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16 mars 2012

Don Giovanni à la Bastille

Une série d’éblouissements

1-   L'air de Donna Elvira (Mi tradi, avec arabesques de clarinette) chanté par Véronique Gens. Un timbre merveilleux et une puissance qui m’a soufflé.

2-  Le Don Giovanni de Peter Mattei, grand seigneur, une présence et une voix idéale alliant la puissance à la souplesse (les scènes de séduction avec Zerline: mazette...). Un Don Giovanni qui, presque plus que par un viol et meurtre un peu irréels, nous choque ici par ses atteintes répétées au code du travail : il envoie au casse-pipe sans vergogne son employé Leporello (les surtitres parlent de patron et d’employé) et commet abus de pouvoir sur abus de pouvoir envers Masetto. Dès la fin du premier acte, il est déjà mort dramatiquement, la couenne plus que grillée; il erre comme un zombie au deuxième acte, où son double Leporello subit une réplique de la mise à mort symbolique du premier acte. Et  la rencontre avec le Commandeur est une entrevue entre deux morts-vivants; c’est presque trop d’honneur que d'offrir à un tel voyou une mort en ré mineur avec trombones.

3-  Les couleurs parfois inattendues des tonalités : le do majeur bourrelé d’inquiétude de Masetto; le ré majeur de la vengeance qui répond au ré mineur de la transgression ; le mi bémol majeur sublime, à clarinettes, du trio des masques ; le fa majeur de l’intrigue théâtrale (Masetto et les paysans) ; le sol majeur de la confiance enfin trouvée (magnifique Don Ottavio, Bernhardt Richter) ; l’instabilité tonale dans le finale du premier acte.

4-  Le mélange des genres : les grands airs d’opéra seria avec introductions pointées, roucoulades puis coda frétillante; les grands ensembles (le sextuor fou du deuxième acte avec ses cadences rompues) ; mais aussi les collages de musique, la musique sur la scène (avec commentaires du spectateur et commanditaire), la fluidité de l’action où un mot fait tourner l’atmosphère, bref le flux ininterrompu des idées musicales de Mozart….

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7 mars 2012

Stravinsky (Noces et Oedipus Rex) au TCE

  • Noces. J'avais une envie furieuse de voir Noces après le documentaire de l'autre jour, et je n'ai pas été déçu, même si c'était loin d'être parfait. Pris très vite par Gergiev (on est souvent près de la sortie de route), avec des percussions qui couvrent tout (au fond ça ne me dérange pas, on entend mieux que d'habitude les peaux, le métal). Un peu déçu de voir que quatre voix solistes se partagent les rôles, qui ne sont pas individualisés (incidemment, la basse fait semblant d'ignorer ce qu'est une voix de fausset). On ne le croirait pas en écoutant le disque, mais les résonances de la fin, crotales et cloches, font toujours un effet physique étrange sur la salle: tout le monde se demande s'il n'y a pas une attaque magnétique en cours. La première toux, qui interrompt sans excès de pudeur la dernière résonance, ramène sur terre le public.
  • Oedipus Rex. Evidemment, après le génie de Noces, c'est la déprime assurée (Oedipus Rex est une oeuvre qu'il faut programmer après une partie d'airs de Massenet et Verdi, et qui semblerait bien alors (ou pas, d'ailleurs)). Tout pue le second degré (l'air à tiroirs de Jocaste.....) Stravinsky trouve même le moyen de s'épuiser dans l'assez belle fin à oscillations (sur un ostinato de triolets aux violoncelles, comme au début), qui est dépourvue de la moindre ambiguïté. Les chanteurs sont meilleurs que dans la première partie et Depardieu, l'idole des banquiers kazakh, est très bien. 
16 décembre 2009

Beethoven à la Cité

Krivine et la Chambre Philharmonique, dans l'ouverture d'Egmont, le triple concerto et la 3ième symphonie.

Quelle fougue, quels tempos (très rapides, mais proches de ceux de Beethoven), quelle articulation. Je suis épaté par les violons qui sonnent comme un seul instrument, c'est très juste malgré l'absence de vibrato et ça sonne étonnamment rond - le 1er violon solo, Alexander Janiczek (qui joue aussi le solo du triple concerto), n'y est pas pour rien. Dans le 1er mouvement de l'Eroica, on entend comme jamais certains détails structurants comme les accents sur le second temps (à la fin de l'exposition). Un tempo rapide permet d'éviter l'enlisement dans les passages les plus minéraux et répétitifs et de garder la direction. Moins emballé par le triple concerto (et c'est la faute à Peter Wispelwey).

Pour ceux qui ont raté ce grand moment, les vidéos des symphonies 1 à 5 sont accessibles ici jusqu'au 18. 

18 juin 2013

Brahms/ Jerusalem

Un concert où on était, sans l'avoir fait complètement exprès, littéralement aux pieds du (magnifique) altiste du quatuor de Jerusalem (que buvait des yeux le second violon, disposition oblige). Programme qu'on n'entend pas si souvent:

  • l'opus 51 n°1 (do mineur). Celui très âpre (avec le carburant de l'alto qui se réveille pour une coda mémorable à la fin du 1er mouvement).
  • le 1er quintette (fa majeur opus 88) avec Amihai Grosz (l'altiste du quatuor avant Ori Kam). Un fa majeur sportif et jovial (la transition vers la réexposition: une machine à ronronner qui s'emballe). Grand mouvement lent avec deux parties centrales sautillantes et une fin à soustractions.
  • l'opus 67 (si bémol): celui à la Haydn (avec des moments bizarres où Brahms se force à faire du Brahms, au lieu de continuer avec ses délectables petits jeux rythmiques). Merveilleux 3ième mouvement à solo d'alto (où Brahms fait du Bach). Un finale à variations (avec un bel épisode en sol bémol majeur à pizzicati magiques), qui conclut avec le thème du 1er mouvement, entrelardé de fusées descendantes que je trouve irrésistibles.
16 septembre 2011

Une 9ième de Mahler au Châtelet

3>2>1>4 ce soir.

3: C'est toujours mon mouvement favori: irrespirable, hideux, violent, comme j'aime. La descente en enfer (ré) des trombones. La scène de paradis bien sulpicienne. Accélération fulguranteà la fin.

2: Le ländler ironique en do majeur, puis en fa. Coupé par un mouvement plus rapide qui tournoie sur le plan harmonique (des cycles de quinte à vomir partout).

1: le grand magnifique mouvement initial. Melancholia. Avec sa somme de gestes initiaux (les petits ingrédients qui finissent par s'agréger, la harpe en bec bunsen qui déclenche la ligne des violons - ne jamais la sous-estimer). J'aimerais bien être le timbalier (ré fa *stop* sol fa) qui casse l'ambiance. Et celui qui appuie l'interrupteur qui fait que tout l'orchestre ressemble soudainement à un asile d'aliénés ou une classe quatrième au mois de mai (Al-maaaaaaaaaaaa). Mais je ne comprends toujours rien à la structure: ce n'est pas une forme sonate, et je ne souhaite à personne une pareille déception.

4: l'adieu au monde (en réb). De vous à moi (j'en entends qui trépignent, là), ce mouvement m'a toujours laissé froid. Et sa fin diaphane, je la trouve infiniment moins intéressante que celle du Chant de la terre et même des autres mouvements de cette symphonie (tous remarquables dans leur genre).

Drôle de disposition: une couche de violons (1 à gauche, 2 à droite), une couche d'altos (séparés) et les violoncelles, sur estrade de face. Pour une envie subite de Mahler live, le résultat est probant: c'est quand même tellement mieux qu'à la radio...

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27 juin 2011

le week-end de la semaine 25

- La Saint-Pédé: comme chaque année, le plaisir des rencontres non programmées. Cette année, donc, trois surprises; croiser  1) un marseillais s'entraînant visiblement à toutes sortes de randonnées 2) un pro Joly ayant voté Hulot pour maximiser les chances des Verts (quelle drôle d'idée) 3) un violoncelliste du *bip*, l'orchestre gay dont le chef a des bouchons dans les oreilles, une raison supplémentaire de ne pas aller l'aborder (je parle du chef)

- Deuxième et troisième volets des festivités du Cinquantenaire. (Effort culinaire créatif notable de ma belle-mère, nombreuses têtes blondes dangereusement isotronches). Ouf, je sens que j'ai un vrai créneau, là, avant le Centenaire (moins epsilonn), pour revenir à mon état normal (mi-peste mi-caustique).

- Déconcerté (eh oui) par Pater.... tout l'aspect cuisine, cravates et dispositif est très bien (début et fin: magnifiques), mais le film s'enlise un peu en son milieu. Salle curieusement enthousiaste (des vieux démondialistes à l'UGC)

- Bonnes ressources musicales: une répétition ordinaire, de Djac Baweur et puis les Meistersinger de Glyndebourne (valable 7 jours)

1 février 2011

Trois fois trois histoires de couple (enfin, presque, vous n'allez pas chipoter non plus)

Au cinéma, Schahada. Un film allemand récent retraçant le conflit intérieur de trois jeunes gens, entre leur foi musulmane et leurs aspirations (enfant/pas enfant, homosexualité, etc....). On n'avait pas vu ce genre de problématique depuis, disons, les films du pas-franchement-regretté André Cayatte, dans une version cathocoincée. Ce film-ci ne passe pas certains tests standard (musique affreuse, par exemple), mais reste intéressant. Il n'incite pas à l'optimisme, en montrant à voir, par exemple, le ressentiment de la nouvelle génération contre les pratiques jugées laxistes de leurs aînés. 

Au théâtre, Le gai mariage. Une pièce de boulevard pas graveleuse et au comique très efficace; le ressort n'est pas tant le ridicule de situations scabreuses (ouf, ce n'est pas la Cage aux folles) mais, très classiquement, l'enchaînement de mensonges de plus en plus tordus et impossibles à tenir. Une très bonne surprise.

A l'opéra comique: Les fiançailles au couvent, l'opéra de Prokoviev. L'intrigue est d'une complication qui décourage le résumé: c'est une pièce avec deux couples de jeunes tourtereaux contrariés et une duègne (ressemblant furieusement à Eva Joly) tentant le tout pour un beau mariage dans le milieu de la poissonnerie. Le musicien, lui, est à son meilleur dans des toutes petites mécaniques - figuration des vagues et de la poiscaille frétillante au début, danses carnavalesques à la fin du 1er acte, quatuor un peu lunaire au 3ième acte, finale avec harmonica obligé et irrésistible martellement syllabique. Ah oui, et il y a aussi un trio pour clarinette, trompette et grosse caisse, qu'on pourrait avantageusement jouer à une prochaine session des Menus Plaisirs.

25 janvier 2011

En bref

Très occupé par plusieurs affaires en cours, dont la plus importante, l'achat d'un alto, est aussi la plus feuilletonesque. On dirait qu'une fin heureuse (le japonais non cannibale et le russe d'opérette se marièrent et firent beaucoup de confitures) est en vue. C'est un peu ballot, c'est précisément le moment où j'ai un retour de flamme que je n'avais pas vu venir pour le violon, ces jours-ci.

Au cinéma, que des demi-déceptions: Somewhere, le film de Sofia Coppola (longuet et creux); le documentaire sur Gil Roman et le BBL (la danse, c'est toujours intéressant mais le film est un peu hagiographique comme une vidéo d'entreprise); le documentaire sur Godard et Truffaut, Deux de la Vague (rien de très neuf et beaucoup de déjà-vu); le documentaire de Jia Zhange Ke sur Shanghai (parfois passionnant et porté par des témoignages oraux, mais qui doit quand même davantage parler à un public chinois).

4 janvier 2011

sur Khodorkovsky

Je sais, ce n'est pas bien de faire ça et en plus ce n'est pas conforme à MaTrèsStricteLigneEditoriale, mais je copicolle ici un extrait du commentaire du 31/12 de la recherche de VTB (une grande banque publique russe, qu'on peut difficilement considérer comme un dangereux foyer de sédition pour le Kremlin) sur le verdict de l'affaire Khodorkovsky. C'est intéressant à plusieurs titres, notamment pour ce que cela révèle des inquiétudes des milieux d'affaires russes face à l'arbitraire de la justice. 

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Court sentences Mikhail Khodorkovsky and Platon Lebedev to 13½ years for crude oil theft --- justification for court’s verdict is very disturbing --- if not overturned by the higher court creates a very dangerous precedent -- negative for investment climate

News: Mikhail Khodorkovsky and Platon Lebedev, the former CEOs of Yukos and Menatep Group respectively, were found guilty and sentenced to 13½ years in prison for crude oil theft from Yukos subsidiaries. If upheld by the higher court, the conviction would keep them incarcerated until 2017. The original sentence on tax evasion charges back in 2004 expires in October 2011.

Our View: The guilty verdict by itself was widely anticipated, however, the imposition of nearly the maximum sentence demanded by the prosecution (14 years) has resulted in the outcome, which is worse than most observers expected (in the original case Khodorkovsky/Lebedev terms were reduced).

However, the most disturbing detail is the ‘rationale’ underpinning the court’s verdict. First and foremost, the charges are based on the usage of internal transfer pricing to redistribute cash flows between the companies of Menatep Group, which is a routine practice in operations of holding companies around worldwide. This alone (and leaving aside even more ludicrous propositions contained in the verdict, e.g. that the presence of US GAAP accounts is the proof of double-bookkeeping at Yukos) creates a precedent, which can be used to attack any holding conducting operations within Russia’s jurisdictions.

In this respect, this court decision is much more detrimental to the investment climate than the original tax fraud case. We will watch the appeal process very closely in the months to come. Unless overturned by the higher court, this ruling could have unintended repercussions that are more damaging that those, which stemmed from the conviction of Khodorkovsky and Lebedev back in 2004.

 

1 janvier 2011

Ariane à Naxos

Beaucoup dormi pendant le prologue: Madame Koch n'aurait-elle pas fait mouche? Le décor est (fort) subtilement au goût du jour, suggérant finement que le Délabrement de l'Immobilier Grec (depuis le temps que ça dure) menace les Valeurs Immortelles des Pays Germaniques. Tout cela est finalement bien dans l'esprit d'Ariane à Naxos, qu'on peut bien lire après tout comme une satire des efforts ridicules déployés par les metteurs en scène pour remettre de vieilles lunes au goût du jour (en français dans le texte) et attirer le chaland (qui en veut et en redemande, de la bétonnière et des chemises hawaïennes). Quand on nous explique au début de la représentation que le chanteur devant interpréter le personnage d'Arlequin a une extinction de voix, qu'il jouera la comédie mais sans chanter, sa doublure restant tapie à l'avant scène, on se dit toutefois que s'il est si patraque, ce n'est sans doute pas une si bonne idée de venir gambader en maillot de bain sur scène.

L'attention revient pendant la représentation de l'opéra, qui est aussi plus substantielle sur le plan musical, ne serait-ce qu'avec ce délicieux trio des naïades, au début. Après, comme dans les romans abstraits du Moyen Age, la Donna Abbandonata et la Pouffe Frivole viennent nous convaincre des mérites comparés de la dolence amoureuse à la Dolan et de la galipette multiple, dans deux airs magnifiques, Es gibt ein Reich et l'air de Zerbinette, tous deux à tire bouchon et fausses fins. Ces deux grands moments finissent par avoir raison de la jactance et la bougeotte du couple de tourtereaux italiens qui labourent l'arrière de mon fauteuil. Je m'émerveille de voir combien plusieurs harpes, un harmonium et un piano remplissent l'espace sonore. Sur un appel de triolets (forcément divins), survient Bacchus, ce ballot, qui prend Ariane pour Circé (alors qu'elle-même le prend pour le messager de la mort). Ils sont heureusement plus performants que Siegfried qui met une bonne heure à la fin de l'opéra du même nom pour s'apercevoir que Brünnhilde est une femme et ne mettent qu'une bonne demi-heure à trouver la voie de l'happy end. J'ai bien du mal à retrouver mon enthousiasme de 20 ans pour cet opéra, dont j'ai longtemps proclamé qu'il était mon Strauss préféré. Fin de soirée fort sympathique avec les deux Philippes

Ailleurs: ici, et

12 janvier 2011

Les mamelles de Tirésias, à l'Opéra comique

Programmation composite: le Foxtrott de Chostakovitch (avec ses miaulements à la Nino Rota), Le boeuf sur le toit de Milhaud, et en plat principal, les Mamelles de Tirésias, du grand Poulenc. Vachart a beau dire, Les mamelles sont elles-mêmes une partition composite (dans laquelle on perd les seins et on choisit ou pas une barbe), alors pourquoi pas ce collage.... Musique qui parfois ne déparerait pas dans Dialogue des Carmélites (l'introduction du Poète), parfois ressemble à la dame de Monte Carlo, à d'autres moments (Et cependant la Boulangère Tous les sept ans changeait de peau Tous les sept ans elle exagère) à un finale de Chabrier. Le livret des Mamelles est un enchantement continu, j'ai parlé ailleurs de "Thérèèèèèèèèèse Te voilà plate comme une punaise", mais il est truffé de court-circuits délectables qu'on ne va pas dévoiler ici. Une soirée dont on sort gonflé à l'hélium, prêt à s'envoler comme certains des personnages qui remontent au-dessus du rideau de scène. Au moment où je retrouve J, pouf, magie d'une nuit d'hiver rue de Gramont, nous tombons sur le boeuf que nous avons vu une heure et demi plus tôt parader dans la partie Milhaud. Il rentre tranquillement à l'étable après le turbin, flanqué de la vieille dame qui marche par toutes petites saccades (et qui se révèle être un adorable vieux monsieur). Je leur aurais bien demandé un autographe, tiens.

16 août 2010

MP chez MP

V. veut savoir pourquoi je lui ai dit que la rencontre avec le serpent avait été un moment fondateur; je crains fort que la réponse ne soit décevante, laissant entrevoir que je restitue des lieux communs comme une éponge.... et pourtant ... il y a bien eu quelque chose de magique qui s'est joué avec ce serpent, ce jour-là. Plusieurs petits nouveaux: un petit Colombien qui explique que la jota initiale de son prénom se prononce comme un h aspiré anglais, une chanteuse dont je ne crois pas avoir entendu le son de la voix et S., dont je suis curieux de voir s'il va s'acclimater aux moeurs locales. Beaucoup de passage: un jeune homme qu'on voit plus souvent baguette en main, mais qui prend visiblement du plaisir à accompagner au piano une ouverture sur des thèmes juifs qui tourne parfois au Steve Reich (quand c'est le violoncelle qui brame, éperdu, il y a un grand blanc, ce jour-là); des flûtistes qui prennent un plaisir suspect à jouer entre eux (un peu d'exogamie, quoi, bordel, les gars; c'est un peu comme si on faisait de la pâtisserie avec du chocolat, du chocolat, et encore du chocolat, sans mettre ni oeufs et farine, mais bon, ce que j'en dis....; ceci dit, cette truffe-là au chocolat chocolaté se mange sans faim); un altiste qui prend la partie de violoncelliste dans l'opus 81 (j'en ai mal au crâne pour lui) et son amie moins outillée que d'habitude (et qui veut me trouver un nouveau job, c'est gentil). Aussi, une belle Invitation au voyage (aux grottes balsamiques) et un Haendel de Nouvel An. Tout cela n'a pas empêché la pluie de tomber (et même abondamment), but who cares?

(il y avait Menus Plaisirs, dimanche, chez Marie-Pierre)

30 octobre 2009

Comme il n'y a AUCUNE raison....

...que je sois le seul à avoir une pêche d'enfer et à gigoter comme un lapin Duracell sur cette apothéose du yodl un brin obsessive composée par un Schubert jeune (D46) qui avait dû oublier de prendre ses cachets, voici ceci: 


(hein! c'est pénible ces musiques dont on n'arrive pas à se débarrasser! 

Eh bien c'est ça aussi les blogs...)

17 octobre 2009

- Hein? quoi? moi?

- Oui, vous là, le monsieur au milieu de la chaussée! Est-ce que je suis là pour la décoration, moi? Vous croyez que je suis là à siffler pour amuser les touristes? Et votre permis, vous l'avez votre permis? (- mais Madame, je  ne vois pas le rapport, ici, je suis un pié-) Parce qu'il faut que vous le passiez votre permis! Si vous aviez votre code de la route, vous sauriez que les policiers ont toujours la priorité sur la signalisation....

(voilà qui m'apprendra à traverser instinctivement quand le feu est au vert sans prêter aux pouffiasses pervenches qui sifflotent l'attention qu'elles méritent)

18 décembre 2016

Sancta Susanna

Il y avait bien quelque chose avant, mais j'ai oublié quoi. Dire qu'on aurait pu coupler ce Hindemith avec un Britten/ Henry James... *soupirs*.

Donc, Sancta Susanna (1921). Musique postromantique, encore tonale, décadente et imaginative (cf l'opus 11 n°4; me confirme dans mon préjugé favorable au jeune Hindemith, rien à voir avec les indigestes et néoclassiques Kammermusiken et autres Cardillac). Concis et violent. Au menu: Tremblements de mai. Très longue pédale mystique (avec fumigations de vents et clapotis de célesta au-dessus - l'odeur du lilas). Petit à petit, mib-ré-mib-sib envahit tout jusqu'au climax et l'exorcisme final. Bref, c'était très prenant et une belle surprise.

 

 

9 juin 2019

Artemis/ Brahms

Lundi, c'était le concert d'adieux/renouveau des Artemis, qui perdent deux membres (Anthea Kreston et Eckart Runge) et en regagnent deux (Suyoen Kim et Harriet Krijgh). Concert plein d'émotions, au programme le 1er sextuor de Brahms, un arrangement sextuor de la sonate opus 1 de Berg (torride mais pas très convaincant) et le quatuor de Smetana.

C'est le Brahms qui m'a tapé dans l'oreille et en particulier le 1er mouvement, un 3/4 en si bémol majeur, remarquable par ses très longues pédales. Déjà dans l'exposition, on a 30 mesures (sur 140) de pédale de dominante (sur do). Sur un rythme à trois temps, une impression de circularité et de statisme que Brahms déjoue par un long crescendo decrescendo.... qui se calme et aboutit à la reprise (obligatoire) de l'exposition. A la réexposition, même ronronnement /syle fleuri / montée-détente de l'excitation sur 30 mesures, sauf que après quelques mesures de reprise du thème en trio à cordes, la pédale reprend de plus belle (un fa sans concession tenu au violoncelle) sur 20 mesures supplémentaires, et ce n'est qu'à l'extrême fin du mouvement que la cadence a lieu. C'est vraiment ce qui s'appelle faire durer le plaisir....

Johannes Brahms String Sextet in B flat major Op.18, Amadeus Q

 

8 janvier 2022

Vus en 2022

The Card Counter, The Chef, Les promesses, La place d'une autre, Licorice Pizza, Enquête sur un scandale d'état, Pour toujours (Accorsi Öztepêk), Un autre monde, Ils sont vivants, Les vedettes, Viens je t'emmène, Petite nature, A plein temps, Rien à foutre, Bruno Reidal, Notre-Dame est sauvée, En corps, Le monde d'hier, Les passagers de la nuit, Contes du hasard et autres fantaisies, Frère et soeur, Don Juan, Incroyable mais vrai, Compétition Officielle, Peter von Kant, La nuit du 12, Rifkin's Festival, Les nuits de Mashad, La petite bande, Decision to leave, Sundown, l'année du requin, As bestas, Leila et ses frères (pas vu jusqu'au bout), La page blanche, Le tigre et le président, Babi Yar Context, Feu Follet, Les enfants des autres, Chronique d'une liaison passagère, Poppy Field, Un beau matin, EO, Les harkis, L'innocent, Close, Revoir Paris, Armageddon Time, Les amandiers, Bros, Fumer fait tousser, Pacifiction, Mes rendez-vous avec Léo, La conspiration du Caire, Le parfum vert (55) 

12 octobre 2017

Pichon 1 (vivement la suite)

D'un concert lumineux et nourrissant, retenons 1/ l'air de basse avec Vc guerrier BWV31 2/ le chorale et Alleluia final de la cantate BWV51 3/ dans BWV31, un air sur l'homme nouveau où l'on entend un peu du père chez le fils (Julian Prégardien) 4/ le choeur initial de la BWV34 le feu éternel (tenues) et l'origine de l'amour (un motif fugué) dans la BWV34 5/ le Jubilate Deo de Gabrieli pour conclure

28 janvier 2017

Schumann/ Gerhaher

Concert très intéressant, avec des cycles tardifs et du 1840 caché un peu partout.

3 chants opus 83 (1850): #1 Resignation (chomatismes tristanesques, scène de théâtre; un peu précieux comme du Wolf). #2 Die Blume der Ergebung (je n'ai retenu que les rimes toc de Rückert). #3 Der Einsiedler (l'ermite): choral un peu décoloré, musique zen thès Chants de l'aube; très beau.

5 (+1) Lieder opus 127. Les n°s 2, 3 (des recalés de Dichterliebe, Heine) et 5 (Shakespeare) sont de l'année 1840, et sont des chefs d'oeuvre. Le n°3 (Es leuchtet meine Liebe) est une histoire monstrueuse (un géant venu de nulle part vient détruire un couple). 

6 Gedichte (+1) opus90 (1850; Lenau). Le n° 2 (Meine Rose) et 4 (Die Sennin) ne sont pas mal.

3 Romances et Ballades opus 49 (1840). Avec Les Deux Grenadiers (Marseillaise et Empereur inside) et surtout Les Frères Ennemis (mouvement perpétuel au piano qui suit la lutte qui s'étend... sur des siècles)

 Le Liederkreis opus 24 qu'on ne présente plus (1840)

4 Chants opus 142. Le #2 et #4 sont du Heine 1840 Dichterliebe recalé. Le 4 (Mein Wagen rollet langsam): règne des retards, cahots des doubles croches sur le 3ième temps; étrangeté des épisodes centraux, tonalités éloignées, rythmique cassée. 

En bis: j'ai au moins retrouvé le #1, Warnung  opus 199 n°2. Texte bizarre, musique sublime (motif descendant unifiant au piano, indépendance du piano et de la voix, dit justement la notice du coffret DFK/ RSCH)

 

8 décembre 2016

Elias (Pichon/Degout) à la Philharmonie

Quelle imagination musicale, quel flux de notes ... retenons:

- n°1 : l'ouverture: première imprécation à tritons descendants, barbe blanche et voix de baryton; puis la fugue à l'orchestre, magnifique d'inquiétude

- n°11-12  la musique des adorateurs de Baal, ces baallots (grandiose moment de parodie; je n'y entends pas Mendelssohn, mais un air de carabin chez Berlioz). Le silence après "Gib uns Antwort!"

- n° 26 Es ist genug. Une sarabande pleine d'amertume, comme chez Bach, à partie centrale agitée.

- n°34:  1 Rois 19 -11/12, un texte-programme pour un musicien: le Seigneur n'est ni dans le vent, ni le tremblement de terre, ni l'incendie, mais dans le murmure doux et léger. Une des musiques les plus puissantes de Mendelssohn

et tous ces airs incroyablement mignons comme des vidéos de chats sur Internet, tellement Mendelssohn (n°2, n°28).

Envie de lire du Grosjean (mais je lis sur la 4ième de couverture - consternation - que l'Elie de Grosjean laisse oublie son visage de prophète en colère, alors non).

19 juin 2011

Idoménée, au TCE

J'ai déjà beaucoup écrit sur cet opéra qui est un de mes préférés. J'aime l'abondance des affects musicaux, qui coïncident parfois bizarrement avec les affects dramatiques (la merveilleuse prière d'Idoménée à Neptune, avec le choeur d'hommes et les pizz: c'est une musique édénique pour un moment de grande détresse intérieure d'Idoménée). On a pu vérifier hier soir qu'il est très difficile d'applaudir après les airs, tant l'intégration entre airs et récitatifs est forte. N'en déplaise aux hueurs, je reste un fan absolu des mises en scène de Braunschweig; cet Idoménée me rappelle un Fidelio mémorable et déjà ancien au Châtelet (avec une même science des volumes et des lumières) .... le décor est peut-être (peut-être, hein) moche, mais il est intelligent et éclaire l'action (je n'ai aucun souvenir d'image forte de l'Idoménée de Garnier, tiens). Beau et fort troisième acte, avec entre autres l'apparition de la Voce, pile là où se tient le chef d'orchestre (non content de dénouer l'action, il se tourne vers le public en chantant: "E premiata l'innocenza..." d'un air ravi). Idoménée (Richard Croft) magnifique dans l'air haendelien du second acte. Dans le rôle d'Elettra, la plus réussie des méchantes de Mozart, Veronica Coku est d'une belle présence scénique mais pas toujours au mieux vocalement. J'ai eu un faible pour l'Idamante de Kate Lindsey. Je suis sûr que Klari aurait aimé les applaudissements: ambiance de fin de festival, jeunes chanteurs émus d'avoir participé à une aventure et s'embrassant, passage de témoin réussi entre la vieille garde (Croft) et les trois jeunes (Ilia/ Idamante/ Electre). Exactement le sujet de l'opéra.

9 janvier 2011

A ou B?

A: son grave m'a tout de suite séduit, de même que sa jolie couleur rouge. Sur les cordes intermédiaires, ça se gâte un peu, mais je n'arrive pas à faire la part des choses entre ce qui vient des cordes (qui sont fatiguées et qu'on peut changer) et ce que la bestiole a pour de vrai dans le coffre. Autre désagrément, il est souvent très faux, avec des chevilles vraiment dures à tourner, et, cerise sur le gâteau, il sent le tabac. C'est un Japonais des années 70, qui a joué tout le répertoire au fond d'un orchestre. C'est un alto qui m'a plu tout de suite, puis moins, puis de nouveau davantage (notamment après deux avis précieux et experts pointant son potentiel). Après, évidemment, il y a d'où il vient et à qui il va falloir faire de la peine si je dois dire que je ne le prends pas, mais c'est un autre problème.

B: il sonne comme un trombone, et ça m'a déplu de prime abord. Lui est arménien et il est presque neuf, il n'a pas été beaucoup joué (ce qui implique qu'il va falloir le faire). Il est moins grand que l'autre (même si la caisse a la même longueur) et j'ai beaucoup de facilité à le jouer. Il n'est pas très joli, le vernis n'est pas très recherché. A force de le jouer (je l'ai depuis une bonne semaine), il finit par me plaire, et les autres altos que j'ai en dépôt sonnent un peu éteint à côté. Il sonne sans doute un peu comme un gros violon, alors que quand on est violoniste et qu'on passe à l'alto, on a envie de graves chaleureux et d'un gros beau matou à faire ronronner. M me dit qu'il est trop riche en harmoniques aigües, et qui si on filtre le son, on perdra peut-être les aigüs mais aussi de la puissance. Quand je commence à jouer A puis B, le son de B me paraît inutilement agressif.

 

(je mets de côté C, qui est deux fois plus cher et pas vraiment plus convaincant, D qui traîne une histoire affreuse derrière lui - et je ne suis pas superstitieux, mais enfin sait-on jamais - et E qui est vraiment trop grand et trop lourd)

Alors? A ou B?

25 mai 2011

le COE à la CDM

Concert-plaisir hier avec l'Orchestre de chambre d'Europe, dont j'ai beaucoup de disques à la maison (Beethoven/Harnoncourt notamment) mais que je crois bien ne jamais avoir entendu live. En l'absence de Pierre-Laurent Aimard, ils jouent ce soir sans chef, se fiant au panache mouvement de tête de la 1er violon (et ça marche très bien). Merci à l'instigatrice de cette soirée dont je comprends mieux le youpisme enthousiasme. Au menu, que du classique:

  • Mozart: 29ième symphonie (la majeur). celle avec les groupes fusée dangereux dans le finale (là, rien à dire: nickel).
  • Mozart: concerto en sol majeur n°17. Celui avec le premier mouvement qu'on pourrait définir comme "la musique en sol majeur la plus solmajeuresque jamais écrite" ou bien "la musique correspondant la plus à la définition la plus communément admise du bonheur". Celui avec le mouvement lent à bouffées de chaleur (des grands vlam des cordes et du piano). Celui avec un finale à variations ressemblant à une symphonie complète (avec mouvement lent plus drama queen tu meurs et presto finale en éclats de rire)
  • En bis: une délicate attention pour notre instigatrice, un beau Schumann (c'était le n°2 des Davidsbündlertänze, non?)
  • Bach: double concerto en ré: avec les deux magnifiques premiers violons solo, Lorenza Borrani et Marieke Blankenstijn. (mais celui-là, je l'ai trop joué, je l'ai trop entendu)
  • et last but not least, la symphonie classique de Prokoviev.

Pour ceux qui sont restés après le concert, un petit test grandeur nature a permis de mettre en lumière de façon incontestable et parfaitement scientifique l'étendue des ravages de la wagnéromanie chez notre jeune et innocente KlarrHülde instigatrice. (Elle est grave, je vous dis)

21 mai 2011

A propos d'A propos

Il y a bien eu ce soir-là une pièce de Sébastien Gaxie, une de Ramon Lazkano et un assortiment de madrigaux d'un certain Claudio Monteverdi, mais j'étais tout ouïe tout feu tout flamme pour A propos, de Fabien Lévy, qui m'a semblé être l'oeuvre la plus intéressante du concert (et oui). C'est une oeuvre de vastes proportions, pour 5 instruments classiques utilisés avec de nombreux modes de jeu. Une sorte de musée imaginaire à la cohérence musicale plus grande qu'on ne pourrait l'imaginer (les cross rhythms, la structure en métabole, avec le mouvement n+1 annoncé avant la fin du mouvement n). 4 mouvements:

- Les automates intimes de Tim Hawkinson: cross rhythms, petits mécanismes. Pris plus lentement, plus aéré qu'ici.

- Quand Jeff Wall regarde Hokusai.... Lévy regarde Messiaen qui écoute du gagaku (ist aber Chopin dabei?). C'est du gagaku ET ce n'est pas du gagaku. Le mouvement le plus beau, le plus hiératique, le plus étale de l'oeuvre. La fin est d'une beauté sidérante: le violon (avec la grosse sourdine), à l'octave du violoncelle, reprennent du thème de gagaku de la petite clarinette, et leur formule lance un contrepoint serré bruitiste qui fait disparaître les fantômes et clôt le mouvement.

- Rouge Burri: le mouvement le plus violent. Entrecoupé de silences, un peu comme les trous et les effets de textures de Burri.

- Rajeunir, par Penone: des sifflotements (initiés par le flûtiste, qui fait ça avec plus de facilité que le violoniste, bizarrement) et des crissements du bois des instruments à cordes nous plongent dans une imitation de la nature à la fois naïve et sophistiquée. Le mouvement est aussi traversé par le souvenir des cross rhythms du 1er mouvement. 

Add: un trio d'un autre compositeur qui s'amuse à jouer avec la perception de l'auditeur, avec l'excellent violoncelliste de 2e2m (le seul à jouer dans toutes pièces)

Aussi: ici et , sur le site du compositeur.

 

13 septembre 2007

De retour d'Almaty

Suis rentré particulièrement décalqué: l'avion qui part d'Almaty à 1h30 a eu l'idée idiote d'aller faire le plein à Astana, entre 3h30 et 4h du matin ... et il ne l'a pas fait discrètement, c'est malin. Vu enfin sans la perturbation du moindre nuage la chaîne de montagnes qui domine la ville, toute enneigée (no foto, désolé). Par rapport à l'an passé, plus de bouchons, plus de 4x4 Toyota Land Cruiser (il paraît qu'en hiver c'est utile dans ce pays, notamment hors d'Almaty), plus de restaurants ouzbek (où on mange du cheval sous toutes ses formes), plus de banques, de logements flambant neufs et de tours de bureaux, mais mon petit doigt (qui va se coucher et vous dit bonsoir) me dit qu'à mon prochain voyage, il y aura moins de tout cela....

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