère décongeler sa tante. A ce moment précis, le thème des traités est désintégré : cette gamme descendante part en vrille chromatique.

A chaque acte, l'oreille est sollicitée par des marqueurs sonores qui reviennent fréquemment. A l'Acte I, ce sont deux septièmes descendantes, particulièrement sinistres (= le destin ?) ; à l'acte II, c'est le triton du dragon, aux timbales, stable et sourd.

A l'acte III, pile dans mon champ de vision, je vois un percussionniste s'échiner sur une grande feuille de papier (comme dans Rameau), qui fait concurrence à la soufflerie du Châtelet, toujours déchaînée. Cet instrument intervient dans le prologue et dans la scène Wotan/ Siegfried, au moment où la lance de frêne du Père est sectionnée par l'épée du fils.

Les 45 minutes finales, toujours aussi assommantes, passent avec un bon chronomètre et un soupçon de mauvais esprit. Il faut 10 minutes à notre héros pour se rendre compte que Brünnhilde n'est pas un homme (Great! good boy !) ; 10 autres minutes pour surmonter sa panique (aaargh une femme, que vais-je donc en faire). Elle se réveille enfin, ils commencent par détailler leurs pedigrees respectifs, comme dans le carnet mondain du Figaro (tout va bien, nous sommes en bonne compagnie). Il la complimente sur son haleine (voilà quelqu'un qui sait parler aux femmes). Elle se définit en quelque sorte comme sa carte mémoire (toi et moi c'est pareil, mais moi je me souviens). J'exagère vraiment ?

13 février 2006

Götterdämmerung, au Châtelet

  • Vivent les opéras le dimanche après-midi, j'étais frais comme un gardon et je n'ai pas perdu une miette de ces 6h30 de Crépuscule des Dieux, le meilleur de la Tétralogie, un vrai torrent de musique (même si nous étions hypermalplacés : très en haut tout à gauche, avec une vue plongeante sur l'orchestre : quel spectacle....)
  • Avec le Prologue et le 1er acte, on est d'emblée dans une telle splendeur musicale, dans une telle forêt de leitmotive - parfois trois ou quatre à la fois, avec des variations d'humeurs très rapides - qu'elle décourage le compte-rendu. Visuellement, choc plastique avec les Nornes (aux mains en formes de ramure et liées par un voile commun) et très beau début du 1er acte à la cour des Gibichungen (Hagen, lance rouge, mains rouges). La première apparition sonore de Siegfried à la cour des Burgondes: du thème de cor dérive une série de groupes de deux quintes descendantes qui s'enchaînent et se développent.
  • Si Siegfried est un opéra à interrogatoires, le Crépuscule est un opéra à serments (d'ivrognes) et unissons dissonants: un Siegfried (sous influence)/ Günther, un Siegfried/ Brünnhilde qui tourne au vinaigre (avec triolets modèle symphonie Italienne pour faire gagner Brünnhilde), un triple et vénéneux Brünnhilde/ Hagen / Günther (où un seul sur trois - le méchant- est lucide).
  • Au deuxième acte, mon moment préféré est la scène Alberich Hagen (un Kurt Rydl splendide bien que patraque)- la rencontre au sommet de deux animaux antédiluviens pour reprendre le mot de Wagner. Hagen, un roc de haine, immobile, comme sous hypnose....(Sei treu...) Instabilité de la rythmique des cordes, qui chaloupent en syncopes, avec en arrière plan les cuivres dans le grave. Plus tard dans l'acte, le choeur d'hommes, splendide, avec Hagen qui tire les ficelles. J'ai encore dans l'oreille ce do bécarre, trémolo, sauvage, insistant, des cordes, qui frotte sans concession avec un réb dissonant: la mort.
  • Le troisième acte démarre sous le signe du gibier d'eau, avec les filles du Rhin en oiseaux de malheur. C'est une scène curieuse, qui était très gracieuse chez Wilson hier : légère et fantasque, elle contraste avec ce qui va suivre, l'artillerie lourde de la tragédie. J'étais heureux aussi de redécouvrir la scène suivante : le récit de Siegfried, qui ne retrouve le souvenir de ce que chantait l'Oiseau qu'à l'aide du contre-philtre de Hagen- et retrouve ainsi le fil perdu du troisième acte de la Journée précédente, Siegfried. (Shorter du Crépuscule des Dieux: c'est le drame d'un héros qui perd la mémoire et ne reconnaît plus ce que chante l'Oiseau). Je me souvenais bien de la dernière demi-heure (le sommet final des adieux de Brünnhilde); en revanche, j'ai dû vérifier que le cycle finissait en réb (et pas en mib comme le prélude de l'or du Rhin : pourquoi pourquoi pourquoi ?).

Vivement le prochain Ring (dans 11 ans ?) : je me fixe comme objectif d'être alors un aussi bon interprète des intentions de Wagner que Siegfried avec l'Oiseau....(comment comment comment ?avaler un philtre ? des pages de leitmotive ? des graines ? )

 

9 février 2006

Siegfried, au Châtelet

Hier au Châtelet (avec A***).

  • Une remarque d'ensemble: on peut penser ce qu'on veut de la mise en scène, mais je la trouve souvent très en phase avec une musique qu'elle sert bien.
  • Adoré le 1er acte. La musique y est tonique, brillante, gaie et souvent drôle, comme dans cettescène où Mime essaie de flanquer la frousse à Siegfried en se faisant passer pour Hulk. Et souvent intelligente, aussi : frappé par l'irruption, à la fin du prélude, du thème de l'épée, un do majeur qui jure avec une tenue de sib (on est en fa mineur) : il est difficile de trouver une illustration plus convaincante de l'impossible soudure.....
  • J'ai un faible pour la 2ième scène, celle où les deux pères (le fourbe envieux et le potentat masqué) se balancent à la figure, avec un succès inégal, des questionnaires oedipiens. Une scène où s'opposent deux musiques: l'une, modulante et hiératique, de Wotan, et celle agitée et grotesque, de Mime (Boulez dit qu'il dirige Wotan à 2 et Mime à 4). Cette opposition était très bien rendue par une mise en scène qui traite Mime comme une marionnette se mettant en branle à chaque question. Le Voyageur (Wanderer) = Le roi des métamorphoses (Verwandlung), des modulations (ce sublime thème d'accords chromatiques qui tournoient, comme au moment de vertige d'une passacaille) ?
  • Grosse fatigue au 2ième acte. Mais ont émergé, comme dans un rêve : les Murmures de la Forêt (peut-être ce qu'il y a de plus beau dans Siegfried, cette musique toute simple qui chante la nature.....) ; la scène où Mime essaie de prendre le heaume à Siegfried (qui évoque irrésistiblement la scène de Klaus Narr dans la IIIème partie des Gurrelieder) ; et puis, ces tubas-dragon qui rampent dans le grave....
  • Au 3ième acte, le prélude (avant la belle scène Erda-Wotan) est un fantastique emboîtement de leitmotive : on entend de la Walkyrie encastrée dans de la colère des Dieux (tout comme on avait entendu le Wanderer walkyrisé à l'acte II): c'est une colère solide comme une coque de bateau. Un autre grand moment: quand Siegfried rentre dans le cercle magique et s'approche de Brünnhilde, Wilson ferme puis réouvre la scène par un mouvement latéral du rideau de scène, qui coïncide avec la belle ligne des violons, seuls, qui monte, puis, touchée en vol par un bout de leitmotiv (le Tarnhelm ?), redescend (avant un troisième aller-et-retour, celui des deux clarinettes). Un peu hébété après 5 heures de spectacle, je reste toujours aussi insensible à la musique de la lente décongélation de la Walkyrie (lente pour des questions de cuisine sans doute), pas du tout pimentée par une mise en scène plus-que-lente.
  • Rien à faire, je trouve toujours détestable cette représentation enthousiaste du meurtre des pères et de l'arrogance de la jeunesse ; je n'arrive pas à me s'abstraire de l'idée que Siegfrieda dû être du pain bénit pour les nazis....Mime, d'accord, l'a peut-être bien cherché mais Wotan aussi est très en position de faiblesse dans cette scène obscure du 3ième acte....
  • Add: je mets dans la radio un assortiment Siegfried - en fait des morceaux commentés plus haut, le Prélude le l'acte I (avec l'épée à 3'35"), le début de la scène du Voyageur avec Mime; à l'acte II, un bout de la scène des Murmures de la forêt, un bout de la scène finale Mime/ Siegfried; à l'acte III, le prélude puis l'introduction de la scène du réveil de Brünnhilde (avec la ligne sinueuse des violons). Et quelques échos: la scène de Klaus-Narr dans les Gurrelieder et la scène des trois coups de l'ange qui cherche à rentrer dans le monastère, au tableau 4 de Saint-François d'Assise de Messiaen.

 

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28 octobre 2005

la Walkyrie au Châtelet

  • Mangé un falafel au 1er entr'acte, bu un Schweppes au second; j'ai dormi au 2nd acte, j'étais frais comme gardon au 3ième. Une conclusion doit être tirée, mais je ne vois pas laquelle.
  • L'ouverture: pas un poil de graisse avec le motif nerveux des basses. Localement, le souvenir de l'orage final de l'or du Rhin.
  • au milieu de l'air du Printemps: Sieglinde essaie de se souvenir d'où elle connaît cet étranger. Musique qui module, pédale interrogative, thème des Wälsungen évoqué, comme en off. A réécouter plus en détail.
  • Au moment de l'extraction de l'épée (un passage qui peut tourner à la fête de la bière): orchestre diaphane, harpes, bariolages des violons sous les cuivres.
  • Côté scène, des beaux éclairages dans ce 1er acte.
  • 2ième acte: belle scène avec Fricka. Après, j'ai dormi quasiment jusqu'à la fin, réveil avec la rage froide de Wotan contre Hunding: Va! esclave, va dire à Fricka que tu l'as vengée de Wotan.
  • 3ième acte: pourquoi Wotan est-il si remonté contre Brünnhilde ? Tu as réalisé le rêve que je m'interdisais. J'aime particulièrement la musique de la supplique (tire larmes ?) de Brünnhilde, surtout le début a cappella avec ses sauts de septième.
  • Le rythme du thème des Walkyries: exactement celui des Niebelungen (qu'on a encore dans l'oreille !): l'antidote ?
  • la fin superpose (entre autres) le thème de Siegfried (stay online !) au motif du feu ("l'idée du feu paradoxalement associée à celle du scintillement de la douceur, et non à une quelconque violence, un vulgaire symbole de destruction" dit Boulez).


*****************

Je remettrai peut-être tout ça en forme mardi prochain à mon retour (mais peut-être pas).

 

20 octobre 2005

L'or du Rhin (au Châtelet)

- le mib biotique du début: plus impressionnant live qu'en disque. On est pris d'un affreux doute géographique: la Moldau serait-elle un affluent (mineur) du Rhin ?

- sur scène, une flèche/ faille, une lance; des jeux de lumière, et rien d'autre (et c'est bien ainsi).

- Un humour (et oui, et oui, on a trouvé souvent cet Or du Rhin drôle) qui tourne au sarcasme.

- Le tissu des thèmes. Les filles du Rhin -> Freia -> les Nornes (?)

- Freia: ce violon (dégoûtant et bourgeois) qui discourt en solo, en mi mineur (aux antipodes du très loin du mib nourricier du début): pour peu on se croirait chez Mendelssohn (pique gratuite) pire: chez Strauss...

- Le récit de Loge, vrai début du cycle: premier flash-back, la mémoire est enclenchée.....

- le Niebelheim: des oompa-loompas au travail, qui ont très chaud avec leurs combinaisons, mais il n'y a pas qu'eux qui triment: l'orchestre produit du rythme (croche pointée-double- croche) en veux-tu en voilà. Le bruit de métal, plus proche des bruits de la nature chez Gustav que de ceux de la ville chez Edgard.....

- Alberich, véritable vedette de la soirée, mi bibendum, mi diva. Une voix à faire pâlir (verdir) Wotan pour l'énoncé de la malédiction, dans une atmosphère de planète à l'air raréfié. On attend avec impatience le "Schläfst du Hagen mein Sohn ?" du Crépuscule.

- la belle musique de la fin (en réb majeur): en haut, le Walhalla et sa pompe, en bas les filles du Rhin, dépitées et sarcastiques. Décidément dans cet Or du Rhin l'ironie n'est jamais loin. Vivement la suite.

(aussi iciici et ....)

16 octobre 2005

J-2: on révise ses tables

27 avril 2005

Mon premier Tristan (et quelques autres aussi, Isolde, Bill, Peter, Esa-Pekka)

(C'était dimanche dernier, Tristan et Isolde à l'Opéra-Bastille dans la production Salonen/ Sellars/ Viola).

Tout d'abord j'ai trouvé qu'il y avait un vrai problème d'équilibre perceptif entre la mise en scène, le discours musical, le texte du livret, la vidéo (qui sur très grand écran sidère, capte toute l'attention). C'est un problème habituel à l'opéra, où si l'on veut se concentrer sur la musique, il faut parfois faire abstraction d'un des autres paramètres....Dimanche, j'ai fait une croix sur le texte du livret de Wagner (placé où j'étais, je n'ai pas vu un seul surtitre) et sur la mise en scène de Sellars (très éloignée de sa signalétique habituelle, rien à voir avec ses mémorables Grand Macabre ou Rake's Progress au Châtelet).

Donc, Viola. Il m'a semblé que la vidéo, avec toutes ses qualités, était vraiment loin de l'opéra de Wagner, dont elle n'a conservé que quelques symboles forts: l'eau, le feu. Surtout au premier acte que Viola réduit à un rituel de purification impliquant un homme et une femme face à la caméra (c'est bien ça le facingness?) et en écran séparé (c'est bien ça le split-screen ?). La vidéo gomme tout ce qu'il y a de conflictuel dans cet acte, évacue toutes les manigances d'Isolde. Et pourtant, du conflit, il y en a, notamment au moment de l'entrée en scène de Tristan à la 4ième scène, avec cette musique tendue de grands fauves qui rôdent.

 

 

J'ai trouvé gênant, pour ne prendre qu'un exemple, de perdre complètement le fil du récit d'Isolde (qui raconte que Tristan, qu'elle avait guéri d'une plaie inguérissable, l'a trahie pour la livrer au roi Marke: c'est un grand moment d'ironie féroce et de haine, tellement fort que je le mets dans la radio, hop) pour rester sidéré par le spectacle du déshabillage lent et hiératique d'un genre de couple d'universitaires crades entre deux âges de Berkeley. Justement, les plaies qui suppurent, Viola ne s'y intéresse pas davantage au troisième acte, qu'il peuple toutefois d'images marquantes: le vent qui souffle, des flux variés qui balaient l'écran et qui rendent tangibles le redémarrage du temps après la nuit de l'acte II; et à l'arrivée tardive d'Isolde, le triomphe de l'eau sur le feu. Pour finir, le Liebestod illustré avec la neige qui tombe, comme chez Adamo; mais au risque de passer pour un abruti, j'ai aussi toujours trouvé un peu toc cette musique avec ses scintillements.....

C'est une expérience forte que de suivre l'opéra dans sa continuité, avec son sous-texte musical si riche de sens, si complexe par rapport au discours musical des classiques qui fonctionnent à l'économie à partir d'un nombre limité de petites cellules. Evidemment on sort de là en proie à un délire interprétatif carabiné. En étymologiste allumé (d'ailleurs, fève et haricot ne viennent-ils pas de la même racine, via favaricus ?), je me perds en conjectures pour retrouver tout ce qui, de ces motifs proliférants, relève du versant Tristan et du versant Isolde. C'est la faute à Siegfried, le bibliothécaire de l'abbaye bénédictine de St Ottilien près d'Augsburg, (où, digressons, on s'intéresse, ces jours-ci, à un autre ténor bavarois), qui met le ver dans le fruit en mettant sur son site un bottin des leitmotivechez Wagner. En fait, je me demande si c'est Wagner lui-même qui a donné des noms à ces thèmes, ou si c'est l'invention diabolique a posteriori de musicologues fanatiques. Je reste perplexe sur ces noms, rien qu'à la première mesure de l'opéra je me demande

 

 

pourquoi chez Kobbé a est Tristan, b Isolde, alors que dans la liste de Siegfried a est l'amour, b la souffrance....

Toujours victime du haut mal, j'ai tendance à soupçonner une intention de Wagner lui-même si le thème dit du jour (que l'on entend un nombre de fois incalculable au 2nd acte, en cascade ou très lentement):

 

 

s'entend comme un renversement du Liebestod

 

 

tout en ressemblant très fort, évidemment au thème a (Tristan). J'arrête là car l'ambulance approche.

Sinon, qu'est-ce que qui m'a marqué cette fois ?

- J'ai accroché avec l'acte III, que j'écoute moins spontanément que les 2 premiers. Notamment son prélude (radio), qui part de l'extrême grave avec le son chaud et métallique des violoncelles et ses gammes avec secondes augmentées. Et puis tout le travail de réminiscence des motifs des actes précédents qui irrigue les scènes de délire de Tristan.

- Toujours au rayon des musiques dépressives, je réévalue celle du roi Marke, à la fin de l'acte II et de l'acte III, aussi désabusé et inapte à l'action qu'Arkel dans Pelléas. J'y ai beaucoup pensé à Pelléas, notamment l'acte IV avec ses "je veux qu'on me voie": comme dans Tristan, se mettre en pleine lumière, c'est aller au-devant de la mort.

- Windgassen sur mon disque est bien fadasse à côté de Ben Heppner, qui rappelle Vickers, en grand fauve, mais à qui j'ai trouvé des défauts (quelques dégueulandi douteux dans l'acte II, sacrilège). Rien à dire du reste de la distribution, de premier ordre.

-Il faudrait écrire une note sur le schtounk des 25 contrebasses dans le prélude de l'acte I. C'est à 1'35" du début dans la version Böhm (hop dans la radio), on ne peut pas le louper, après ça, la musique devient diatonique, optimiste et tout et tout. Ce pizz fait absolument un effet boeuf et, si j'osais, c'est lui qui met le feu au lac. On retrouve le même effet au moment de la scène du philtre où il déclenche la suite de l'action. Et bien évidemment à la fin de l'acte II, reprise de la musique du prélude (au cor anglais), mais là plus de pizz...le désespoir. Un peu comme sur ma gazinière quand le bidule ne marche plus.

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