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zvezdoliki
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6 décembre 2016

harengs, panne d'eau chaude et barbe blanche

Les trois coïncidences du concert Elias d'hier soir:

- je me suis retrouvé placé PAR LE PLUS PUR DES HASARDS juste à côté d'un twittos que je suis depuis très longtemps sans le connaître IRL (pour être précis: que j'ai suivi après qu'il a fait la prometteuse promotion du groupe "Frappe moi avec un hareng, attache moi à un radiateur et parle moi en néerlandais").  

- Je me suis retrouvé également placé à deux rangées de mes voisins de dessus. L'oratorio évoque largement les ravages d'une sécheresse et l'attente désespérée de la pluie du peuple d'Israël. J'imagine qu'eux aussi, s'ils ont voulu prendre une douche en rentrant, ont eu la désagréable surprise de voir que l'eau chaude était coupée dans notre immeuble. 

 - Dans le métro du retour, je me suis retrouvé nez-à-nez avec un ancien voisin de pupitre - à la longue barbe blanche de prophète et communiste comme on n'en fait plus - qui, fort logiquement, a adoré cet Elias.

 

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26 septembre 2016

Eliogabalo, de Cavalli

Etonné par les ruptures brutales du texte musical (dans l'ouverture par exemple). Intention de Cavalli, ou coupures brutales pour tenir la production dans un horaire décent? (comme le Castor du TCE?)

Retenons:

La chaconne d'Attilia à l'acte II. La promesse de mariage de Eliogabalo à Gemmira, toujours à l'acte II: descente impressionnante de plusieurs octaves; graves magnifiques de Fagioli. Les altérations à la Gesualdo dans les lamenti (c'était Eritea?). L'air d'Eliogabalo à l'acte III. Le quatuor final (musique suspendue, un peu comme le duo à la fin de Poppée). Les scènes de comédie avec la nourrice....L'opulence de l'orchestre: castagnettes, grosse caisse, trombones... 

22 septembre 2016

Mahler 10 (première fois en vrai)

pour l'Adagio, ses 6 dièses à la clé, son moment de vérité: l'accord qui agglomère les notes, la trompette qui tient une note qui survit à l'accord.... la tension des cordes qui font redescendre la trompette, et tout est résolu. Fin décantée des notes étrangères, fa# majeur (presque) pur.

pour la rythmique (bulgare?) du II, avec ses changements de mesures permanent. Il n'y a ça nulle part ailleurs, chez Mahler, non?

pour la fin du IV avec ses enchaînements de bruits (schattenhaft, comme dans la 7ième)

pour l'introduction du finale, riante à souhait. Ces coups de grosse caisse tutta forza sont parfaits pour plomber l'ambiance (astuce) et empêcher les contrebassons de sortir de l'état d'ectoplasme.

Sentiments mitigés, en particulier dans le finale. J'ai du mal à croire - sait-on jamais - que Mahler aurait pu composer un pareil solo de flûte... et se convertir si vite à la musique américaine des années 40. 

20 avril 2016

Mes premiers Gurrelieder live

Une expérience forte, assez différente de celle de l'écoute de mon disque favori. Plusieurs sensations curieuses: l'euphorie du son (ce bain moussant dès le prélude) et l'appétit devant une belle voix de Heldentenor (ingrédient indispensable du bain moussant); la curiosité sadique (comment diantre ce ténor - Andreas Schager, remarquable - va s'en sortir face à un tel orchestre? (en fait, très bien, merci)); la curiosité du botaniste zoologue (mais comment, dans quelle direction ce monstrueux corps vivant orchestral va-t-il se développer? surprise renouvelée devant ces enchaînements complexes dans la troisième partie); la fièvre qui monte (ce Schoenberg devait être barré et avoir la malaria quand il a composé cela, je ne vois pas d'autre explication); le délire interprétatif à la Berg (ce do-mib-sib descendant du prélude, atmosphérique, c'est bien le même motif qui cristallise en deuxième et troisième partie, en un bloc monumental, obsessionnel et tragique); le plaisir de la redécouverte du texte (chaque mention blasphématoire accompagné d'un choral de cuivres, qui devait avoir un sens fort pour un musicien prêt à renverser la table); et puis aussi, plus trivialement, l'étonnement devant la vitesse de remplissage du plateau (c'est long et compliqué) et la franche rigolade (ce portable qui s'arrête de sonner sur Nun tönt auch nicht der leiseste Klang, ça ne s'invente pas).

A mon chocottomètre personnel: la musique du prélude (musique à la fois éclatée en différents groupes d'instruments, très mobile, c'est mieux que le prélude de l'Or du Rhin, non?); le 3ième lied (Ross, mein Ross, avec la première explosion d'amour/orchestre); le silence poignant dans le 9ième lied, dernier AVANT la catastrophe; la prise de pouvoir de l'orchestre avec la musique intersticielle d'avant la Waldtaube; la marche et le glas dans la scène de la Waldtaube (crescendo bien étouffé par Jordan, qui fait bien ressortir la voix); LE lied de la IIème partie (Herr Gott, weisst du was du tatest, ma musique préférée entre toutes); l'ironie de l'air de Klaus-Narr avec ces motifs qui volètent à toute allure; les chaînes (oui, les chaînes) dans le choeur des Mannen; les tenues acides et blafardes de flûtes+ piccolos dans la scène du vent d'été (on se  croirait dans le Rossignol).

 

17 septembre 2017

La Clemenza de Currentzis

Comme à chaque fois chez Currentzis (voir ici), une proposition parfois hors sujet (les tempos dans l'ouverture....) mais toujours excitante et stimulante. Les meilleurs moments de cette Clemenza ont été de mon point de vue les extraits de la messe en ut - Kyrie et Qui tollis en particulier - tension continue, densité du choeur - (poils dressés....) et  la musique funèbre maçonnique K427 à la fin, même si elle et assombrit et dénature le sens de la fin de l'opéra.

Après réécoute, j'ajouterais à ma liste de 2011:

  • Le n°2, air de Vitellia qui va de la douceur et la séduction (flûtes et cordes, sol majeur) à la menace (Alletta ad ingannar). Hautement virtuose.
  • Le n°7: (seul) grand duo d'amour de l'opéra, en la majeur, Annio-Servilia. Musique purement apollinienne.
  • Le n°9, l'air de Sesto au 1er acte avec clarinette. Harnoncourt: "Il me semble que la clarinette représente la Vitellia idéale à laquelle Sextus obéit constamment. Elle l'entraîne au plus haut des aigüs, au plus bas des graves. Cela ressemble à la stratégie d'un hypnotiseur, que Vitellia soit fixée dans l'esprit de Sextus sous la forme d'une clarinette. L'hypnose totale par la clarinette". Immenses silences, vendredi soir, entre d'Oustrac et la clarinette.
  • Le trio n°10 à l'acte I: musique déchiquetée, prise à un tempo extrême par Currentzis (parfait pour satelliser les chanteurs)
  • Le trio n°14 à l'acte II: après le moment Sesto, on discute ici finement le pont, l'entrée de cette s****e de Vitellia, mais la fin de l'exposition - et de l'air - (avec les Vieni de Publius qui vient arrêter Sesto) est très marquante aussi. 
  • Le n°23, air de Vitellia au second acte. Faussement aimable, avec une excitation qui s'accumule par la virtuosité croissante des cordes et du cor de basset. Bon exemple de la complexité des sentiments dans cet opéra.

 

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6 mars 2012

Didon et Enée à l'Opéra Comique

Vu Didon pour sa deuxième mort de la soirée (quelle jeunesse! quelle santé !). La mort en trois passacailles: l'une au début de l'opéra; l'autre pendant la scène à la campagne (Here Actaeon met his fate, Pursued by his own hounds, And after mortal wounds, Discover'd, discover'd too late., tout un programme; je ne suis pas près d'oublier cet arbre et cette scène de repos à la campagne), et la dernière, la plus belle, la plus dolente, à la fin de l'opéra. Cette production de Deborah Warner est tout simplement idéale. Le grand souffle de la tragédie et de la bouffonnerie mêlées.

(Tiens, plus d'accord avec Aligateau qu'avec Laurent, sur ce coup-là)

13 février 2011

La création, de Haydn

Vendredi soir, à Pleyel. Placé en arrière-scène. Avant de rentrer dans la salle, j'étais un peu inquiet de ne voir les chanteurs que de dos, côté acoustique, mais c'était tout à fait acceptable et j'ai pu apprécier le beau timbre fruité de la voix de Mme Piau et les talents dramatiques du baryton-basse. Et il y avait d'autres avantages considérables à ce placement: (i) être en mesure de voir la tête d'un copain de promo dodeliner dangereusement, au deuxième rang; (ii) voir la tête des violonistes ne pas dodeliner dangereusement  - ça c'est fascinant, ce degré de liberté du cou de ces violonistes jouant sur instrument ancien sans mentonnière (ce serait impecc' pour accompagner du Sheila); (iii) m'émerveiller de la veste du chef - et aussi, en prime, de sa gestique, quelle variété d'expression incroyable, quelle souplesse de phalanges, quelle façon de passer d'un geste introverti au déploiement complet d'un bras, à la Edouard Mains d'Argent (mais je dois dire que certaines attaques m'ont laissé perplexe, vu le délai entre le geste et l'attaque sonore - au demeurant cohérente). Pas tout suivi le texte (j'étais derrière les sous-titres) mais tilté sur certains mots (Licht, évidemment, Sterne, avec le timbre qui va avec, Odem, avec la respiration hachée des cordes, Walfische, avec une merveilleuse polyphonie serrée des cordes graves) et sur l'organisation générale (chaque journée démarrant par un récitatif et un discours se complexifiant; l'utilisation, dans la première partie, des formes sonates en mineur se résolvant en majeur, un truc des classiques auquel j'ai toujours du mal à me faire). Bref, moi qui ai toujours préféré Les saisons à La création, ça a été un déclic. Eh oui, parfois, on résiste et ça vient on ne sait pas trop pourquoi, là j'ai vraiment eu l'impression de redécouvrir cette oeuvre, et je vais réécouter tout cela au calme. 

9 octobre 2010

Résumé des épisodes précédents

  • Moscou: remake du voyage de l'an dernier (à propos, à la suite de la chute du maire de Moscou, la statue de Pierre le Grand en navigateur va être déplacée ailleurs). Passé beaucoup de temps dans les bouchons de Novy Arbat, où j'ai pu admirer la chaleureuse ambiance du restaurant Globosushi (non testé).
  • Au cinéma: Kaboom (la bande annonce, qui concentre tous les bons mots du film, est plus percutante que le film, qui est un peu décousu: je suis en plein accord avec le billet de David Madore), les amants imaginaires (sauvé par l'humour mais passablement irritant, avec une musique poisseuse - et puis les scènes monochromes sont plus chichiteuses que sensuelles), Un homme qui crie (un film très fort sur une histoire père/fils, par un grand réalisateur africain)
  • Viens de quitter le parti des anti-barioleurs pour celui des barioleurs. Un changement d'orientation considérable, qui va changer beaucoup de choses dans les années à venir, opéré in extremis, juste avant que la Crampe Ultime ne vienne solidifier mon poignet gauche dans la scène au ruisseau de la Pastorale. Fini, les extensions foireuses, les calculs byzantins pour éviter les changements de cordes! A moi les clapotis, les grands coups de gouvernail et l'indécision des cordes....
15 décembre 2009

Platée à Garnier

Fini par voir, après la bataille, Platée (et je crois bien que c'est la première fois que je vois cet opéra, en vrai). Vu de la troisième loge de côté (au surplomb de la fosse). On voit le chef s'agiter avec énergie; les flûtes se faire rabrouer par une grenouille pour leur charivari (quand Jupiter arrive en chouette), un crapaud semer la zizanie dans la fosse (que l'on imagine humide). Sur scène, on voit Mercure descendre (c'est de saison), on rigole franchement de ces beaux ballets nuts, sur le thème de l'amour vache et plus généralement de la mise en scène (le début, avec ces ouvreuses ravagées qui replacent frénétiquement les spectateurs!). On s'imagine bien en Junon furieuse, prête à faire un carton avec sa pétoire. On aime bien Paul Agnew, mi clochard, mi reine d'Angleterre, diction impeccable. L'orchestre est très fort et on trouve les équilibres bizarres, mais c'est peut-être l'effet du placement.

24 juin 2010

Fermeture pour cause de transhumance

(Si toutefois nous arrivons à décoller, un jour)

Il se pourrait que nous nous croisions, ces deux semaines à venir, au col des Ayes, au col Fromage, au col de Bramousse, au col Girardin, au col de Mallemort, au Pas de la Cavale, au col de la Colombière, au col d'Anelle, au col de Crousettes, au col des Moulines, au col de Veillos, au col du Barn, au col de Salese, au Pas des Roubines de Maïris, au col de Prals, au Pas de l'Arpette, au col du Raus, à la Baisse du Camp d'argent, au col de Turini, au col du Razet ou au col Saint-Bernard. Ou pas.

29 novembre 2009

L'autre jour, un type m'a fait un doigt

C'était dans le bus, qu'il m'arrive de prendre juste pour deux stations. J'avais gardé mon sac au dos et je me suis assis assez négligemment tout au bord d'un strapontin, mi les jambes croisées comme une diva, mi comme une perruche une gazelle prête à bondir; j'étais un peu hébété après ma journée de travail, au point d'avoir la flemme d'enlever mon sac et d'en extraire mon livre du moment. Il y avait peu de monde dans le bus, et je crois avoir à peine remarqué un type plutôt bien roulé mais pas vraiment mon genre, en face de moi de l'autre côté de la porte. Je ne crois pas l'avoir regardé avec un grand regard insistant de grand fauve, toujours est-il qu'il s'est levé pour sortir à la station suivante et m'a regardé d'un air vraiment mauvais. Le bus s'est arrêté, la porte s'est ouverte, et il est sorti en regardant droit devant mais en faisant un doigt d'honneur à mon adresse, droit comme un chandelier.

Je dois dire que ça ne m'a pas spécialement traumatisé, mais je continue à m'interroger sur ce qui s'est réellement passé: ce petit con a-t-il cru que j'allais le poursuivre de ses assiduités jusqu'au bout de la planète? Etait-ce de la jalousie sociale mal placée (j'étais en costume cravate)? De la follophobie alors que j'étais dans une posture de diva (ça ne me déplairait pas de le croire mais à vrai dire c'est surtout que j'avais la flemme d'enlever mon sac à dos)? Une simple méprise et le doigt était adressé à un de ses acolytes resté derrière moi dans le bus?

Quand le bus est reparti, j'ai eu l'impression qu'une femme me dévisageait bizarrement, je me suis demandé si j'avais les lèvres violettes ou quoi, mais son regard a glissé imperceptiblement sur ma gauche, elle avait juste le regard vitreux et absent de la fin de la journée dans les transports en commun....

14 octobre 2009

Komitas à la MCM

Hier, concert Komitas, à la Maison des cultures du Monde. Commençant par une conférence donnée en arménien par un musicologue qui semble tout droit sorti du Matenadaran, traduit en français par une jeune femme à bottes médiévales à éperon, très souriante. A* me raconte la vie du père Komitas, formé à Berlin, ayant vécu à Constantinople, collectant et notant du matériel ethnomusicologique à travers l'Arménie, déporté en 1915, sombrant dans le mutisme puis interné en HP à Villejuif, où il meurt en 1935. Le musicologue oppose Komitas à un autre musicien arménien ayant intégré les quarts de ton (dont je n'ai pas retenu le nom); l'approche de Komitas est plus conforme au grand courant européen (dont se réclament les Arméniens, poste avancé de l'occident). Première partie consacrée aux monodies: musique essentiellement sacrée, avec des mélismes impressionnants et l'utilisation extensive de seconde augmentée. Seconde partie plus attrayante, avec des oeuvres polyphoniques (musique pour piano, pour piano et voix, et des choeurs à 4 voix excellemment chantés par le Choeur de chambre d'Arménie): musique plus haute en couleur, avec des rythmes rappelant les rythmes bulgares chez Bartok, à la fois populaire et sophistiquée, fondée sur les monodies entendues précédemment. Je suis finalement étonné de voir que tout cela est assez peu oriental (très loin de la musique traditionnelle azérie qu'on entend chez un Parajdanov, par exemple).

22 septembre 2009

Journal d'un mutant (1)

* C'est que la bestiole, ça fait hypermal aux doigts. On sent la corde vrombir sous le doigt comme un jet à réaction - on se croirait à Mururoa en 95. Le pire, c'est sur la corde de do, mi deuxième doigt - la 4ième doigt. C'est transhumain. En bref, je manque de corne, il va falloir se durcir un peu le bout des doigts. C'est fini la vie de seigneur du violoniste!

* Un autre truc différent du violon: au violon, on tient son violon sans le bras (uniquement par l'épaule). Là je n'y arrive pas réellement (ça fait mal à la mâchoire). Alors? il faut chiquer? mâcher plusieurs chewing-gums matin midi et soir pour avoir la mâchoire carrée? à la Schwarzenegger? Hum.

12 juillet 2007

Comment dit-on "Maite, cette pétasse" en lituanien ?

Ma stagiaire: Ah tu vois çuilà il est lituanien

Moi: ah bon, mais Gerasimovas ça sonne russe, nan ?

Ma stagiaire: Mais ça finit par -as, donc c'est lituanien

Moi: et tu sais pas, l'autre jour à l'opéra y avait une chanteuse lituanienne, son nom finissait en -kaite comme toi

Ma stagiaire: Mais c'est normal, tous les noms de jeune fille finissent en -aite en lituanien

Moi: alors tu ne portes pas le même nom que ton père ?

Ma stagiaire: Ben non mais on a la même racine, moi c'est ***aite et lui il s'appelle ***as

Moi: non....

Ma stagiaire: et ma mère elle a encore un autre nom

Moi: j'y crois pas

Ma stagiaire: elle s'appelle ***iene

Moi: Les bras m'en tombent. En fait c'est comme les russes, héhé, avec Kabanovna... heu non Kabanova, je n'arriverai jamais à me le mettre dans le crâne. Alors on peut dire Gonzalezas en lituanien ?

Ma stagiaire: exactement

14 février 2004

Buongiorno notte, de Marco Bellochio

Curieux sentiment de jubilation au sortir de ce film riche et vibrant qui évoque l'enlèvement d'Aldo Moro.

Disons que sans vouloir jouer les spoilers, le personnage central du film est une femme qui mène une double vie et qui finit par en sortir (là, je rentre en résonance, telle une cloche; dong, donc). Une histoire de conversion et de libération (même seulement par l'imaginaire): voilà pourquoi je jubile, sans doute. C'est quelqu'un dont l'imaginaire, un peu abstrait, est celui de la révolution russe et de la lutte antifasciste et qui finit par être sensible au personnage d'Aldo Moro, le prisonnier, l'homme abandonné qui écrit des lettres sensibles et ferventes et qui sait qu'il va mourir.

Il y a une très belle scène, très curieuse, filmée du fond d'un ascenseur qui s'arrête à tous les étages, où on voit des gens paniqués par ce qu'ils voient dans l'ascenseur (que le spectateur ne voit pas, lui; on imagine le pire, un cadavre ) et se ruer dans les escaliers. Le seul personnage à affronter de face ce qu'il y a dans l'ascenseur (je ne dirai pas ce que c'est), c'est ce garçon intuitif et courageux, qui a su voir l'héroïne et qui, sans rien savoir de sa deuxième vie, l'a comprise.

Voilà, j'ai l'impression d'avoir écrit des choses mièvres et humaniste cucul, je ne voudrais pas donner l'impression que le film l'est. Les chiennes de garde de l'extrême gauche n'ont pas aimé (trop psychologique, l'idéologie des BR inexistente), les cathos ne devraient pas aimer non plus (l'attitude de Ponce Pilate de Paul VI qui avait l'air autant en forme que JPII aujourd'hui, les funérailles à St Jean de Latran évoquant le Soviet Suprême dans les années 70), le public italien a adoré, à juste titre à mon sens.

28 novembre 2004

Tropical Malady, d'Apichatpong Weerasethakul

Un sacré film, pas spécialement bavard, mais qui fait causer les animaux dans la jungle (étonnant ces singes qui parlent thaï)...et les blogueurs de talent (aucun rapport évidemment). Comme l'écrit très drôlement Christophe Akatebian (lu via la fin du beau texte de tlön) les animaux y sont sous titrés comme les poissons chez Cuny. J'ai eu quand même une grosse fatigue dans la seconde partie, la plus hypnotique; après cinq minutes d'assoupissement, j'ai réalisé que A en était toujours à quatre pattes à courir après B (à moins que ce ne soit l'inverse), en bref rien de crucial ne semblait être arrivé. La première partie, qui titille moins la fibre critique, est quand même aussi très étonnante, avec ses ruptures de registre (des temples souterrains à l'aérobic), et aussi, très simplement, le visage illuminé de de quelqu'un d'amoureux.

17 juin 2005

Steamboat Round the Bend de John Ford

un film de John Ford en 1935,

- où un George Washington en cire, des litres de liqueur Pocahontas et tous les objets en bois, barque de secours comprise, finissent dans la chaudière d'un bateau à vapeur pour sauver un jeune marié de la potence....

- où un noir froussard à la voix inimitable propose un verre d'eau à un Nouveau Moïse repêché du fleuve (à ne pas confondre avec le Nouvel Elie)....

- où la formule de mariage "je vous unis jusqu'à ce que la mort vous sépare" prend un sens particulier....

- où, scène impressionnante, des paysans prêts au lynchage sont in extremis adoucis par le spectacle de quelques figurines.

15 octobre 2005

La déesse H dans le texte

(Comme je ne suis pas sûr de tout comprendre, je recopie, à la page 68, les mots magiques:) 

La déesse H.

Le pouvoir de jouissance d'une perversion (en l'occurrence celle des deux H: homosexualité et haschisch) est toujours sous-estimé. La Loi, la Doxa, la Science ne veulent pas comprendre que la perversion, tout simplement, rend heureux; ou, pour préciser davantage, elle produit un plus: je suis plus sensible, plus perceptif, plus loquace, mieux distrait, etc - et dans ce plus vient se loger la différence (et partant, le Texte de la vie, la vie comme texte). Dès lors, c'est une déesse, une figure invocable, une voie d'intercession.

(in Roland Barthes par Roland Barthes, dans la collection de Denis Roche les écrivains de toujours, au Seuil)

 

Heuuuu.... ça marche aussi avec les blogs, non ?

13 octobre 2005

A propos de dimanche...

...un petit truc qui m'a fait très plaisir et, sans doute, mérite d'être consigné ici. Pour la première fois depuis presque 12 ans que je partage la vie du chat, ses parents m'ont invité à déjeuner chez eux. Manque de bol, c'est dimanche midi et je me suis déjà engagé vis-à-vis de *** auprès de qui je ne vais pas me dédire. Pour dire vrai, j'ai déjà rencontré, mais chez le chat, sa mère, une vieille dame alerte et pleine de punch; et je suis déjà allé plusieurs fois dans la maison familiale, mais en l'absence des parents; une fois en été, seul avec le chat qui voulait échapper au cagnard parisien; une autre fois, mais à l'instigation de l'un des frères du chat qui séjournait là. Le grand rendez-vous aura lieu une autre fois. Quant à une rencontre quadripartite avec mes parents à moi.... il faudra attendre qu'un bataillon de casques bleus soit disponible, j'en ai bien peur.

18 novembre 2005

Celle-là, personne ne me l'avait encore faite

MonCollègueX -Et tu sais ce que Bidule dit de Truc ? hein ? (avec un gloussement enthousiaste et un pétillement dans l'oeil gauche)

Moi - .....mmmmh.....

MonCollègueX - Qu'il a gardé son nom de jeune fille

Moi (sombrant dans une inexpressivité calculée, thermostat -45°C)- .....mmmmh.....

MonCollègueX (accablé mais toujours pétillant) - Tu comprends pas ?

Moi (restant stoïquement sur -45°C et concentrant tout mon venin dans un regard NOIR)- .....A vrai dire....Non.

MonCollègueX (pouffant de rire) - ...Qu'il est de la jaquette....

13 février 2006

Une soirée à M***

Samedi, à l'heure du thé, au centre culturel de M***, vu Brokeback Mountain, avec le chat et .... (roulements de tambours....) sa mère.

J'ai eu un début de panique et flairé le traquenard quand j'ai entendu le chat, mi-évasif mi-roublard, dire à sa mère: "tu vas voir, c'est un western qui a été primé à droite à gauche....", puis quand je me suis rendu compte que sa mère n'avait aucune idée de ce qu'était le film et qu'elle avait aveuglément suivi les conseils de son ingénieux fiston.... Finalement, pas de drame, elle est sortie de là en observant judicieusement que ces jeunes gens avaient bien du mal, même tout nus, à se séparer de leur chapeau et nous avons eu une discussion sortant des sentiers battus sur la conduite des troupeaux de moutons en montagne (qui offre matière à de riches polémiques).

Ayant passé victorieusement la première épreuve et répondant à une invitation déjà ancienne, nous sommes allés dîner dans la maison familiale où nous avons retrouvé le père du chat. Comme je l'ai déjà écrit, j'étais déjà allé plusieurs fois dans la maison familiale, mais c'était en l'absence des parents, avec plusieurs des frères du chat ; par ailleurs, j'avais déjà rencontré, mais chez lui, sa mère. Mais là, c'était une invitation en bonne et due forme, avec nous deux et eux deux seuls, et ils avaient manifestement mis les petits plats dans les grands : symboliquement c'était un signal fort que j'ai pris comme tel. Je crois que le courant est bien passé, avec du respect des deux côtés et même un peu plus; si le père est amorti mais souriant, la mère du chat a un peps étonnant et une grande curiosité intellectuelle. Après un interrogatoire en règle sur les sujets chauds du moment (Outreau et caricatures), la conversation s'est orientée sur le chat et a apporté son lot de révélations fracassantes : pour résumer, c'était un bébé calme, rigolard et pétocheux et ça n'a pas beaucoup changé.

Je ne crois pas que ce dîner est annonciateur de relations beaucoup plus suivies ; ce sont des personnes très âgées (>80 ans), j'ai déjà fort à faire avec mes propres ascendants et je ne cours pas après les réunions familiales. De toutes façons l'obstacle à une véritable intégration vient plutôt de la fratrie - et plus spécifiquement, des trois (sur sept) que je ne connais pas et qui résistent sérieusement : je me souviens encore de ce frère du chat qui nous avait demandé de dégager de la maison de V*** parce qu'il allait débarquer, lui, avec ses enfants..... (tout ça, évidemment, et je m'en étrangle d'indignation, au motif que le contact entre un couple homo et des enfants seraitdangereux éducativement)

Mais je dois saluer cet accueil des parents du chat samedi, plein de gentillesse et d'attention pour moi, un état d'esprit dont mes propres parents sont encore loin vis-à-vis du chat (qui ne rentre pas du tout dans leur radar...). Je pense qu'une des différences d'attitude entre ses parents et les miens provient du fait que, dans ma famille, les liens sont plus resserrés, et deviennent tout de suite plus passionnels, alors que dans celle du chat - et ce n'est pas une loi générale des familles nombreuses - les liens sont finalement assez distendus et les relations plus dépassionnées...

5 avril 2006

double bind

Dans le carnet de Monde daté d'hier, je lis:

Fabien et Hugues se sont pacsés le samedi 25 mars 2006, à Paris, en toute discrétion.

(ni adresse ni nom de famille)

Evidemment, on est prêt à leur souhaiter plein de bonnes choses, mais tout de même: faire savoir ou ne pas faire savoir ? (je peux bien ricaner, j'ai choisi la facilité : pas de pacs)

19 mai 2006

Himmler sur l'homosexualité

Hallucinant comme c'est modéré et irréfutable, comme du Vanneste, quoi (lu via Chronolog).

En ce qui concerne les postes administratifs qui sont également occupés par des femmes, aucun homme de bonne foi ne pourra prétendre que l'on y accède uniquement grâce à ses qualifications professionnelles, car, soyez honnêtes (nous sommes entre hommes et nous pouvons donc parler franchement ), si vous cherchez une sténodactylo et que vous avez deux candidates, l'une affreusement laide, âgée de cinquante ans, qui fait trois cents syllabes (presque un génie en ce domaine, donc) et une autre, mignonne, de bonne race, âgée de vingt ans, mais qui ne fait que cent cinquante syllabes, vous prendrez certainement votre air le plus sérieux (ou je ne vous connais pas du tout ) et trouverez mille raisons très morales pour engager la candidate de vingt ans qui fait moins de syllabes à la minute. L'autre est âgée, direz-vous, et pourrait tomber malade plus facilement. Que sais-je encore ? Bien. On peut en rire. Ce n'est pas méchant et cela n'a pas d'importance, car si elle est jolie, elle ne va pas tarder à se marier et de toute façon un poste de sténodactylo ne détermine pas la politique de l'État.

Mais la destruction de l'État commence lorsque, intervenant un principe érotique (je le dis avec le plus grand sérieux), un principe d'attirance sexuelle entre hommes, la qualification professionnelle, l'efficacité ne jouent plus dans cet État d'hommes le rôle qu'elles devraient jouer. Je vais vous citer un exemple pris dans la vie quotidienne(...). Le conseiller ministériel X est homosexuel et cherche parmi ses assesseurs un conseiller gouvernemental, mais il ne cherche pas nécessairement le plus efficace. Il ne choisira pas le meilleur juriste, (...) il ne prend pas un assesseur qualifié, ni de bonne apparence physique. Il choisit celui qui est lui aussi homosexuel. (...)

La chose n'en reste pas là, car l'assesseur, qui est désormais conseiller gouvernemental, va procéder de la même manière. Si vous trouvez à un poste quelconque un homme qui a ce penchant et si cet homme a un pouvoir de décision, vous pouvez être sûrs de rencontrer autour de lui trois, quatre, huit, dix individus ou plus encore qui ont le même penchant, car l'un entraîne l'autre, et malheur aux hommes normaux qui vivent avec ces gens. Ils sont condamnés. Ils peuvent faire ce qu'ils veulent, ils seront anéantis. (...)

L'homosexualité fait donc échouer tout rendement, tout système fondé sur le rendement. Elle détruit l'État dans ses fondements. A cela s'ajoute le fait que l'homosexuel est un homme radicalement malade sur le plan psychique. Il est faible et se montre lâche dans tous les cas décisifs. Je crois qu'à la guerre il peut faire preuve de courage de temps à autre, mais dans le domaine civil, ce sont les hommes les plus lâches que l'on puisse imaginer.

(j'ai repris les extraits soulignés par Chronolog, mais il ya aussi un couplet "les homosexuels sont structurellement menteurs" et un autre "les homosexuels ont un besoin compulsif de faire des confidences" qui valent leur pesant de cacahuètes)

21 mai 2004

La vie est un miracle, d'Emir Kusturica

Personne n’est plus insensible que les gens sentimentaux. Souvenez-vous: «Sécheresse du cœur dissimulée derrière un style débordant de sentiments»

(Kundera, les Testaments trahis, qui cite Stravinski)

La vie est un miracle est, comme Underground, un film dégueulasse. Et réalisé par quelqu'un de doué, c'est ça le problème. Quand je vois les hurlements de plaisir de la salle où je l'ai vu et le succès critique du film, je suis inquiet et énervé.

Rappel des épisodes précédents: Underground était ce film où, pour ne reprendre qu'un seul exemple, on voyait les mêmes images d'archives, avec la musique de Lili Marleen, montées à deux moments différents, une fois au sujet de 1941, l'autre au sujet de 1991 (date du déclenchement de la guerre et des déclarations d'indépendance slovène et croates), avec le même carton: "les Allemands envahissent la Yougoslavie". Kusturica reprenait là à son compte l'instrumentalisation de l'Histoire par la propagande de Belgrade dans sa pire imbécillité, sur le mode: c'est l'Allemagne qui a voulu faire main basse sur ses anciens satellites, la Croatie et la Slovénie....

Dans son dernier film, Kusturica est à la fois plus insidieux et plus consensuel. Il centre son film sur une romance entre un Serbe et une Musulmane, a priori inattaquable. Le seul ennui, c'est que, comme par hasard, ce sont les sympathiques Serbes de Bosnie qui protègent cette romance, qui est cassée net par des méchants snipers Musulmans qui tirent sur la jeune femme Musulmane, juste avant qu'elle ne tente de franchir la Drina (Là on touche le fond: la seule représentation des snipers dans le film, c'est pour montrer des soudards ivres qui déclarent, entre deux gorgées de bière, que jamais les Serbes n'arriveront à prendre Gorazde. Quand on souvient ce qui est arrivé à Gorazde et la ville voisine, une certaine Srebrenica, sans parler de Sarajevo, ce gigantesque terrain de chasse pour snipers serbes, on se dit que Kusturica ne manque pas d'air......). J'oubliais les autres responsables du gâchis, tel que le film les décrit, c'est bien sûr la Forpronu qui organise la séparation des communautés au travers d'un échange de prisonniers trop médiatisé (on s'en doute, ce sont bien la Forpronu et les Musulmans qui ont cassé l'idéal d'une Yougoslavie unitaire....l'épuration ethnique, le blocage de la Fédération au profit des seuls Serbes, avant le début de la guerre, Kusturica n'en n'a sans doute jamais entendu parler).

Même en dehors de l'histoire amoureuse (une moitié du film, pas davantage), le film feint de se cantonner à l'attitude apolitique et émotive de son héros tout en développant une représentation de la guerre en Bosnie qui est à vomir et qu'il n'est pas interdit d'expliciter. Les ingrédients de l'abrutissement du spectateur sont 1) le vitalisme (le surrégime permanent pour reprendre l'expression de JS, la célébration de la vie et du mouvement, dont je ne suis pas loin de penser qu'il s'agit d'une des caractéristiques du fascisme) et 2) la sentimentalité gluante (deux exemples: la scène finale, que je ne vais pas déflorer, ou encore: la scène où le père court après le ballon du fils; on s'émeut pour un ballon de foot ou pour un âne, mais on est incapable de comprendre quoi que ce soit).

Le héros n'hésite pas à détruire la télé quand il s'agit de CNN en train de couvrir le siège de Sarajevo ; en revanche, aucune réaction du même héros quand il voit à la télé Karadzic ....ou un spécialiste de Shakespeare (sans doute Nikola Koljevic, l'une des crapules à la tête de la Republika Sprska ?) qui déclare: "ce qu'on a fait aux Serbes dépasse ce que les Serbes ont fait". De façon symptomatique, le film évoque Shakespeare à deux autres reprises, dans la scène au bord de la Drina déjà mentionnée, où les soudards musulmans ironisent sur "Roméo et Juliette", mais aussi dans un morceau de bravoure, la scène du match de foot avant le début de la guerre, où les Serbes, paisibles sportifs, gagnent le match et leurs adversaires se vengent avec des matraques (Dans des interviews, Kusturica ne se cache d'ailleurs pas de ses intentions métaphoriques sur cette scène). Si faire référence à Shakespeare doit conduire à autant d'aveuglement, j'aime autant répudier toute idée de culture.

Pour être honnête, je dois reconnaître que le film évoque la préparation des Serbes à la guerre (l'officier qui sait d'avance que la guerre va être déclarée, la construction de la voie ferrée qui va relier l'Est de la Bosnie à la frontière serbe) et n'hésite pas à décrire les turpitudes de l'armée fédérale (trafics en tous genres, et surtout accointance avec les Allemands pour le plus pourri des militaires serbes....le crime suprême). Mais tout ça est décrit avec une complaisance de clan.... il s'agit de péchés véniels et on comprend bien qui sont les vrais ennemis: l'OTAN, la Forpronu, l'Allemagne, les Etats-Unis, et les médias occidentaux. Effectivement, M. Kusturica, on n'appartient pas au même monde...et on en est fier.

28 juillet 2004

musée juif à Berlin

Puisqu'il a été question ici et là de transformation des chats, d'effet tunnel et d'esprit d'escalier, je reviens à Berlin. De nombreuses institutions ont réouvert depuis notre précédente visite (il y a 3-4 ans ?), parmi lesquelles le musée d'histoire d'allemande à l'Arsenal aménagé par IM Pei (très bonne expo sur 14-18 vu du côté allemand), la Fondation Helmut Newton (mais je goûte assez peu les Spiderwomen aux longs fuseaux).

Mais j'ai été surtout impressionné par le musée juif, dont matoo a d'ailleurs déjà parlé. L'architecture du lieu se fonde sur une idée unique simple (comme l'église de Turin devant laquelle je suis tombé en arrêt), celle de droites et de plans coupés. Le trajet du visiteur ressemble à un processus mental. On part du présent (paradoxalement, le bâtiment ancien) pour retrouver, en descendant via un souterrain, l'histoire du judaïsme en Allemagne (le bâtiment nouveau, en forme d'éclair, avec ses surfaces planes scarifiées).

Ce sous-sol, c'est ce que l'architecte Libeskind appelle un axe de la continuité, coupé par deux autres axes, celui de l'exil et celui de l'holocauste. Dans tout le sous-sol, on perd ses repères, rien n'est droit. Cette impression culmine dans le jardin de l'exil, qui évoque justement de façon très forte la difficulté de trouver des nouveaux repères. L'histoire de la Shoah n'est évoquée que de façon très fragmentaire, avec l'exposition d'objets émouvants, un portefeuille, une lettre, chacun attaché à une histoire personnelle. C'est bouleversant, dans un tout autre registre que l'histoire à la Hilberg.

Le parti-pris du reste de l'exposition permanente, c'est avant tout de décrire comment les juifs ont vécu en Allemagne, et pas comment ils ont disparu: il s'agit de célébrer une civilisation, ce n'est pas Yad Vashem. L'histoire du judaïsme en Allemagne, ce sont les synagogues de la vallée du Rhin au Moyen-Age, la famille Mendelssohn, toute l'histoire bien documentée de l'antisémitisme à la fin du XIXième siècle et du bouillonnement culturel de la république de Weimar, mais aussi des aspects moins connus comme la figure de Glikl bas Juda Leib, une femme d'affaires du XVIIième siècle qui a écrit ses Mémoires en yiddisch, avec le fascinant arrière-plan de l'époque avec ses faux messies. Tout cela est présenté de façon appétissante et interactive: nous avons passé une bonne partie de la journée dans ce musée. Last but not least, le restaurant du musée, bien que manifestement sous-dimensionné un lundi pluvieux - lundi est le jour de fermeture de la plupart des musées berlinois, à part le musée juif...et le musée gay - vaut le déplacement (excellent sandre farci....). Je dois dire que le pari du musée est gagné: il est très fréquenté et suscite manifestement l'intérêt des foules (beaucoup d'américains et d'allemands). C'est à voir si vous passez à Berlin.

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