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zvezdoliki
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9 janvier 2006

lundi c'est Ligeti

Toujours soucieux de Cohérence (respect) et dans le droit fil de MaTrèsStricteLigneEditoriale (re-respect), je continue avec Ligeti (le pauvre) ma série confiserie - ou, si on préfère, ma série musique contemporaine fraîche comme un sou neuf et bientôt immensément populaire sans être en rien raccoleuse. En bref: le Grand Oeuvre avance.

Je viens de flasher velu grave sur le Ligeti Project tome III - que je voulais écouter pour le concerto pour violon (un chef d'oeuvre) - et pour Clocks and clouds (beau titre, belle musique, un peu trop années 70 à mon goût).

Et j'ai découvert ce bijou : Síppal, Dobbal, Nádihegedüvel (ce qui signifie: Sifflets, tambours, violons-roseaux, on s'en serait douté). Une suite de poèmes aphoristiques, de Sandor Weöres, mis en musique en 2000. C'est du spät-Ligeti, le meilleur ! Dispersé, drôle, allant droit au fait. Et déjà aussi mythique que les Folk Songs de Berio chantés par Cathy B.

Comme c'est très court, je mets tout:

  • le 1 (Fabula) décrit une meute de loups paniquée devant deux montagnes qui s'avancent pour les écraser (ne pas pas papaniquer)
  • le 2 (Táncdal= air de danse) sonne hongrois mais les mots sont imaginaires
  • le 3 (Kínai templom= temple chinois): comme un haïkaï (?) avec des mots hongrois monosyllabiques
  • le 4 (Kuli) est un portrait poétique du désespoir monotone et de l'agressivité réprimée d'un paria asiatique (génial; ah ça dépote à 1'30'')
  • le 5 (Alma álma) est le rêve d'une pomme qui se balance au vent (génial)
  • le 6 (Keseredes = Douce-amère) est une fausse chanson hongroise; et un vrai tube, avec un peu de saccharine... (dixit Ligeti)
  • le 7: (Szajkó= Perruche): des jeux de mots intraduisibles; j'adore les prouts de trombone

C'est dans la radio.

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15 juillet 2006

Retour sur György Ligeti

Quelques pistes d'écoute dans cette radio pour donner envie d'écouter Ligeti. C'est très loin d'être exhaustif, mais j'ai mis ce que j'aime, sans me soucier si c'était connu ou représentatif (j'ai zappé les années 60....). Il y a quelques oeuvres qui sont déjà passées dans cette radio; j'ai trié par date de publication.

  • la 3ième, charmante et célébrissime, des six Bagatelles pour quintette à vent (1953): le charme du mécanisme....
  • un bout du Premier Quatuor (1953-1954), la VIIième partie, on dirait le 7ième quatuor de Bartok, et on peut difficilement faire plus ludique.....
  • un choeur énigmatique, Éjsszaka (1955) (Nuit). Comme Schönberg, Ligeti est un grand compositeur pour choeur, avec une production magnifique et très variée.
  • le Hungarian Rock, une passacaille pour décoiffer Elizabeth Chojnacka - au clavecin (1978)
  • Un extrait du Grand Macabre (1978), c'est la passacaille (encore....) qui conclut cet opéra (Fear not to die, good people all! No one knows when his hour will fall ! And when it comes, then let it be !)
  • le premier mouvement du trio pour cor, violon et piano (1982) avec son thème de cor (tierce, triton, puis sixte) : une musique très tendre, qui se souvient de la sonate Les adieux de Beethoven.
  • le mouvement lent du concerto pour piano (1985), peut-être son chef d'oeuvre, avec ses solos de vents (ocarina) lugubres et mystérieux, ses catastrophes variées et ses contrastes de timbres suraigu/ grave comme chez le vieux Janacek....
  • l'Escalier du diable, dans le deuxième livre des Etudes pour piano (1988-94)
  • le mouvement initial de la sonate pour alto (1991-1994) dédiée à Tabea Zimmermann (le souvenir d'un très beau concert, sous le plafond bleu roi de la mythique salle du conservatoire, rue Sainte Cécile)
  • le n°6, Keseredés, de Síppal,Dobbal,Nádihegedüvel (2000); (encore un tube )
  • Et pour conclure, le 3ième mouvement, Aria, aksak, hoketus, du Hamburg Concerto (1998-2002) pour cor solo et orchestre de chambre, avec ses quatre cors naturels obligés.....
Pour aller plus loin, une bonne gare d'aiguillage ici.

18 juillet 2004

L'affaire Macropoulos, de Leos Janacek

C'était samedi dernier au Deutsche Oper. Triomphe de la mythique Anja Silja, à peine plus jeune que son personnage (337 ans....) qui n'arrive pas à mourir, diva odieuse. Grande classe, voix en bonne forme pour le grand solo du troisième acte sur l'approche de la mort. Pour ceux qui ne connaissent pas, AS, c'est un mythe, entre autres pour moi la Marie de Wozzeck dans l'enregistrement de Dohnanyi....

Il y a deux histoires dans le livret: la première est la plus apparente, c'est celle du contentieux entre les descendants d'un M. Prus et d'un M. Gregor, dont l'issue va décider de la ruine de l'un ou de l'autre; l'autre, c'est celle d'une cantatrice qui va jouer un rôle décisif dans la résolution du dit litige, et dont on comprend à la fin de l'opéra qu'elle est sur le point de perdre l'immortalité. L'idée un peu paradoxale du texte de Capek: l'immortalité ne permet plus de goûter de la vie.

Difficile de ne pas penser que cette cantatrice a acquis ses pouvoirs d'immortalité à l'époque de l'Orfeo de Monteverdi. Propos "conservateur" de Janacek: il y a encore beaucoup de musique sensible à composer, pour prolonger le bail du genre opéra....???

Janacek voit le personnage comme tragique, fait conclure l'opéra par un "Vater unser"; curieusement, c'est presque un opéra plus religieux que la très dyonisiaque messe glagolitique.

L'acte II fait très années 20, annonce Lulu. Les admirateurs de E. M. peuvent se suicider, elle n'en a rien à cirer.

- Je vous ai plu?

- Oui.....

- Vous savez dire autre chose que oui ?

- Oui....

- Vous êtes vraiment bête, alors....

23 juin 2007

Pelléas au TCE


A chaque représentation de Pelléas, j'ai des attentes faibles ou inexistantes: je me doute que la mise en images va m'exaspérer et que les chanteurs ne seront pas à la hauteur de ceux des enregistrements par lesquels j'ai plongé dans l'oeuvre, le Désormière de référence amélioré en remplaçant Jansen/ Joachim par Maurane /Danco....

Au fond, la seule chose que je demande, c'est de pouvoir comprendre le texte pour suivre. De ce point de vue, la soirée d'hier peut faire date.

Naouri est un Golaud subtil, jamais ridicule, d'une grande violence. Le metteur en scène le fait chanter la réplique du Berger (Ce n'est pas le chemin de l'étable). L'effet est terrifiant, d'autant que Golaud se lève à ce moment là, après avoir été prostré sur scène pendant le babil d'Yniold, sous une fourrure, comme un mouton; cela marche impeccablement avec la musique. Kozena n'est pas toujours complètement compréhensible (Mélisande l'est-elle ?) mais elle est scéniquement parfaite et elle a un timbre qui convient, chafouin et mystérieux..... L'excellent ténor québecois Lapointe campe un Pelléas dangereusement hétérosexuel (on aura tout vu, ces metteurs en scène osent vraiment n'importe quoi...). C'est à mille lieux des voix transparentes que j'aime en Pelléas. Ce Pelléas est avant tout élan vers Mélisande. Son je t'aime sonne comme la sortie d'un bouchon de champagne et contraste efficacement avec le je t'aime aussi de Kozena. Le reste de la scène était merveilleux vocalement. Au fond, j'ai beaucoup aimé: diction parfaite, élan irrésistible.

Quant à Arkel.... un timbre magnifique, la prestance d'un François Joseph (d'un Renaud Camus ?). Ses âneries pontifiantes ("Il n'arrive peut-être jamais d'événement inutile" et autres calembredaines) étaient (heureusement ?) inintelligibles. Frappé par le contraste à l'acte I de la musique d'Arkel avec celle de Geneviève et sa scène de la lettre: au fond Arkel est peut-être le seul personnage d'opéra traditionnel, loin du parlé/chanté des autres personnages.

Un mot de la mise en scène. Quelques trouvailles à l'acte IV: le "on a cassé la glace avec des fers rougis" sur une levée de rideau; cette coque qui tournoie en spirale, une idée qui rend bien justice au lyrisme de la scène (et oui, Titanic était un beau film lyrique). Oui, la sensualité vient avant l'aveu de la passion; je ne crois pas que ce soit un contresens, ce sont deux choses différentes, pas nécessairement synchrones.... et la 1ère scène de l'acte III est incroyablement érotique, davantage peut-être que la fin de l'acte IV, juste une histoire de lumière et d'ombre, de portes refermées ou entr'ouvertes.

Aussi: ici, ici, et .

17 août 2008

J6-7-8: Une balade en train

Zermatt Genève Paris: une descente de 1600 à 300, avec accélération finale (TGV). J6 à Zermatt, où il pleut violemment toute la journée. Le lendemain matin, on aperçoit une fine couche de poudreuse dès 2000. A Genève Cornavin, je me fais tirer à la consigne mon petit sac avec papiers, clés mais surtout appareil photo et photos. Il restera ces textes ici, au moins, en souvenir de cette magnifique semaine.

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14 août 2008

J5: une balade surréaliste

De Zermatt au Gornergrat ((de 1600 à 3100) sans doute un hommage à l'illustre Matthias). Par un sentier qui serpente entre les stations du chemin de fer à crémaillère. C'est simple, entre la vallée et la deuxième station (Riffelalp, où il y a un hôtel de luxe accessible par une dérivation de la ligne de chemin de fer), nous ne croisons per-sonne (alors que le sentier est absolument délicieux, dans les mélèzes, avec vues sur le Cervin). Puis, plus nous montons, plus nous croisons des touristes frais et en sandalettes! Voilà qui défie les lois de la pesanteur ... et de la montagne. Scènes délicieuses de japonaises avec ombrelle. A partir de la troisième station (Riffelberg), on est dans la montagne à vache et à ski, mais avec des vues de plus en plus impressionnantes sur le Breithorn, les deux petits tétons nommés Castor et Pollux, et, au-delà d'un gigantesque glacier, le massif du Monte Rosa, le sommet le plus haut de la région (>4600). Au sommet du Gornegrat, un hôtel construit comme une forteresse avec deux tours ... avec un centre commercial et des saint-bernards avanchis prêts pour une pose avec des touristes ! Je prends beaucoup de photos (que vous ne verrez pas). Le temps se dégrade rapidement après 15h.... je sens même des flocons de neige. Nous redescendons par le train à crémaillère.

13 août 2008

J4: Une balade avec un point selle d'où nous découvrons enfin Zermatt

Täsch- Zermatt. 1450- 1600 via 2700. Quand nous nous levons, tout est encore bouché, mais le temps de petit déjeuner, de régler nos dettes et d'acheter des Brötchen au Coop, les nuages se sont dissipés, c'est une lumière de création du monde et d'après la pluie, la journée s'annonce merveilleuse. Nous montons par la route goudronnée à un alpage, le Täschalp (2200), avec refuge où nous arrêtons pour un Apfelsaft. A partir de l'alpage, nous retrouvons l'envers du décor du Mischabel, le Täschhorn et le Alphubel, vus cette fois côté face et non pas pile comme dans le Saastal. Nous croisons des vaches qui, sales bêtes, refusent obstinément de bouger d'un iota. Nous montons à un petit col - ou plutôt un point selle, Obri Sattel, à 2694. Vue merveilleuse, à la fois sur les sommets du Mischabel et sur le fond de la vallée de Zermatt que nous découvrons enfin - notamment le Dieu Cervin qui domine royalement une crête de 3000 qui ont l'air minables à côté de ce formidable triangle ou râpe à fromage, comme on voudra. Le sentier rejoint après plusieurs pierriers la corniche de l'Europaweg, puis un petit hameau, Tufteren d'où nous découvrons la partie est du grand cirque de Zermatt, en particulier le Breithorn à la forme si caractéristique de grand gâteau crémeux. Nous découvrons aussi l'autre cirque de Zermatt: pas de japonais mais une famille en train de se chamailler en hébreu puis, soyons oecuméniques, une famille avec madame en voile intégral. Nous avons encore 500m de dénivelé à redescendre. Arrivée dans Zermatt où manquons de nous faire renverser par des voitures électriques - décidément très nombreuses et très silencieuses. Nous repérons un élevage de saint-bernards dont nous comprendrons l'utilité le lendemain. Nous faisons un tour dans le centre de la station: il y a décidément beaucoup de monde, venant de partout. Nous nous amusons en particulier d'une asiatique avec masque anti pollution.

12 août 2008

J3: Une balade en descente molle qui vire subrepticement Ushuaia

Grächen- Täsch. Un faible dénivelé (Grächen est à 1600, Herbriggen à 1300) pour une balade reliant un village dans les alpages à un fond de vallée. Il existe de nombreuses possibilités, nous optons pour la variante la plus simple, le temps est bouché et de la pluie est annoncée pour l'après-midi. Il tombe bien quelques gouttes dès le matin, mais pas de quoi ne pas partir. Je fais finaudement croire au chat que la balade va se dérouler sur des chemins goudronnés.... c'est possible de le croire pendant une heure, le temps de sortir de la myriade de hameaux connexes à Grächen. Après, le chemin se plonge dans la forêt (encore aperçu un bouquetin). Nous gardons l'option de resdescendre dans la vallée pour prendre un train, nous sommes juste à l'aplomb d'un gros bourg, Sankt Niklaus. Mais le temps se lève (pour un temps), c'est plus agréable de redescendre par la voie des champs. A un moment, le sentier s'interrompt face à un torrent infranchissable. La carte suggère de perdre un peu de potentiel pour trouver un passage, nous sommes déroutés car le fléchage Europaweg Täsch - Zermatt indique un sentier plus bas rejoignant le fond de vallée, alors que le sentier au-delà du torrent est fléché Obri Flüe. Nous grognons contre la vilenie du balisage suisse (pris en faute pour la première fois) mais nous révisons assez vite notre jugement: ce sentier Obri Flüe, c'est Ushuaia ! pour les kékés, pas pour les pépés. Rien de monstrueux, mais sur un sol détrempé ces grimpettes en à-pic sont parfois périlleuses. Depuis le lieu dit Obri Flüe, jolie vue sur le haut de cette vallée que nous découvrons, le Mattertal: Herbriggen, Randa, Täsch puis Zermatt. Au bout de 4h de balade, arrivée à Herbriggen où nous déjeunons à la gargote locale (tenue par des suisses italiennes comme souvent dans cette vallée). Nous prenons le train pour Täsch, qui nous déçoit un peu. D'abord, il pleut; ensuite, la ville nous apparaît comme un gigantesque parking, celui de Zermatt qui est interdit aux voitures. Le vieux village est assez joli, il s'articule le long d´un torrent canalisé après une centrale hydroélectrique.

1 juillet 2006

2-3 trucs sur les kazakhs (après promis j'arrête)

- Le voyageur est accueilli à l'aéroport par un tapis vert persan, puis par une foule de képis verts à la courbure étonnante. La ville est très verte; de très grands arbres masquent les maisons, vu du haut on se croirait dans une forêt. Après 10 ans d'arrêt de tout investissement après la fin de l'URSS, la ville est de nouveau un gigantesque chantier.

- C'est inutile d'apprendre le kazakh: personne ne le parle. Même au sein de familles d'ethnie kazakh, on parle le russe. L'accent kazakh est un des grand sujet d'amusement des russes (qui gloussent en prononçant Kyrghystan à la sauce kazakh, avec une voyelle intermédiaire entre E et U; exercice: essayer avec Zvezdülükü).

- les escaliers commencent souvent par une demi-marche (superstition ? baisse générale du niveau en maths ?)

- Pas vu la cathédrale Zenkov (ce sera mon pas-vu-Symi à moi). Essayé d'y aller à toute banane en taxi (on verra plus tard pour la biscotte, j'ai encore un peu peur des rasoirs), entre deux rendez-vous, mais j'ai dû rebrousser chemin à cause des bouchons. Seule consolation, une discussion intéressante avec un chauffeur de taxi sympa. Enfin tout de même, un peu du genre pénible, qui me demande au bout de 2 échanges si je crois en Dieu, quelle religion, etc.... puis un peu plus tard un interrogatoire serré sur le thème pas marié ? quel âge ? pourquoi 37 ans pas marié ? pourquoi les filles ne veulent pas de vous ? Interrogatoire où je commençais à avoir très chaud mais j'étais bien décidé à ne pas lâcher le morceau. Donc pour résumer sur le chapitre religion: Il y a environ 40% de musulmans, mais très mous (on a arpenté Almaty dans tous les sens, pas vu de mosquée ni entendu d'appel à la prière), 30% de chrétiens (des orthodoxes mais aussi des protestants - dont mon chauffeur de taxi, qui s'est converti dans les années 90 - et quelques catholiques) + quelques juifs et athées. La fille de Nazarbaev (celle qui tient les media) est passée récemment à la télé pour chanter une "sorte de chant religieux avec des Alleluia" (dixit mon cab driver). Nazarbaev est attaché à son image de bisounours oecuménique, qu'il a eu l'occasion de peaufiner juste après le 11 Septembre.

2 mars 2005

Découvrons avec Jacques Roubaud les moeurs étonnantes des hétéros médiévaux

Et aussitôt elle entama les hors-d'oeuvre, deux douzaines d'huîtres de Colchester. Wallwein était tout affamé et ne se fit pas prier pour jouer sa partie dans la partition dînatoire. Dire que la Guivre mangeait salement serait peu dire. Elle mettait ses griffes partout, s'essuyait la gueule avec sa manche, aspirait les huîtres avec un bruit glougloutant, et ainsi de suite jusqu'au dessert, pétant et rotant en contrepoint de sa déglutition.

Enfin, ayant achevé d'engloutir une montagne de myrtilles à la crème de Cornouailles, elle repoussa son assiette, et regarda Wallwein (qui avait, tout au long du repas, fait des efforts pour isoler son estomac de ce contexte peu appétissant) avec une concupiscence avinée (elle avait descendu de nombreuses bouteilles de vin du Kent). "Et maintenant, beau chevalier, c'est l'heure du poutou qui pue." Wallwein avait beau ne pas connaître le mot "poutou", les intentions de la Guivre, qui s'était levée et s'approchait de lui en se déhanchant comme un ornithorynque, étaient on ne peut plus claires. Mais les règles de l'Aventure sont formelles: on ne refuse pas le baiser de la Guivre, sous peine d'être un chevalier récréant, c'est-à-dire froussard et couard, indigne désormais du nom de chevalier. Wallwein donc se leva, essuya sa bouche avec sa serviette aux armes de Rhegedd et dit: "Je suis prêt". "RRRAAHHH!" fit la Guivre avidement. Et, prenant la tête de Wallwein entre ses pognes, elle lui flanqua sa grosse langue écumeuse dans la bouche.

Mais aussitôt, en lieu et place de l'horrible bestiasse, Wallwein eut dans les bras une délicieuse créature, construite un peu, jugea-t-il, à la manière de Silence, sa (son) frère-et-soeur, sauf qu'elle était blonde et nettement plus abondante des mamelles, plus ample et cambrée de l'arrière-train. Elle avait sous les bras et au bas du ventre un toisonnement bouclé et parfumé, ma foi, d'une manière plutôt agréable; et d'une blondeur, d'une blondeur véritablement blondissime. Sa langue chatouillait les dents de Wallwein qui sentit un trouble généreux et vigoureux l'envahir, ce dont la nouvelle version de la Guivre se montra fort satisfaite. Elle le prit par la main et l'amena dans sa chambre, où elle lui fit découvrir toute une panoplie de jeux que Silence et lui, malgré leur grande inventivité, n'avaient point encore trouvé d'eux-mêmes. Et ils ne s'endomirent point avant que l'aube, encore virginale, ne signale, timide et rougissante de pudeur, sa venue.

Jacques Roubaud, le Chevalier Silence, chapitre 15

2 septembre 2005

Graal Théâtre, de Florence Delay et Jacques Roubaud

Fini Graal Théâtre de Florence Delay et Jacques Roubaud. Voilà un livre pour lequel je suis prêt à me battre ! Un livre à lire à haute voix (c'est du théâtre, avec didascalies et répliques), à refeuilleter (car ça bourgeonne de toutes parts), qu'on a envie, à peine fini, de reprendre au début (car la fin éclaire tout le cycle).

Une forme en arche pour ce livre en dix branches qui joint au cycle de la Table Ronde celui du Graal. Les deux premiers livres (Joseph d'Arimathie, Merlin), consacrés aux Commencements, décrivent l'institution de la Table Ronde par Merlin et la genèse de la malédiction de la dynastie du Roi Pêcheur qui attend la délivrance, enfermé dans son château de Corbenic où il garde le Graal. Ces deux livres sont marqués par des figures d'inceste fondateur, aussi bien sur le versant arthurien (Arthur séduit sans le savoir sa soeur, leur fils Mordred finira par entraîner la ruine de son père) que sur celui Graal (Joseph d'Arimathie et sa soeur). Les six livres qui suivent relatent les Temps Aventureux et mettent en scène les chevaliers de la Table Ronde, Gauvain, Perceval, Lancelot du Lac, dont le point commun est d'avoir été en contact avec le Graal sans avoir su, par faiblesse humaine, délivrer le Roi Pêcheur. Les deux derniers livres décrivent la déchéance de la Table Ronde qui se disperse pour retrouver le Graal; Galaad (décrit comme un robot éblouissant, le héros de la Foi dans toute son intransigeance) finit par délivrer le Roi Pêcheur et le roi Arthur est défait à la bataille de Salesbières (le Camlaan de Michel Rio)- dans des pages magnifiques où le théâtre cède la place au grand poème épique.

Derrière ces personnages principaux s'agitent toute une forêt de personnages secondaires: des chevaliers inexistants et des barons perchés, une "demoiselle au radar", une "demoiselle au carrefour", une "demoiselle dont la condition est que l'on couche avec elle", une "demoiselle hideuse"......et trois grandes dames: Morgane, Guenièvre et Viviane. Et puis, last but not least, mon héros: Galehaut, l'amoureux de Lancelot. Ce roi terrible dont les forteresses finissent par s'écrouler par amour, ce Geschwitz qui dépérit de voir Lancelot dépérir par amour de Guenièvre. Et puisqu'on est dans ce registre, entre nous, Arthur n'est pas non plus bien net, à dépérir dès que Gauvain n'est pas là.....

Graal Théâtre est une somme d'une ampleur impressionnante. C'est l'aboutissement d'un travail de 25 ans et d'une intimité avec les grandes sources - Chrétien de Troyes, Wolfram von Eschenbach et les autres. Le texte convoque aussi les Evangiles (la première réplique c'est: JESUS: -J'ai soif), mais aussi la littérature moderne, de Cervantès (Ké qui prend le Graal pour un plat à barbe) à Calvino. Il y a une forêt de références érudites qu'on imagine plus qu'on ne les dépiste (notamment celle sur la mesure, le concept médiéval provençal bien connu, m'a laissé passablement rêveur). C'est avant tout une réflexion sur le texte et sa transmission. Le scribe, Blaise, l'homme de Merlin dans sa prison d'air, est un des acteurs du récit que Delay et Roubaud opposent aux pédants de l'Université (Septime et Optime de Lorette....). Guenièvre lit le roman de Tristan et Yseult, et le lecteur reconnaît ici ou là le chant de l'aube de l'acte II de Tristan.....

Les branches se répondent, le texte se répète, en vrai chou-fleur breton, avec des court-circuits, des redites comme un jeu de l'oie: ce sont ces figures du roman de chevalerie que l'on rejoue à certains moments sans conviction, qui retrouvent de la sève pour peu qu'ils soient joués avec les personnages qui conviennent. Un peu comme ce chevalier qui arrive partout au milieu des repas, quel goujat, avec une épée à travers le corps et qui dit: "Celui qui m'ôtera cette épée devra jurer sur les saints qu'il tirera vengeance de tous ceux qui lui diront aimer plus celui qui me blessa que moi-même". L'aventure, c'est l'aventure du texte, avec ces performatifs insolents, ces défis que l'on lance, ces dons contraignants que l'on ne peut refuser si on les reçoit. C'est l'aventure de la combinatoire, de l'intellect, comme cette histoire des maris trompés de Bagdad que l'on résout avec une démonstration par récurrence. C'est ce goût du texte qui disparaît dans les dernières branches, avec la dispersion de la Table ronde, quand se perd cette ambiance de festin d'Astérix: on dresse le couvert et on attend que surgisse l'aventure.

J'ai omis l'essentiel: c'est un livre ambitieux, mais surtout drôle, désinvolte (avec de délicieux anachronismes bien dosés), parfois potache, toujours frais malgré la réflexion théorique et le goût de l'abstraction. Un immense plaisir de lecture.

Lire aussi ici une critique intéressante et  une interview des scribes, Delay et Roubaud.

27 avril 2008

Juste la fin du monde, de Jean-Luc Lagarce

C'était Juste la fin du monde, hier, au théâtre (l'histoire d'un fils qui revient après une longue absence, pour annoncer sa mort prochaine; mais il repart sans avoir rien dit). Je copicolle deux extraits choisis, tout ça bien entendu c'est du théâtre:

(le fils:) Je me réveillai avec l'idée étrange et désespérée et indestructible encore qu'on m'aimait déjà vivant comme on voudrait m'aimer mort sans pouvoir et savoir jamais rien me dire.

(la mère:) Tu étais à peine arrivé, je t'ai vu, tu étais à peine arrivé tu pensais déjà que tu avais commis une erreur et tu aurais voulu aussitôt repartir, ne me dis rien, ne me dis pas le contraire - ils auront peur (c'est la peur, là aussi), ils auront peur du peu de temps et ils s'y prendront maladroitement, et cela sera mal dit ou dit trop vite, d'une manière trop abrupte, ce qui revient au même, et brutalement encore, car ils sont brutaux, l'ont toujours été et ne cessent de le devenir, et durs aussi, c'est leur manière, et tu ne comprendras pas, je sais comment cela se passera et s'est toujours passé. Tu répondras à peine deux ou trois mots et tu resteras calme comme tu appris à l'être par toi-même - ce n'est pas moi ou ton père, ton père encore moins, ce n'est pas nous qui t'avons appris cette façon si habile et détestable d'être paisible en toutes circonstances, je ne m'en souviens pas ou je ne suis pas responsable - tu répondras à peine deux ou trois mots, ou tu souriras, la même chose, tu leur souriras et ils ne se souviendront, plus tard, ensuite, par la suite, le soir en s'endormant, ils ne se souviendront que de ce sourire, c'est la seule réponse qu'ils voudront garder de toi, et c'est ce sourire qu'ils ressasseront et ressasseront encore, rien ne sera changé, bien au contraire, et ce sourire aura aggravé les choses entre vous, ce sera comme la trace du mépris, la pire des plaies.

1 mars 2004

Derniers remords avant l'oubli, de Jean-Luc Lagarce

Dernier remords avant l’oubli m'a complètement ébloui; cela faisait longtemps que je n'avais pas autant vibré au théâtre (telle une cloche: dong, donc), en spectateur d'une pièce drôle, rageuse, jubilatoire et profondément pessimiste.

C'est une pièce de chambre, à six personnages. Hélène et Paul viennent à la campagne rendre visite à Pierre, dans la maison où ils ont vécu un ménage à trois, autrefois, et où Pierre habite encore, seul. Hélène souhaite vendre sa part de la maison. Hélène et Paul ont refait leur vie, chacun de son côté; deux pièces rapportées, à fort potentiel comique, sont là ainsi que la deuxième fille d'Hélène (et de qui ? on ne le saura pas), à fort potentiel sarcastique.

Le contenu informationnel est amaigri, à dessein. Ce que le spectateur ne sait pas est presque aussi important que ce qui lui est donné à savoir. L'essentiel est ailleurs, réside dans ces rapports de force qui se nouent avec des phrases très simples. Ainsi, après le début de la pièce (une succession de Tu vas bien ? Vous allez bien ? Est-ce que vous allez bien ? sur tous les tons, avec un effet comique garanti), Pierre entame une tirade longue, dont le contenu informatif est en substance: je ne dirai rien, c'est à vous de commencer de parler. A cela, Hélène répond, folle de rage, en deux mots, que Pierre est taciturne et compliqué ...(le spectateur ne comprend plus trop qui est taciturne et compliqué...) et suscite, en représailles, une nouvelle avalanche de dénégations de la part de Pierre.

Toute la pièce est une série de duels avec des phrases assénées à bout portant : je dois te dire que tu n’es pas quelqu’un de bien répété 15 fois de suite, sans qu'on sache vraiment pourquoi. C'est Pierre, qui résiste à la liquidation du passé, qui s'en prend le plus, et qui se réfugie dans le silence. Il n'y a pas de rémission, la pièce finit par une impasse et un aveu d'échec.

A ce titre, les scènes impliquant la fille d'Hélène sont particulièrement saignantes et savoureuses. Paul et sa femme projettent sur cette fille qui n'en a rien à cirer, l'un le souvenir heureux du passé, l'autre la rancune contre ce même passé dont elle est exclue. L'un et l'autre se font rembarrer sèchement par celle qui résume au public avec ironie l'histoire du trio:

Ils ont un peu tout fait : ils sont assez représentatifs, famille de la bourgeoisie naissante provinciale et commerçante. Poitiers, Dijon, Rouen, le triangle terrible, études larvaires, revendications diverses postadolescentes, montée vers la capitale, tentatives artistiques, littérature allemande et cinéma quart-monde, revendications multiples préadultes, fuite de la capitale, descente, l'air pur, la "vraie vie", alternatives artisanales, mauve et rose tyrien, le bonheur, le paradis, cette maison-ci, puis éclatement encore, chacun pour soi. (c'est mieux bien joué qu'écrit).

Voilà, j'ai insisté sur le côté noir, je n'ai peut-être pas dit l'ironie, l'élégance....le plus beau lapsus, c'est quand même, C'est moins grave que nous ne pouvions l'espérer.

14 février 2009

Music Hall, de Jean-Luc Lagarce

  • Une pièce où La Fille se remémore les moments passés de music hall, avec ses deux Boys
  • Une pièce qui va bien au charme décati des Bouffes du Nord
  • Une pièce que j'aime imaginer avec l'immense sourire d'Hélène Surgère qui l'a créée, et qui va bien à celui, non moins immense mais parfois fragile, de Fanny Ardant
  • Une pièce déceptive sur des moments de théâtre minables; finalement un beau moment de théâtre
  • Une pièce où les goguenards (au rang desquels je me compte) sont violemment pris à partie
  • Une pièce parfois très drôle (l'épisode des tabourets)
  • Une pièce irriguée par Ne me dis pas que tu m'adores Mais pense à moi de temps en temps
  • Une pièce qui décolle avec une balançoire et quelques lampions, et à la fin, avec des planches de théâtre suréclairées
  • Pas ma pièce préférée de Lagarce, quand même

(et si j'allais au théâtre voir autre chose que du Lagarce et du Besset, pour changer?)

12 septembre 2004

Rue de Babylone de Jean-Marie Besset

Besset, saint patron de ce blog (la citation obscure en épigraphe, c'est lui !), est depuis longtemps un auteur dont j'essaie de ne manquer aucune pièce. Son dernier opus, Rue de Babylone, met en scène le patron d'un journal "social" et un SDF, dans le hall d'entrée de l'immeuble bourgeois où habite le patron de presse. Ce face-à-face hésite entre plusieurs pistes, avec une conclusion un peu improbable. On peut y voir successivement la culpabilité des nantis face aux SDF (où ressort l'habituel côté catho- ancien de Ginette de Besset), un conflit de cultures qui est vite désamorcé vu que ce SDF-là est quand même un brin atypique (il connaît le loup et le chien), la rivalité de deux hommes qui se flairent et se jaugent, et enfin une intrigue plus policière et boulevardière centrée autour d'un tiers absent. L'assemblage de tous ces éléments n'est pas vraiment convaincant. Il reste des bons moments de Besset, les répliques mordantes, l'humour un peu caustique, et un jeu d'acteur étonnant, celui de Robert Plagnol, grand danseur de tango et SDF de grande classe.....Pour la chronique mondaine, je crois ne pas me tromper en écrivant que Besset était samedi soir dans la salle à côté de André Téchiné. 

24 avril 2006

Les Grecs, de Jean-Marie Besset

Vu la dernière pièce de Jean-Marie Bessetles Grecs. Beaucoup plus réussi et percutant que Rue de Babylone, le dernier opus en date. Besset dit que c'est sa pièce la plus rock'n roll ; c'est vrai. Le texte est comme toujours brillant ; drôle, très souvent. Les acteurs sont parfaits, surtout Basler et Portal. Sans rentrer dans les détails, c'est une pièce à deux couples (Marianne Basler + Jean-Michel Portal, d'une part, Xavier Gallais+ Salim Kechiouche d'autre part, avec quelques complications), un samedi soir tard puis un dimanche matin tôt. Les Grecs, ce sont Basler et Gallais, qui se connaissent depuis l'adolescence. Ils forment un couple impossible, laissent au besoin sur le côté les deux pièces rapportées. Cee sont deux intellectuels déjantés au verbe haut et à la référence homérique : ils s'identifient davantage aux Grecs, ces empêcheurs de tourner en rond, qu'aux Troyens, les tenants assiégés des valeurs traditionnelles.

Cela écrit (je persiste à penser que la pièce mérite un ample succès et j'ai déjà écrit de nombreuses fois ici à quel point Besset m'a marqué), je dois avouer une certaine gêne. Il me semble que Besset est mieux dans l'analyse du désir que dans l'analyse sociologique. J'ai trouvé caricatural le personnage du jeune algérien possessif et sentimental (je dois écrire que *** n'est pas d'accord et aussi qu'il a plus d'expérience que moi en la matière). Le théâtre de Besset me semble de plus en plus écrit pour des bourgeois intello-branchés qui ont réussi, avec la morgue qui va avec (quel besoin a l'auteur d'infliger au public que le personnage de Basler est une normalienne ? à un public qui rit à un douteux "je vous prends tous les deux au tennis"). J'ai de moins en moins l'impression de me dire en voyant une pièce de Besset: "c'est moi, c'est nous, c'est untel" (alors qu'il y a mettons dix ans nous avions, en groupe, l'impression forte, grisante, de nous reconnaître). C'est moi qui change ou c'est Besset ?

28 septembre 2005

une citation gratinée

Le plus atroce de la chose, c’est que la jeune femme, pour accroître le charme de cet étrange concert, et sans tenir compte le moins du monde de ce que faisait entendre son savant maître, s’obstinait à gratter avec ses ongles les cordes à vide d’un autre instrument de la même espèce que celui du chanteur pendant toute la durée du morceau. Elle imitait ainsi un enfant qui, placé dans un salon où l’on fait de la musique, s’amuserait à frapper à tort et à travers sur le clavier d’un piano sans en savoir jouer. C’était, en un mot, une chanson accompagnée d’un petit charivari instrumental. Pour la voix du Chinois, rien d’aussi étrange n’avait encore frappé mon oreille : figurez-vous des notes nasales, gutturales, gémissantes, hideuses, que je comparerai, sans trop d’exagération, aux sons que laissent échapper les chiens quand, après un long sommeil, ils étendent leurs membres en bâillant avec effort.


****************

Hector Berlioz in Les soirées de l'orchestre (1852).

11 décembre 2005

de la musique de vieux


C'est fou ce qu'une remarque stupide peut vous pourrir la vie. Depuis que *** a dit, mi-sur le ton de la boutade, mi-sérieux, que Schumann c'était de la musique de vieux, et bien même si je la trouve stupide cette remarque, le ver est dans le fruit. J'en rêve la nuit, je rumine dans le métro, au cinéma, etc... je retourne le problème sous tous ces angles. Voici le résultat de mes ruminations (une sorte de baygon anti-"Schumann c'est de la musique de vieux" qui devrait enfin m'apporter la libération):

  1. j'aime Schumann depuis longtemps,
  2. ça ne me dérange pas d'avoir des goûts de vieux;
  3. ce que j'aime chez Schumann (les sautes d'humeurs, l'énergie, le côté obessionnel, les voix intérieures, les absences, le surmoi vieil-allemand, la révérence à Beethoven) n'est ni jeune ni vieux.

C'est bon là ?

 

29 mars 2006

L'accordeur et le piano de guerre

Ce matin, l'accordeur vient accorder. Très bavard, très sympa, très soixante-huitard, très curieux. Me dresse un panorama complet de la décrépitude de la facture de piano française depuis 1945 ; je sais tout maintenant des scissions de la maison Pleyel et de sa branche ardéchoise (Rameau, redevenu Pleyel Paris sans que ça ne trompe personne). Note aussi que les écoles de l'Est ont périclité après leur nationalisation ; que la mécanique des pianos allemands est très au point mais que ceux-ci sont moches, il faut savoir ce qu'on veut.

Il connaît bien ce piano-ci, que j'ai en dépôt. Il me montre l'étiquette avec la date de fabrication : 4-11-43. Autre indice que c'est un piano de guerre : les pédales sont en aluminium et pas en laiton (qui devait être réservé aux munitions, à l'époque). Il y a du boulot : un des do graves sonne comme un triton à lui tout seul. Il m'explique que certaines chevilles ne tiennent plus (et il ne suffit pas de mettre un peu de craie, comme on le ferait sur une cheville de violon). Puis me demande un marteau ; je lui amène mon unique marteau ; un peu inquiet, je lui demande s'il n'est pas trop gros, lui me dit que ça ne craint rien et commence à taper comme une brute un sourd. Le résultat est convaincant : le do grave, enfin unique, vagit dans toute sa pureté.

9 mars 2007

Une causerie sur Adi

En gambadant sur youtube à partir du site du centre Schoenberg (une véritable mine), je suis tombé sur cette vidéo.

En regardant le fils Schoenberg, on peut imaginer à quoi aurait ressemblé Schoenberg avec des cheveux (et l'accent yankee).

On y apprend aussi - détail crucial - que Schoenberg était vraiment connu comme le loup blanc dans sa banlieue de Los Angeles..... comme le père de Ronald Schoenberg, le fameux champion de tennis.

14 février 2004

dingue de Matthias Goerne

Mercredi je suis allé voir l'Orchestre de Paris, pour la Symphonie lyrique de Zemlinsky. J'avais deux bonnes raisons pour çà; c'est une partition avec laquelle je n'arrivais pas à accrocher (et c'est toujours mieux d'essayer le live dans ces cas là); c'est l'oeuvre la plus célèbre de Zemlinsky dont j'aime tant les quatuors (notamment le 2ième), et Berg la cite, en bonne place, dans sa suite lyrique.

En seconde approche, donc, c'est une oeuvre avec beaucoup beaucoup de notes, d'un style postromantique, mais raffinée comme celles de l'école de Vienne, et avec une pompe presque hollywoodienne pour évoquer l'Inde. On pense au chant de la Terre, mais autant je pense qu'il faut écouter le chant de la Terre comme une symphonie, en en suivant le fil de l'architecture musicale et en oubliant les voix, autant je trouve que la Symphonie lyrique gagne à être écoutée en lisant et comprenant le texte, très beau, de Tagore.

Comme la première partie des Gurrelieder, c'est une alternance de lieder de voix d'homme et de voix de femme (avec avantage à l'homme qui démarre; 4 au baryton et 3 à la mezzo). Les deux premiers décrivent la montée du désir, les 2 suivants l'accomplissement, les trois finaux la rupture. Contrairement aux Gurrelieder, il y a deux sphères bien séparées et inconciliables pour l'homme (pour faire simple, le prince travaillé par la métaphysique) et la femme (qui est plus dans la séduction et l'érotisme), avec des musiques de caractère différents. Je pense que c'est cet aspect qui a dû motiver Berg dans sa citation de la suite lyrique (dont on connaît maintenant l'arrière-plan biographique).

J'étais surtout venu pour Matthias Goerne. Il a grossi (il est presque bon pour le Bearsden:-) et il a une façon impressionnante d'extraire le souffle du torse, tout en utilisant l'ensemble du corps. Le résultat sonore est bouleversant, il a un grain de voix riche, jeune, et une diction subtile; une synthèse réussie de Prey et de Fischer-Dieskau. Je suis dingue (c'en est pathologique) de cette voix.

8 juillet 2004

Nuits de Chine, nuits....


Hier, donc, concert de mon copain Fabien (purée, ce qu'il a l'air sérieux sur la photo de son site !!!!! lui qui est si blagueur). Evidemment, je suis dans le fan club donc peu objectif, mais j'ai aussi la dent dure d'habitude; je suis total crédible quand je dis que sa dernière pièce est super et m'a beaucoup plu. Le concert était mi-musique chinoise traditionnelle, mi-musique contemporaine (avec que du Fabien en contemporain): un hommage de la musique contemporaine à l'ethnomusicologie, qui inspire beaucoup de monde en ce moment (pour ceux qui ne suivent pas, Ligeti et les pygmées...).

Disons le, le clou du spectacle était la dernière pièce de Fabien, écrite avec des instruments occidentaux (orgue hammond qui vient du jazz, violon, violoncelle, harpe) et orientaux (cithares qin et flûte chinoise). Moi qui aime les schpouink et les schdouiiink (rien à voir), j'ai été servi. J'aime de plus en plus cette façon de de jouer avec le rayon bricolage du BHV dans toute son étendue. On peut sourire, mais si on y réfléchit, la musique, c'est souvent et d'abord ça, savoir jouer avec des "schpuink" et des "zilch about". Et puis, franchement Fabien, à part toi, personne ne s'est rendu compte que la cithare qin de gauche était complètement larguée.....

La partie traditionnelle chinoise m'a aussi pas mal impressionné. Pas la même pratique : c'est curieux de voir des musiciens s'accorder pendant que d'autres jouent (et les cithares qin, ça a l'air encore pire que les théorbes chez les baroqueux....ça a ses vapeurs en permanence, ça se désaccorde à vitesse V et les chevilles ont l'air bien dures). Deux grands moments: un hymne confucéen chanté en voix de tête (avec les miaulements caractéristiques de la langue chinoise); et un grand solo de cithare qin. De ce que j'ai compris, c'est une musique non polyphonique, où l'intérêt réside dans les timbres et les ornements.

Pour ne rien gâcher, c'était dans la Cité U, Fondation Deutsch de la la Meurthe, un endroit magique sous la pluie avec ses jardins, un hybride improbable entre Deauville, Calvados et Cambridge, Massachussetts, un rêve d'ailleurs en plein Paris. Bien content de revoir un bout du fan club de Fabien (que je ne revois plus depuis que F a quitté Paris), dont AB et J, toujours très chaleureux, qui m'a fait la fête.....

10 novembre 2005

concert Boulez au Chatelet

Ce soir, hésitation terrible entre une soirée vieux-cons charcuterie, un concert Boulez et un concert Kyburz. Après un conflit intérieur intense mais bref, fini par me décider pour le concert Boulez (au profit de la médiathèque Mahler, pensée émue pour Mr Gv). En un mot: j'ai entendu beaucoup de concerts Boulez (des Janacek, des Mahler, des Bartok), et bien c'était un des plus sublimes que j'aie entendu. Je ne vais écrire que des lieux communs, mais on a entendu hier soir des choses que l'on n'entend jamais dans ces oeuvres. Que des tubes au programme: Ma mère l'Oye de Ravel, Nocturnesde Debussy et l'Oiseau de Feu, de Stravinsky, un des saints patrons de ce blog.

  1. Ma mère l'Oye: j'ai une passion pour les deux premiers numéros. Le premier, à cause de son côté dégraissé. Le deuxième, pour la ligne du Petit Poucet, aux cordes, avec une résolution étonnante à la fin, les bois prennent le relais et imposent une bifurcation, enfin la solution (ce à quoi faisait écho, plus tard hier soir, la fin de Sirènes, avec la même lumière blafarde au bout du voyage). (Je balance, c'est mal: lui, croisé par un demi-hasard à l'entr'acte, n'aime pas)
  2. NocturnesNuages, peut-être ce que j'aime de plus chez Debussy, avec ces successions d'accords parfaits qui trouent le discours, la sensualité des timbres (cordes solo, cor anglais). Mais ce sont Fêtes et Sirènes qui m'ont laissé bouche bée ce soir. Dans Fêtes, la scène du cortège: un crescendo fulgurant, à partir d'une nuance piano magnifique au début (harpes très audibles+ timbales +choral de cors, tous avec la même faible intensité). Dans Sirènes, on a entendu des choses inouïes aux cordes, dans l'articulation, des rythmes de tangos. Le choeur de femme était installé comme une harmonie parallèle, à côté des percussions et des bois.
  3. L'oiseau de feu: c'était la version ballet intégral, qui ressemble à un gigantesque péplum, à une musique de dessin animé. C'est une musique très éclatée, avec des réminiscences, des effets, contrairement à la suite qui est resserrée sur les grands moments. La montée vers la scène de Katschneï est longue et compliquée. A la fin du ballet, on a l'impression que Stravinsky s'est trouvé. Il y a eu les tuilages qu'on retrouvera dans le Sacre (cette façon de commencer une nouvelle idée sans abandonner la précédente); les accords-claque de Katschneï (schlack ! pan dans la tronche), et la fin, que j'aime beaucoup: cette façon de superposer deux idées de périodicité différentes (les timbales d'un côté, cuivres et cordes de l'autre), avec des points de contact un peu aléatoires, c'est un peu une des marques de fabrique du grand Igor.

Puis, téléguidé par SMS, on s'est convaincu que la perla n'était pas une boutique de soutiens-gorge mais une pizzeria où étaient attablés des vieux cons joyeux drilles.... je suis sûr que ça va balancer, ailleurs....j'attends de voir d'où ça va venir...(MAJ: gagné: c'est ...)

Sur Boulez au Châtelet: ici.

14 juin 2006

Concert Boulez/ Jessye Norman au Châtelet: Ravel et Bartok

  • Daphnis et Chloé de Ravel: c'est une oeuvre que je n'aime pas beaucoup (elle était pourtant autop 10 des oeuvres françaises les mieux exportées en 1998), et que je ne comprends pas (la rythmique de certains morceaux et la structure générale); il faudrait vraiment jeter un oeil à la partition. Ce soir, orchestre et choeur pléthoriques pour le ballet intégral. Je vois l'oeuvre comme un patchwork de moments sublimes (les trémolos des cordes pianissimo et le vent à la fin de la première partie ; le lever du jour; le tout début avec ses quintes, rien à voir avec le début des Gurrelieder ou de l'Or du Rhin....) et de danses bizarres, excentriques. Pas loin de partager l'avis de ***, qui résume à l'entr'acte, sûr de son effet : c'est chiant, Daphnis.
  • Le château de Barbe-Bleue de Bartok. Mais c'est bien sûr ! Jessye EST Judith. C'est l'histoire d'une diva qui s'invite chez un compositeur hongrois dont elle ne parle pas la langue, mais dont, avec toutes les ressources de la féminité, elle veut cerner le mystère ! .....Au fond, peu importe que la voix soit fatiguée, couverte par l'orchestre, que les graves soient moches, que le hongrois soit aussi incompréhensible que du kazakh: l'expression est là, elle est le personnage. Quant à Peter Fried, c'est un roc, il surclasse nettement Ramey dans le rôle de Barbe-Bleue.
  • Musicalement, peu de choses à ajouter à ces souvenirs-là. Dès le début, il faut suivre le fil rouge des cordes, avec ce thème de quartes qui figure à la fois le maillage d'un château impénétrable et le fil d'Ariane de l'obstination féminine. A chaque ouverture de porte, c'est un nouveau monde qui apparaît, une musique différente, systématiquement souillée, corrompue par une dissonance récurrente (ces appels stridents de bois, avec une seconde qui frotte, qui figure le sang). Etonnement à l'ouverture de la quatrième porte ; l'orchestre joue longtemps avant que Judith n'explicite la situation: il s'agit de fleurs et d'un jardin (mais ce pourrait être autre chose, peu importe ; en y réfléchissant, le lien entre la salle d'armes et le faux brandebourgeois aux vents, à la seconde porte, n'est pas si évident). Cinquième porte: effet stéréo maximal pour la démonstration de force de Kékszakallu, Boulez met les cuivres, tous pavillons levés, au poulailler : Norman chante bien l'indifférence, l'effacement face à ce mur de cuivres, cette terre vaste qui s'étend au loin. Après la sublime scène des larmes, c'est la dernière porte: la stridence que l'on entendait à la fin de chaque musique de porte revient, apaisée (c'est un conflit qu'il va bien falloir résoudre....) puis agitée (c'est un conflit qu'il va bien falloir résoudre !).

A lire aussi : luiluilui et lui.

8 août 2006

Je me souviens de la belle province (3)

Et voici un assortiment de photos de Montréal. Je certifie n'avoir blessé aucun animal en réalisant ces photos (sauf un bison à qui j'adresse l'expression de ma contrition la plus sincère). Et je m'excuse d'avance auprès de Laurent qui risque un choc nerveux à la vue d'une photo à proprement parlerinsoutenable.

J'ai pour habitude d'éviter de publier des photos avec des gens sur ce blog; j'ai fait quelques entorses cette fois-ci car cela me semblait très dommage de ne rien donner à voir, notamment pour les concerts et notre rhapsodie magnifiquement chantée par une contralto québécoise, Sonia Sasseville, et par l'association des deux choeurs vedette de la soirée, Ganymède et Melomen. Si quelqu'un trouve à y redire, qu'il n'hésite pas à me signaler, je suis prêt évidemment à retirer toute photo qui paraîtrait déplacée. Pour la cérémonie d'ouverture tout va bien; la plupart des photos sont floues car nous avons collectivement beaucoup remué dans cet immense parterre du stade olympique. Il y a d'ailleurs beaucoup de photos floues dans la série- l'émotion sans doute, l'émotion qu'il ne faut pas gommer.

J'ai créé une rubrique attente de la Gay Pride....car ces photos de retraités attendant assis sur des pliants et en mâchouillant du pop corn la Gay Pride sur René-Lévêque interdit à la circulation étaient bien plus amusantes que le défilé lui-même (beaucoup plus organisé et clos que le grand foutoir sympathique de la Gay Pride parisienne). Pour le reste...ces photos ne disent pas la joie que nous avons eue, collectivement je crois, d'être à Montréal ces jours-là.

Add: Pour illustrer la radio et rester dans l'ambiance, j'aurais bien mis une version de NOTRErhapsodie de Brahms, mais je ne suis satisfait par aucune de mes versions au disque, que ce soit Ferrier (qui crachouille et est proscrite par les bons auteurs) ou Price (qui n'a pas la voix qui convient). Je me rabats sur la sérénade de Suk, interprétée par les I Musici de Montréal. Je crève d'envie de rejouer cette musique, que nous n'avons pas travaillée avec cet orchestre-ci. Une musique nostalgique et chaleureuse, qui se souvient de la sérénade en mi de Dvorak qu'elle dépasse par moments.

Add. 2 (du 17 août) Ici d'autres photos (ni floues ni tremblées) avec un album complet consacré à l'orchestre.

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