Un sketch d'anthologie samedi; le sentiment, qu'à 36 chandelles, on put encore être un gros ballot.
(désolé, ce blog va faire ce soir tribune du type 50 millions de consommateurs)
ça fait un certain temps que je réfléchis à changer les fenêtres des WC et de ma chambre, et quand vendredi il y a 10 jours on m'a démarché par téléphone pour un devis gratuit pour des fenêtres, j'ai dit oui sans trop me poser de questions.
Vendredi dernier, 1ère mauvaise surprise: la téléopératrice me prévient que la visite du commercial chargé du devis, prévue pour samedi matin 11 heures, durera une heure. Bon. Samedi matin, le deviseur arrive avec une demi-heure de retard. Bon. Assez vite, je comprends que cette entreprise (dont je vais dévoiler sans trop de scrupules l'identité, parce que après discussions il se révèle que mon cas n'est pas si isolé: c'est Isorama) est spécialisée sur du haut de gamme. Le commercial chargé du devis, après m'avoir demandé deux verres d'eau, me détaille toutes les performances techniques de ses fenêtres: elles sont capables de résister à des ouragans deux fois plus rapides que la tempête de 1999. Très bien, pas forcément très utile pour des fenêtres de WC. Au passage, comme je fais la moue quand il me dit qu'il est obligatoire que les pouvoirs publics reconduisent la TVA à 5,5% et la ristourne fiscale de 15% sur ses produits (qui je le comprends aussi assez vite, vont m'être intégralement répercutées dans la facture), il me demande si je suis fonctionnaire; il est ébahi quand je lui dis que je suis dans le privé (et même dans le privé privé): manifestement, ça le dépasse qu'on soit dans le privé et soucieux de l'intérêt général. Un indice supplémentaire sans doute pour lui qu'il a affaire à un imbécile du type des bestioles abruties qui pendent chez le volailler (qu'on plume, quoi).
Puis me lance un premier prix: 5400€ pour deux fenêtres (> 35 000 FF). Arrivé à ce stade, je plaide coupable. J'aurais dû ouvrir la bouche d'un air théâtral, débiter un oxymore du type " ha, je reste sans voix", énoncer nettement: "haha, cher Monsieur, la porte c'est par ici". Mais je l'avoue, je n'avais pas la moindre d'idée du prix d'une fenêtre, et je me suis dit que de toutes façons je ferais un autre devis, et en petit provincial bonnasse qu'au fond je n'ai jamais cessé d'être, que ce n'est pas la peine d'aller au clash. Le type, intuitif, sent assez vite qu'il est totalement hors marché et me dit: "Si je résume votre pensée, cher Monsieur, vous êtes convaincu de l'excellence de nos produits mais vous n'aviez pas l'intention de mettre autant". Ce à quoi j'opine mollement.
C'est là que le type marque une pause, me dit: cher Monsieur, puis-je utiliser votre téléphone ? et que là, insidieusement, nous rentrons dans une nouvelle dimension. Le type appelle son patron, qui est- fatalement -particulièrement difficile à joindre et finit par rappeler, toujours sur mon téléphone, cinq minutes plus tard. Sans m'expliquer le sens de sa démarche, mon commercial entame une discussion avec son patron en lui faisant valoir qu'il a travaillé sur un chantier particulièrement lourd (1275 fenêtres) au terme duquel il serait susceptible de bénéficier d'un avantage personnel qu'il ne peut exploiter car il n'est que locataire, mais dont il pourrait faire bénéficier Monsieur [moi], si toutefois son patron prenait la peine d'appeler en personne un Monsieur Trucmuche. Il raccroche, nouvelle sonnerie, je comprends que le patron a appelé Monsieur Trucmuche. Et mon commercial finit par m'annoncer triomphalement que je vais pouvoir avoir les deux merveilleuses fenêtres pour seulement 4200€, mais qu'il faut que je signe tout de suite (parce qu'il doit aller faire les plans de mes fenêtres cette après-midi à son bureau pour les intégrer à la commande Trucmuche qui doit partir lundi) et que bien entendu je sois discret (-Vous savez être discret Monsieur Z ?), parce que je vais bénéficier d'un superbe privilège.
C'est là que ça se gâte et que ça tourne à la farce. Je refuse évidemment de signer: quel que soit le prix, je veux pouvoir réfléchir et faire un second devis. Mais plus je monte le ton, plus le deviseur abaisse le prix: à ma grande stupéfaction, on tombe de 4200€ à 3800€. Puis, alors que, à quatre pattes dans mes dossiers, je découvre que j'ai payé trois grandes portes fenêtres avec isolation phonique maximale 13000 FF en 1997, et que j'explique à mon excité que l'ordre de grandeur pertinent c'est 2/3 de 13000 FF, et avec une grosse décote parce que je n'ai pas besoin d'une qualité extrême pour des fenêtres de WC, le prix rebaisse: nous arrivons à 2300€.
Comme je refuse toujours de signer, mon commercial me sort le grand jeu; - monsieur Z, mon patron veut vous parler; et l'autre m'aboie: - Oui, M.Z, à quel prix vous allez signer ? Vous voulez qu'on vous la fasse gratis cette fenêtre? Je change de stratégie (ça fait 2 heures que le type est là avec ses boniments): je m'habille en lui montrant la porte. Comme il n'y a toujours pas moyen de s'en débarrasser, je file sur le balcon avec mon portable (que l'autre ne m'a toujours pas confisqué, on se demande pourquoi) et disparais derrière le pot de fleur d'où j'appelle le chat qui, en entendant le montant des devis, me hurle: "mais fous le à la porte ! et avec un coup de pied au cul !", m'expliquant qu'il se fait fort de me trouver un devis à 900-1000€. C'est décidément une comédie: c'est ce que je dis au type, qui me répond que non, c'est très sérieux, que je suis bien bête de passer à côté d'une telle affaire. Je suis littéralement obligé de lui reprendre mon téléphone de la main et de le pousser dehors. Non mais !