En URSS en 1936
A. me parlait avant hier précisément d'un de ses amis, jeune Komsomol, condamné en vertu de la loi contre l'homosexualité. Lorsqu'elle fut promulguée, en 1932, il alla se dénoncer au Guépéou, fut d'abord exclu du parti puis déporté pour trois ans. Il est rentré à Moscou, sa peine purgée, voilà quelques semaines. Mais il ne pourra légalement y demeurer que si un ami consent à le loger - et il n'ose compromettre ceux qui accepteraient de courir ce risque. D'autre part, il n'a plus de travail. Sa condamnation et son exclusion des jeunesses communistes lui enlèvent presque toute possibilité d'en trouver. Enfin, il va sans dire que la déportation ne l'a pas "guéri". Complètement démoralisé, il veut - me dit A.- aller se dénoncer de nouveau. Beaucoup de jeunes gens - honnêtes communistes - sont dans ce cas. D'autres, à la conscience moins scrupuleuse, se bornent à dissimuler. Certains s'engagent dans la voie de la contre-révolution. Hypocrisie, refoulement, désespoir paraissent bien les seuls résultats possibles d'une méthode dont l'absurde ne le cède qu'à l'odieux. Il serait peut-être plus humain - et en tout cas moins sot - de fusiller tout simplement les "délinquants". Pierre Herbart, En URSS.