Canalblog Tous les blogs
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
zvezdoliki
Publicité
17 juillet 2009

Brahms Beffa Schönberg à l'hôtel Soubise

Je cède à mes penchants les plus réactionnaires en allant au concert de l'ensemble Hypnos à l'hôtel de Soubise. Au programme, le sextuor n°2 de Brahms, le quatuor de Beffa, et La nuit transfigurée de Schönberg.

Les programmateurs croient utile de présenter La nuit transfigurée comme une perle rare de Schönberg: une musicologue monte sur scène pour nous introduire dans cet univers (well well... faut pas pousser quand même); en revanche ils jugent inutile tout commentaire sur l'oeuvre de Beffa (qui est pourtant présent dans l'assistance) - il n'y a rien non plus dans le programme imprimé, qui est plus disert sur la contribution de Charpentier à l'histoire de la musique à l'hôtel de Soubise. Bon.

Pour la première fois depuis que je fréquente ces concerts Jeunes talents, le concert a lieu dans une des cours de l'hôtel Soubise - très bonne idée, et très bonne surprise acoustique (oui, curieusement, parfois, le plein air, ça marche). Les Jeunes Talents du jour sont l'ensemble Hypnos (un sextuor avec quatre très belles jeunes femmes).

Heureux d'entendre le Brahms (que je n'ai pas en disque). C'est celui avec le gigantesque premier mouvement sous tension avec sa pédale ornée (le sol-fa#-sol-fa#-sol-fa# sol de l'alto) qui stabilise le beau thème en sol qui file tout de suite dans le décor (en mib).....il ya un moment beethovénien dans le développement où la pédale prend le pouvoir (pédales brodées' pawa). Le dernier mouvement est coquinou avec son petit jeu à la Haydn (je démarre sur la ... mais en fait je vais retomber en sol).

Le quatuor de Beffa: une alternance de mouvement très brefs (genre nocturnes avec des modes de jeux différents) et des mouvements élégiaques plus nourris. Le premier de ces mouvements longs m'a paru très pauvre (figures répétitives au violon 2 et à l'alto à la tierce, ploumploums à la basse, mélodie à la Messiaen au violon 1). Le dernier mouvement m'a fait penser à de la musique répétitive ou des néoromantiques polonais (hum).... mais je dois dire que sa fin est très réussie: elle convoque le petit mouvement flûté, tandis que le violoncelle sonne le glas, avec des pizz réguliers. Le langage est souvent tonal, il y a quelques belles idées harmoniques. L'ensemble est plaisant à écouter.

La tension accumulée pendant Schoenberg s'est résolue dans un gigantesque orage, avec grêlons ovoïdes convoqués sans aucun doute par Boulez et sa clique, avec un timing raté (trop tard pour perturber le concert).

 

Publicité
13 mai 2008

Ce soir c'était le concert d'adieux des Berg à Paris. Merci pour tout! merci! merci!

 

Haydn: opus 77 n°1 en sol majeur. Somptueux second mouvement avec un thème hymnique; mi bémol majeur, forme sonate. En plein dans le développement, le discours s'interrompt sur un do long. Suit le thème en ré bémol, sur des marches harmoniques qui remettent le discours en marche. C'est très étonnant. Scherzo fou fou fou avec le 1er violon qui gamberge dans le suraigu. Finale rythmique, solaire et dansant. Haydn énonce trois fois le thème dans une harmonisation et une texture différentes.

Berg: quatuor opus 3. Deux mouvements, l'un assez lent, l'autre plus rapide. Grande intégration: on retrouve la tête de thème rapide à 6 notes partout. Grande variété de modes de jeu. Autant le premier mouvement est en demi-teinte, autant le second baigne dans une atmosphère de catastrophe. Suis largué dans l'analyse formelle (il faudra jeter un oeil à la partition).

Beethoven: opus 132 en la mineur. 1er mouvement: la cellule de l'"introduction" (un demi-ton ascendant, un demi-descendant), on l'entend partout dans le mouvement. L'exposition va de la mineur à fa majeur, le développement passe beaucoup de temps en mi mineur puis en do majeur (avec le "deuxième thème", au point que je finis - erreur fatale ! - par croire que nous sommes déjà dans la réexposition); la réexposition va de la en la, avec une grande âpreté et une étonnante intensification du discours, de plus en plus dramatique (il faut bien marteler dans la tête des mal comprenants -comme moi - que c'est un quatuor en la mineur). Deuxième mouvement en la majeur: petits jeux rythmiques qui donnent le mal de mer (à la Haydn), puis musette bien stable pour retrouver les vraies valeurs (et des temps forts bien marqués). Le troisième mouvement est le sublime chant de reconnaissance en mode lydien (ça finit sur un fa et il n'y a rien à la clé); c'est à pleurer. Les Berg alternent savamment son blanc et vibrato serré. Après un sas de décompression un peu opératique (marche puis récitatif), on revient à une couleur plus tendue dans le très beau finale en la mineur, localement plein de cris et de dissonances. Qui finit dans un la majeur d'adolescent amoureux, avec le violoncelle qui perd la tête à chanter ces notes éperdues en clé de sol (est-ce raisonnable ? non, pas du tout)

C'étaient les adieux des Berg à Paris. J'ai passé mon année d'armée - en 1987 - à écouter leur enregistrement des quatuors de Bartok, qui venait de sortir; c'est aussi par eux que j'ai découvert les quatuors de Mozart et de Beethoven, au disque. Je les beaucoup vus au concert à Paris. Au début, j'ai eu la ferme intention de voir tous leurs concerts, mais je dois bien avouer que cela faisait longtemps que je ne les avais pas vus (au moins 4 ans et demi si j'en crois ce blog; je n'avais jamais vu Isabel Charisius). C'est un quatuor que j'ai beaucoup aimé (maintenant je préfère peut-être les Borodine)... le son, le vibrato... cette souplesse dans le discours (il n'ya que Pichler pour anticiper les temps faibles à ce point....n'importe quel élève de conservatoire se ferait taper les doigts s'il jouait comme cela) ... leur sens du répertoire (que du nourrissant! et un quatuor du XXième siècle par concert, c'était dans le cahier des charges de la la veuve). Ils ont su partir au mieux de leur forme.

 

23 octobre 2008

Beaucoup de cor, et Goerne


Un très beau programme ce soir à Pleyel:

1) Schumann: Ouverture de la Fiancée de Messine. Une musique sombre, sous pression et plutôt variée, pour du dernier Schumann. Dans l'introduction lente, bizarres arpèges rapides aux altos.... ne débouchant sur rien.

2) Schumann: Konzertstück pour quatre cors. Du Schumann pur jus, à la fois virtuose et introspectif. Dans le 2ième mouvement: la densité de cors baisse (chômage technique pour #3 et #4). On met du temps à comprendre la pulsation, petit jeu très malin. Belle partie centrale frémissante et lyrique. Finale festif.

3) Mahler: Des Knaben Wunderhorn. Grand moment avec Goerne. Je prête attention aux paroles, pour une fois. Deux des poèmes sont de la critique musicale; celui avec les morues qui aiment le sermon, mais veulent rester morues; celui avec l'âne qui préfère les tierces du coucou au chant sophistiqué du rossignol. Le poème sur la vie terrestre est bouleversant et me touche plus que Urlicht, qui suit, avec son choral de cuivres (forcément rougeâtres) et sa forme bizarre (c'est ça le problème avec l'éternité).

 

24 juin 2013

Bouffes/ Posadas

Un concert auquel je suis allé en prévision de la diète à venir de deux mois, et dont le programme ne m'évoquait strictement rien. (Pour une fois, j'y suis allé en me fiant aveuglément aux interprètes: le quatuor Diotima et la sublime Barbara Hannigan). Je crois bien ne jamais avoir entendu de Nono, ni de Schoeller, ni de Posadas. Tirage de la loterie, donc:

Nono: Djamila Boupacha, une pièce pour soprano solo a cappella. Magnifique, mais très court.

Ensuite, ce qui était présenté comme un semi-opéra, Operspective Hölderlin, de Schoeller. Une oeuvre pour soprano, électronique et quatuor (très à l'arrière plan). J'ai un peu dormi (ce qui est mauvais signe). Ce n'est pas déplaisant d'imaginer Hannigan aux prises avec des fantômes dans un château hanté rougeoyant comme la scène des Bouffes du Nord, mais la musique m'a paru pour tout dire assez pauvre, à l'électronique trop envahissante. Et c'est un peu dommage d'avoir un quatuor de la classe des Diotima noyé dans des bruits de fantômes....   

La bonne pioche était après l'entr'acte. Liturgia fractal, le cycle de 5 quatuors à cordes d'Alberto Posadas était riche, foisonnant, très spectaculaire, beaucoup d'idées musicales. Je ne suis pas certain d'avoir compris la note de programme (j'ai dû arrêter trop tôt mes études scientifiques), mais quasiment pendant les 53 minutes du cycle (et à la différence, au hasard, du Livre de Boulez) j'ai eu l'impression de comprendre le propos musical, se polarisant autour de certains modes de jeux, contrastés, violents, névrotiques, hypervirtuoses. Retenons 4) (Arborescencias) avec ses deux somptueux solos de violon. 3) (órbitas) démarrant avec des clusters bien acides. 2) (Modulaciones) avec ces modes de jeu flûtés. Plusieurs des quatuors ont des fins très marquantes, où l'on a l'impression que les musiciens se resynchronisent. C'est rare d'entendre une oeuvre nouvelle laissant une impression aussi forte.

Aussi: ici.

10 février 2013

Zemlinsky et co à la salle Pleyel

Au programme: Les danses de Galanta de Kodaly (irrésistible et hungarotone); le 2ième concerto pour piano de Prokofiev (celui des Sarcasmes; la sortie de la cadence du 1er mouvement avec ses cuivres monstrueux fait son petit effet); et puis en deuxième partie, la (pas si) petite Sirène, de Zemlinsky (il y a à boire et à manger dans cet opulent orchestre viennois, mais ça se laisse bien réécouter, par exemple ce thème qu'on dirait russe ici à 9'45"). Une vraie chroniquette ici.

Publicité
20 novembre 2012

BSB1 aux Bouffes du Nord

Le quatuor Diotima (précis et spectaculaire, merveilleux violon 1 (chose que je déteste devoir écrire à propos d'un quatuor)) dans: 

  • Beethoven: quatuor n°12 opus 127 en mi bémol. Je m'embrouille à chaque fois dans les numéros, mais c'est bien celui-là, je crois, mon préféré dans les derniers quatuors. Sans doute en raison de la profonde joie tellurique, l'atmosphère de très haute pression que j'y entends, dans chacun de ses mouvements. Le 1: celui avec l'ouverture en portique (très spectaculaire, hier soir) répétée à trois moments clé, sur mi bémol, sol puis do (!).... et la sublime cadence avec les retards et la montée dans l'aigü. Le 2: immense et magnifique thème et variations en la bémol, avec beaucoup de surprises (on va jusqu'à bifurquer jusqu'en mi). Le 4: celui avec le thème paysan très rythmique, qui finit dans une étrange péroraison ternaire.
  • Boulez: le Livre pour quatuor, parties 1a et 1b. ça démarre très mal, comme une caricature de musique sérielle: 12 sons, les 4 instruments avec des hauteurs différentes dans 3 modes de jeux.... ça se complexifie, notamment dans la deuxième section, nettement plus virtuose.
  • Schönberg: 1er quatuor opus 7 en ré, que je n'ai pas si souvent eu l'occasion d'entendre en concert. En quatre mouvements enchaînés, avec une impression de gigantesque forme sonate (la réexposition du tout début, si véhément, intervient avant le début du mouvement lent, par exemple; la musique du finale reprend des éléments déjà entendus plus tôt). Il fallait bien une structure un peu ferme pour assembler toutes ces musiques d'ambiance, tour à tour fiévreuses, ironiques, glissantes, vénitiennes, glamour, passionnées, fatoumesques, fantomatiques.... (ça glisse très vite d'une ambiance à l'autre). Je note avec satisfaction qu'un des plus beaux moments, à la fois par sa simplicité et sa tendresse, est réservé à l'alto, dans le mouvement lent. 
22 avril 2012

Londres (2)

  • Le Freischütz (à Barbican) Un peu le syndrôme Maîtres chanteurs: une oeuvre célébrissime qu'on n'entend plus vraiment beaucoup, et on comprend un peu pourquoi. Les mots qui me viennent à l'esprit sont 1) bourrin (cette série de danses allemandes, ces sarcasmes villageois....) 2) frais au sens où les primitifs flamands sont plein de fraîcheur (les couleurs de l'orchestre, les figurations naïves, les envols de flûtes). Grands moments: l'ouverture (encore un do mineur qui devient do majeur à la force du poignet); l'air d'Ännchen (Sally Matthews, chanteuse délicieuse); la scène de la Gorge aux loups avec le choeur des esprits (utilisant des cornets en carton noir pour les wou-ouh!) et le compte des balles, de un à six. Production inégale, mention spéciale à la Ännchen susnommée et à un Kaspar n'ayant pas oublié d'avoir l'air méchant (Lars Wogt, la dégaine d'un Podalydès qui aurait mal aux dents).
  • Artifact, à Sadler's Wells. Chef d'oeuvre. La 2ième partie, qui dévide le texte de la chaconne de Bach, est ponctuée par des tombées brutales du rideau. Cohérence, ampleur de l'inspiration, humour ravageur. (cf ici)
  • Concert Nancarrow à Southbank (c'était une intégrale en tranches des études pour piano préparé, j'ai fait 16h-17h). Enfin, concert, c'est vite dit: il y a deux personnes sur scène, qui sont juste là pour changer les rouleaux sur le pianola (et raconter des bonnes histoires sur Nancarrow pendant que les rouleaux commencent à tourner). Nancarrow est ce génie qui a influencé Ligeti, et programmé ces rouleaux sur pianola. Le résultat musical: une virtuosité insane, à rendre vert de jalousie n'importe quel pianiste humain (les martiens, je ne sais pas, ils sont déjà verts): glissandi sur des modes complexes, décalages rythmiques subtils, petites mécaniques folles. Comme c'est écrit dans un style mi-bastringue mi-Grand d'Espagne, peu de gens prennent ça au sérieux, mais ça vaut le détour.
 

24 octobre 2009

En ce moment au cinéma, je donne dans le culte de la déesse H

Querelle: J'étais curieux de revoir ce film qui, comme Despair et contrairement à la plupart des Fassbinder, ne m'a jamais vraiment plu. Je l'ai trouvé encore cette fois à la fois déplaisant et bandant; il m'a moins choqué (mais tout autant troublé) que quand j'avais 20 ans; je comprends mieux que c'est une chose mentale et qu'il ne faut pas y chercher de trame réaliste. J'accroche bien aux deux premiers tiers du film (la rivalité avec le frère jumeau, la mise en situation de l'ouvrier polonais ("L’amour ne peut rester passif") que Querelle s'attache à transformer en un double de son frère (facile, c'est le même acteur qui joue les deux rôles) pour mieux l'aimer/trahir, en un mot); mais je trouve toujours la fin (dominée par le personnage du capitaine) vraiment déconcertante. La chanson de Jeanne Moreau (Each man kills the thing he loves) ne m'émeut que quand dans cette scène (vidéo ci-dessous) où l'accompagnement se tait, et où Moreau bifurque sur Each man cares the thing he loves. Je me souviens de l'incroyable histoire de El Hedi ben Salem, à qui le film est dédié, la dédicace apparaissant, de façon symptomatique, pile au moment des retrouvailles de Querelle et de son frère.

Hotel Woodstock: la combinaison curieuse d'une histoire d'apprenti sorcier (vite dépassé par l'événement qu'il feint d'organiser) et de songe d'une nuit d'été (le moment carnavalesque où chacun trouve sa part de vérité); le tout doublé d'un roman familial (comment un gentil pédé finit par s'émanciper d'une mère à côté de qui Pauline Carton à son apogée est l'image même de la douceur). Vu de maintenant, 1969 semble vraiment bien proche de la seconde guerre mondiale et des conflits qui ont suivi (VietNam et Corée). Le film est plaisamment terre à terre et n'a pas peur de la boue; j'adore cette scène où le travelo ex-GI de Corée défonce les parents avec huit brownies coupés à l'herbe....

30 janvier 2016

Gruppen à la Philharmonie 2

Au menu:

- Harvey: ... towards a pure land. Grand orchestre (celui des élèves du conservatoire, avec quelques solistes de l'EIC), beaucoup de sonorités éoliennes, d'irisations. Cordes très divisées, souvent à la limite de l'imperceptible. Quelques moments d'agitation dans une riche palette zen. L'oeuvre la plus séduisante du programme.

- Zimmermann: Antiphonen, pour alto et petit orchestre. Disposition spatiale intéressante, les violoncelles et contrebasses sont dispersés, deux groupes de percussionnistes se font face. Je suis un peu perdu dans le discours (je repère bien que I et V sont centrés sur une note, mais ne comprends pas où débutent III et IV, par exemple). Invasion de texte parlé dans IV (pas très convaincante). Mémorable solo de harpe dans l'extrême aigü.

- Stockhausen: Gruppen. Je suis incroyablement bien placé (grâce à Philippe[s]), au milieu des 3 orchestres. Ce qui compte, c'est que les 3 chefs puissent se voir, donc les musiciens des trois orchestres nous tournent le dos. Je suis tout près des clarines de l'orchestre droit (viennent-elles des Grisons?). Pas besoin d'utiliser finalement les bouchons qu'ont donné les ouvreurs. En tournant le cou assez vite, on peut voir comment les chefs se synchronisent, se désynchronisent.... On entend de la guitarre électrique; beaucoup de percussions, très variées et violentes; un grand climax de cuivres (avec crescendos qui tournent); des couinements de petite clarinette jouée par un très grand musicien.... Fin très curieuse, sur une note qui vit sa vie (hélas raccourcie).

17 décembre 2016

c'était très bien cette exposition Beethoven #NOT

....mais il manquait mes deux tombeaux préférés de Beethoven (enfin, là où j'aime bien me balader, le dimanche):

1- cette séquence en la bémol majeur dans le 1er mouvement du concerto de Schumann (ici à 4'35''). Dialogue piano/ clarinette, dans une tonalité éloignée, calme. Bien sûr, c'est le thème de choral de hautbois du début (en la mineur) qui revient masqué; mais c'est surtout la sublime citation de l'air de Florestan (à 2'03'' ci-dessous). Ce moment suspendu, cette bulle euphorique, c'est la cellule de prison où Florestan/ Robert (aux cheveux artistement mal lavés, ci-dessous) va être sauvé par Clara/ clarinette/ Leonore. 

 

2- le finale de l'opus 60 de Brahms (à 24' ci-dessous). Citation presque encore littérale de Beethoven, du fameux sol-sol-sol-mib. C'est le violon qui fait les notes (sol-mib) et le piano le rythme - qui est très reconnaissable et va chauffer le discours, jusqu'à 24'59''- où la cellule rythmique envahit tout. C'est le ferment de la 5ième de Beethoven, mais c'est du aussi du très très grand Brahms.

 

16 septembre 2010

Concert d'ouverture de saison à l'orchestre de Paris

C'était mercredi soir. Deux morceaux qu'on n'entend pas si souvent:

La Péri, de Dukas. Le mi majeur du faune endormi.... et, comme dans Ariane, une série de variations en forme d'exercice d'orchestration.

Kullervo, de Sibelius. Du jeune Sibelius. Une histoire d'inceste: sur la route, un jeune homme tente de séduire trois jeunes filles; il parvient à ses fins avec la troisième....qui se révèle être sa soeur. Une sorte de symphonie en arche, en cinq mouvements: le troisième mouvement, la longue scène de l'inceste, avec choeur et solistes, est encadré de deux pièces de genre, pour orchestre seul: le n°2, la jeunesse de Kullervo, est une pavane lente à 3 temps, et le n°4 une scène de bataille irrésistible. Les deux mouvements extrêmes sont très étranges, notamment l'introduction, qui démarre par des rythmiques flottantes et indécises et se dénoue en un choral-massue, préfiguration d'une issue tragique. Le mouvement central (c'est Peter Mattei dans la belle version en lien, il est autrement plus investi que le baryton de mercredi qui était un peu terne) fait toujours un choc, avec la scansion à l'unisson d'un hénaurme choeur d'hommes, sur des rythmes irréguliers à 5 temps, le tout dans une atmosphère de fête villageoise (comprendre: les cordes graves tricotent, pendant que les villageois fricotent). C'est un mouvement à blamblam: un des grands moments est la transition entre le long récit de la soeur et la prise de conscience du frère. Toute l'oeuvre fourmille d'idées musicales.... c'est une oeuvre que j'aime vraiment beaucoup.

17 mars 2010

Denk, Adams et le LSO à Pleyel

* Trop riche (limite écoeurant): l'orchestration de deux préludes de Debussy par Colin Matthews - la recréation de quelque chose d'assez simple, en plus compliqué. (un peu comme si un savant fou utilisait le CERN pour recréer une fraise (et une seule)) (Sentiment de trop plein exaspéré par les hochements de tête rapprochés de ma voisine, lancée comme une machine à vapeur). (Un peu la même impression avec les Valses nobles et sentimentales, de Ravel, qu'on programme trop souvent à mon goût).

* Trop bien: le concerto pour piano et vents de Stravinsky (il y a aussi des contrebasses et des timbales). C'est néo classique à fond, agaçant comme il faut et ça décrasse bien les oreilles après toute cette débauche de moyens. 1er et 3ième mouvements très rythmiques, avec changements de mesure partout, pleins de swing. 2nd mouvement: chorale avec trompette et timbales, magnifique et un peu vulgaire. Je peux enfin applaudir avec enthousiasme Jeremy Denk (qui est un grand pianiste mais aussi un merveilleux blogueur que ce blog a pillé sans vergogne, ici et ), qui joue cette musique avec beaucoup de naturel....

* Trop peu nécessaire: la dernière oeuvre d'Adams, City Noir. Une évocation de Los Angeles, la capitale du film noir. Deux parties, l'une plutôt dominée par des solos (saxophone, trombone, cordes à l'unisson, et même un petit solo d'alto); et l'autre, plus courte, finissant en apothéose dyonisiaque, où l'orchestre est traité comme une grande masse sonore. Tout cela est très séduisant mais n'ajoute pas grand chose à la gloire d'Adams, cet orchestrateur de génie.

Add: lire ici

22 janvier 2006

Le dernier concert du cycle Lachenmann Mozart à la Cité de la Musique

Lachenmann c'est relaxant comme du Varèse: sans hauteurs, il n'y a ni analyse thématique ou harmonique, le compilateur interne peut se mettre au repos et se concentrer sur quelque chose qui s'apparente ....à la musique. Kundera a écrit quelque chose de très beau sur pourquoi il aimait écouter Varèse dans les années 70 en Tchécoslovaquie, je ne retrouve pas cette interview au Monde de la Musique mais je ne crois pas déformer sa pensée en écrivant que c'était à cause de son absence totale de psychologie ; ça pourrait aussi s'appliquer à Lachenmann, sans doute. C'est la deuxièmefois que j'entends du Lachenmann en concert, ses oeuvres orchestrales sont plus spectaculaires que sa musique de chambre.

Donc, hier, il y avait:

  • Accanto (1977): une sorte de concerto pour clarinette, parsemé d'extraits très fugaces de celui de Mozart. Je n'ai pas écouté l'oeuvre comme si ce lien était central. Au début, on a l'impression que le clarinettiste répète à blanc une partition imaginaire; on n'entend que les bruits de clés. Suit un moment ostinato : tout l'orchestre scande la même pulsation, les cordes jouent en pizz : au deuxième pupitre d'altos, il y a un petit blond qui utilise sa carte bleue (une Gold) comme capodastre (il a raison, c'est mauvais pour les doigts tous ces pizz). Il y a aussi un beau moment prouts : il s'agit d'appuyer l'archet comme un boeuf en remontant sur la touche (petit plaisir régressif pour les violonistes qui ont tous fait ça quand ils avaient moins de 8 ans), avec une accélération subite qui fait un peu mal au coeur: chaque instrument le fait en solo, et à un moment ça s'affole, comme un troupeau de vachettes en folie. Un court extrait du Mozart déclenche le foutoir: les tubas éructent dans leur instrument, le soliste crachouille tant et plus et finit par débiter des insultes tout en jouant; je crois bien avoir aussi entendu un début d'hymne américain. Le public rigole; c'est une partition qui n'est pas emmerdifiante pour un sou, il s'y passe toujours quelque chose, comme au sous-sol du BHV.
  • Mozart: la 34ième Symphonie. Magnifique premier mouvement, riche en constrates et en relief. Entrée en matière solennelle, comme un portique romain. Une variété étonnante d'émotions... un long développement en mineur avec des hoquets et des soupirs. Une symphonie de pauvre: ni flûtes ni clarinettes, pas de scherzo. Grand moment chambriste dans le 2nd mouvement, où le quatuor s'écoute.
  • Schreiben (2003): Autant Accanto est déceptif, lacunaire (une sorte de sphynge géante comme dirait RSch), autant Schreiben est opulent, plein, sonore, parfois gueulard. Les cuivres font beaucoup de bruit : les glissandi de tubas font - eux aussi - un peu mal au coeur. Il arrive aux violons de jouer des notes. On entend même un quatuor à cordes jouer un accord parfait de do majeur. C'est l'empire des signes : les basses font des triangles avec l'archet (comme dans Salüt für Cauldwell): un coup perpendiculairement à la corde (la voie normale), un coup dans le sens de la corde, un coup en biais. Beau début, avec le bruit du vent; on se croirait dans les Boréades. Le 4ième violoncelle, un petit père d'une cinquantaine d'années, a l'air de ravi de faire "fffffff...." avec ses collègues. Belle fin, avec des bruits de tuyauteries isolés dans le silence (effet comique assuré): c'est le pianiste qui grattouille à l'intérieur du piano (impression première: tiens, le voisin fait encore des travaux chez lui), et le timbalier qui frotte à la main un instrument à percussions. Au total, j'ai trouvé ça plus fouillis et longuet que Accanto.

(Orchestre du SüdWestFunk de Baden Baden, dirigé par Hans Zender).

Add1. ouf ! bladsurb et guillaume ont entendu à peu près la même chose....

Add2 Pour illustrer tout cela, des extraits dans la radio de mon disque de chevet du moment, des airs de Mozart interprétés par Mrs Price, avec une voix large comme le Nil et un refus strict de la psychologie que ne désavouerait pas Lachenmann. Je mets le grand air de l'Enlèvement au Sérail avec sa variété étonnante d'interventions bondissantes d'instruments solistes (qui m'évoque cette chanson française que je n'arrive pas à googler, où "chantent ton nom ô ma Louison" rime avec "oursons", thons"). Et puis un grand air de concert, Resta o cara KV528.

29 octobre 2008

Les trois titans au Symphonyspace


Au Symphony space, les Trois Titans Autrichiens, annonce le programme (c'est bien de ne pas avoir annoncé les trois cimes ou la troisième école de Vienne, il faut savoir rester modeste).

Au menu:

  • Bernhard Lang avec ses Différences/ Répétitions. L'artiste dit s'inspirer des DJ et de l'oeuvre de Martin Arnold (dont le potentiel comique n'est pas à sous-estimer). En musique, le résultat est énergétique mais pauvre; la première oeuvre, orchestrée par le chef de l'ensemble Argento, avec des successions de cellules assez prévisibles, n'est pas très intéressante; la deuxième, avec un plus petit effectif, marche mieux.
  • Georg Friedrich Haas: De terrae fine, pour violon seul. Avec des doubles cordes et des quarts de tons ! (non, ça ne simplifie pas les choses). Je sens l'effet du décalage horaire (plus que l'air de nouvelles planètes)
  • Beat Furrer: Gaspra. La plus belle pièce de la soirée (manquant parfois de continuité)
4 mars 2016

Widmann/ Bruckner 9

Widmann: Flûte en suite. (comme paté en croûte, ou boeuf en daube?) 8 mouvements, comme une suite de Bach, mais on a du mal à reconnaître les rythmes de danse. La Sarabande ressemble à un ground (avec une basse qui baisse puis finalement remonte, à la fin). L'Allemande initiale utilise la flûte solo et 4 flûtes, à partir du do grave. Le Choral 2 (avec les cuivres à fond) est plus reconnaissable que le Choral 1 (avec ses nappes de son). Les mouvements les plus spectaculaires sont la Courante (très rapide, mi pastiche de musique contemporaine, mi pastiche baroque), que j'ai préférée à la Badinerie (Bach, aber auch der Feuervogel und Tristan waren dabei).

Bruckner 9: ah, le bonheur océanique de Bruckner... la répétition des petites cellules.... voir 50 personnes faire tire tire tire 15 fois de suite.... ces séquences qui vont on ne sait où (le vide de la musique avant le 2ième thème du I, par exemple). Le I: début chaotique, dominance du groupe second thème. La coda du I: pas un des plus beaux moments de Bruckner, mais un des plus impressionnants, avec beaucoup de notes étrangères pour escagasser l'oreille. Dans le II: le trio tout fou, avec les bois. L'Adagio (qui ne peut pas être final, on ne va pas finir en mi majeur une symphonie en ré mineur, voyons, cela n'a aucun sens). J'entends une fome sonate en deux parties, avec trois éléments. 1/ Le thème du début, qui déglingue instantanément le chocottomètre (violons fauves en folie feulant sur la corde de sol, neuvièmes ascendantes qui prolifèrent) et qui déconcerte beaucoup par son instabilité tonale 2/ Le grand splash jaune: tout d'un coup, la couleur à l'état pur (avec un accord dont je me rends compte après coup qu'il compacte la neuvième initiale) 3/ Le moment @didierda (long groupe deuxième thème). La deuxième fois, il se passe beaucoup plus de choses: la neuvième est renversée, le splash jaune est beaucoup plus dissonant. Je n'ai pas repéré les autocitations de Bruckner (il paraît qu'il ya le thème de la VIIème, il faut m'excuser, je débute en bruckneromanie), mais j'ai repéré un moment Thomas Tallis- Vaughan Williams (13'07" ici, mesure 165, qu'on pourrait aussi appeler moment lingette d'Amfortas tellement il fait du bien; c'est avant le retour du 2nd thème) et un moment Janacek (à 18'36'', mesure 227), avant la fin (un peu seulement) apaisée.

20 février 2014

Lévy/ Puccini

Un week-end dernier bien occupé:

* Présences 1: Hérédo-ribotes, de Fabien Lévy. C'est l'alto qui propose à l'orchestre (51 solistes) de jouer à partir d'un matériau en modes de jeu. Une oeuvre ambitieuse (avec des cors aux balcons qui font tourner le son), mais je trouve les moments contemplatifs moins aboutis que dans A propos. La critique semble avoir bien aimé. Au programme du même concert: Henze, Widmann (une oeuvre romantique pour clarinette et orchestre) et Schneller (très éclectique et plaisant à écouter). 

* Présences 3: Après tout, toujours de Fabien Lévy. Sonne comme un grand oratorio, mais il n'ya que 6 solistes (les Neue Vocalsolisten, qui chantent cette partition avec une aisance déconcertante) et 6 instrumentistes (et une bande électronique qui se mélange très bien aux instruments; les crépitements façon années 40 étant une part importante d'une riche texture bruitiste). Grand impact des textes, plus faciles à suivre en concert avec les sous-titres qu'à la radio (Jankelevitch au Masque et la Plume, la lettre de Raweling à Jankelevitch; la réponse de Jankelevitch). Mes moments préférés: les chorals de la 1ère partie, avec la voix de coloratura qui colore le tout; le vent du début et de la fin; le théâtre musical du début de la 3ième partie (ce jeu sur vergeben/ vergebens avec le s qui dure....)

* La Fanciulla del West. L'acte I (dans le bar) est un peu languissant (malgré une valse - chorale- dans l'opéra; le psaume 51). L'acte II est beaucoup plus palpitant  et l'acte III n'est pas loin d'être un chef d'oeuvre (les derniers mots d'un condamné, une musique que je trouve extraordinaire, hybridation de la Cathédrale engloutie et du grand opéra italien). Gammes par tons, enchaînement d'accords parfaits, rythmique à la Billy The Kid, une partition exotique et éclectique. Mise en scène pertinente et beaucoup moins fofolle qu'attendu (Lenhoff n'est pas Langhoff).

28 janvier 2012

Salonen Bartok II, au TCE

Bartok: suite de danses, concerto pour violon n°2 et le Mandarin merveilleux (la suite, pas le ballet intégral hélas); Debussy, le Prélude à l'après-midi d'un faune (comme un cheveu sur la soupe). (et en bis, le Galop de Stravinsky - dont on se serait bien passé).

(heureusement qu'il y avait le Mandarin merveilleux....)

(Je crois qu'il va me falloir une période de jachère pour les concertos pour violons. Vous savez, ce genre musical idiot où un énergumène gigote au premier plan en vous mettant dans la vue plein de notes pour vous empêcher de vous concentrer sur ce qui pourrait avoir de l'intérêt, derrière à l'orchestre. Et puis le concerto pour violon de Bartok, je l'ai juste trop entendu, et il est trop riche en saccharose à mon goût - contrairement au Mandarin qui est bien acide, avec quelques pépins aux trombones)

(un véritable congrès de vieux-blogueurs, ce concert; riche en émotions et en révélations - j'ai enfin compris que je connaissais depuis longtemps Faustin Soglo - mais c'est que j'y ai cru, oui Monsieur, à ce masque africain)

 

15 janvier 2012

Présences: Strasnoy/ Britten au Châtelet

Beaucoup dormi pendant les cinq Interludes de Peter Grimes (mais je me suis quand même rendu compte qu'il y avait un beau solo d'alto dans la Passacaille tirée du même opéra). Pas dormi du tout en revanche pendant le Bal, l'opéra de Strasnoy en deuxième partie, qui m'a laissé des sentiments mitigés. La musique en est très composite: il y a du bruitisme (le début), une scène de leçon de musique un peu fofolle qui fait théâtre musical, une scène très rythmique où ça swingue (avec la mère), des chansons irlandaises franchement grivoises, un passage qui rappelle Philippe Hersant, des citations attendues de Berio/Mahler et la clarinette de la scène de danse du Wozzeck. La fin avec son atmosphère de désastre est plutôt réussie. Non, le problème est plus que c'est une comédie qui arrache parfois un sourire, guère plus (la faute à qui? un texte trop anodin, entre comédie bourgeoise et surréalisme? les acteurs qui surjouent et dont la diction n'est pas à la hauteur?). Relative déception, donc.

29 octobre 2011

Lulu à la Bastille

(vendredi soir à Bastille)

Avec Lulu, j'ai toujours parfois une impression de noyade dans un univers complexe et labyrinthique, mais j'avais lu Jameux avant, ce qui m'a permis de me repérer un peu mieux que la dernière fois (en 2003, déjà la même et excellente mise en scène).

Ce que je n'entends toujours pas:

  • les séries: c'est trop long 12 notes; j'entends Lulu quand c'est une gavotte (un affect néo-classique décrivant la moquerie contre le mariage), pas quand c'est une série; pas repéré Alwa non plus, ni Schön; la conclusion s'impose, ma vie - enfin, hein, la vie de mon oreille - est un échec affreux;
  • les palindromes: dans le magnifique interlude du 2ième acte: pas repéré le centre, le lieu où ça rembobine; il est vrai que ça va si vite.

Ce que j'entends et je repère bien:

  • les grands râles mahlériens (Schön et Jack l'éventreur, forcément);
  • la monoritmica (pam.... pam....papam, ça c'est perceptible, une séquence de quatre signes, ça va) qui sert pour la mort du peintre ET la scène avec le nègre (logique); que l'on retrouve avec les nein de Lulu, au moment fatal, et à l'extrême fin;
  • la chanson misérabiliste de Wedekind (les variations de l'interlude de l'acte III et un thème qui figure la prostitution, comme dans la scène avec l'aigrefin à Paris). (un thème de complexité zéro, ouf) 
  • les quintes de Geschwitz (qui ne sonnent pas du tout comme du Berg, c'est très bizarre)

Ce que j'ai compris (réel soulagement):

  • Ce n'est pas la peine de se mettre martel en tête à chercher à repérer les grandes formes. Il y a bien une grande arche qui traverse tout l'opéra, mais elle n'est pas stricte (par exemple, le troisième acte n'est pas la rétrogradation du premier; si Schön est le troisième mari, Jack est aussi le troisième client). La forme sonate est truffée de petites formes qui sont comme des bulles qui ne durent pas mais caractérisent un moment du texte de la pièce. Il y a l'hétérogénéité, la vie propre de la pièce de théâtre et ce qui est vraiment important, que soulignent la musique et les grandes formes (la lutte entre Lulu vs Schön, par exemple).

Très belle mise en scène (une arène, des gradins de théâtre au fond, des échelles par lesquelles communiquent ces deux mondes). Deux grandes réussites: la scène ou Lulu se débarrasse de la fiancée de Schön (avec ces lettres qui se multiplient) correspond finement à celle de la mort de Lulu (tuée par une multitude d'hommes à chapeaux).

En bref, encore deux ou trois fois à réessayer et ce devrait être bon; je finirai par l'aimer, cet opéra.

13 avril 2016

Messiaen Bruckner 8 par le LSO

Deux aérolithes catholiques:

Messiaen: Couleurs de la cité céleste. Piano + percussions à clavier + percusssions résonantes (cloches et gongs), cuivres et clarinettes. Court, clair, très impressionnant, et plus prenant qu'au disque. Les chorals de cuivres (très lents, succession d'harmonies froides). Trois coups très violents et très rapides. Figures de résonances. Hoquets. Fusées de chants d'oiseaux.

Bruckner 8: retrouvé un peu de tout cela mais aussi quelques moments: Le I. Le mi bémol majeur du développement (le "moment Fassbinder"): merveilleux de calme, c'est ce qui rend la récapitulation si impressionnante avec le retour d'ut mineur. La fin du mouvement est géniale d'amertume; la voisine de derrière décrète que c'est fini et commence à faire du bruit alors que les altos continuent à liquider le roulement de tambours, pianissimo. Le II: dans le moment central du scherzo, c'est la timbale qui est le fil rouge (le thème dépecé aux bois, les cordes s'affolant pianissimo). Etonnant trio, chaleureux solo des violons sur des pizz de parade de chevaux. Ce sont les harpes qui concluent (dans une de leurs rares interventions, particulièrement marquante). Dans le III: l'intervention des harpes et le tournoiement harmonique qui s'ensuit: UN REVE (mon royaume pour ces trois mesures). Le B= thème de violoncelles. Le moment où deux musiciens se lèvent (cymbales + triangle): deux interventions (je n'en vois qu'une dans la partition de 1892, mais Rattle a joué Haas 1939), un sommet puis une cadence rompue (catastrophe). La fin de ce mouvement, après la rupture - chaloupes et ré bémol majeur - est magnifique. Le IV: le début est tellement fort qu'il a tendance à tuer le reste; la coda est sans doute là pour rééquilibrer le mouvement en intensité (ça ne la rend pas aimable pour autant).

12 août 2011

Melancholia, de Lars von Trier

Je m’attendais à quelque chose de bien, mais les dix premières minutes sont un vrai choc visuel, sur la musique du prélude de Tristan, citée in extenso. Le film oscille constamment entre deux pôles. Justine (qui n’a plus grand-chose à perdre) et Claire (qui vient plus d’Assise que de Lacoste). La comédie hollywoodienne du beau mariage qui se déglingue et le film catastrophe, traité avec la plus grande ….gravité. Le romantisme le plus pur (la lunatique qui prend un bain de minuit en s’exposant aux rayons de la planète) qui convoque les références les plus nobles et le trash grotesque (la mariée qui pisse dans un des trous du golf; ah ça, on rit beaucoup, aussi, et jaune). Le pont que le cheval ne franchira pas, le virage que la limousine n’arrive pas à négocier. La fin m’a rappelé Mario Merz. Un film magnifique.

10 mars 2011

Beethoven Berg à Pleyel

Beethoven: Ouverture de la Consécration de la maison. Commence par des portes qui claquent. On entendra aussi un solo redoutable de basson, une fugue aérobique et beaucoup de nounous qui valsent. Pas exactement la quiétude d'une petite maison perdue dans la forêt viennoise.

Berg: concerto à la mémoire d'un ange. Magnifiques deux mouvements extrêmes. Le premier mouvement débute et finit par des cycles de quinte qui rappellent à tout violoniste ce par quoi tout commence. Je n'avais jamais repéré que dans le dernier mouvement, le soliste entraînait sans une grande ligne lyrique et dangereuse les violons un par un, comme le joueur de flûte de la fable. La coda du dernier mouvement est une succession serrée d'événements extraordinaires: 1/ l'appel du trombone en gamme par tons ramène, glacial, 2/ le choral aux bois sous un solo de grosse caisse, souterrain, terrible; 3 / choral qui, tombant vers le graves, est transmis aux cuivres pendant que 4/ les cordes montent une échelle aboutissant sur le sol suraigü du violon solo alors que 5/ les vents allument en désordre dispersé un accord étagé, dans une belle lumière chaude, 6/ laissant conclure violons 1 et contrebasse avec les quintes à vide (ou pas). 

Beethoven: 4ième symphonie, en si bémol majeur. Une des plus joyeuses, une des plus roboratives. Beethoven nous y fait au moins deux fois le coup de la carpette en peau de tigre. A la fin du second mouvement, le beau thème, que l'on avait vu parader accompagné d'un rythme pointé tout en muscles, est dénervé, aplati et séparé en deux: ce sont d'abord les vents (page 13) qui en exposent la ligne seule, pianissimo, raplapla; puis, plus loin, les timbales se chargent du rythme pointé, aussi pianissimo et à découvert. Après chaque aplatissement en carpette, la nature reprend le dessus. Ce sont quelques volutes des vents qui se chargent de réveiller ce qu'il reste du tigre, suscitant un crescendo formidable et un rugissement fatal.... Même topo à la fin du finale (11 dernières mesures), mais là cela ressemble davantage à une blague à la Haydn: le thème de mouvement perpétuel est soudain ânnonné aux violons semblant en découvrir les difficultés.... et hop, un petit coup de toboggan et la symphonie est terminée (et pitié, qu'on ne me parle plus des conclusions poussives des symphonies de Beethoven!)

2 mars 2011

deux orchestres et un triple concerto

Avec (et grâce à) Klari, au conservatoire. Les deux orchestres sont le Southbank Sinfonia et des membres de l'Orchestre des Lauréats du Conservatoire. Addition, puis soustraction (heu, qui reste, au juste? ah, les joies de la fusion) pour Mozart, car la formation utilisée pour jouer la 38ième symphonie (cordes par 3 si je me souviens bien) est vraiment étique (et dangereuse). Programme fougueux et juvénile qui se mange sans faim: Les Hébrides, la symphonie Prague puis le triple Concerto de Beethoven, qui me fait toujours autant d'effet (un Mac la bémol: deux mouvements d'un do majeur solaire et assertif enserrant un movement lent en lab, contemplatif et lunaire) (j'aime bien aussi les moments IRCAM, comme les altos qui frottent à la seconde du violoncelle solo lors de son entrée). Première fois que je vois le trio en avant scène, avec le chef et l'orchestre derrière, assez loin. Cela marche bien comme ça. Excellents solistes, avec une mention spéciale au violoncelliste solo, qui a la part belle dans cette partition. 

23 novembre 2010

Hindemith/alto/Tamestit

Quatre sonates de Hindemith, deux alto/piano (opus 11 n°4 et opus 25 n°4) et deux alto seul (opus 11 n°5 et opus 25 n°1). Concert excitant comme rarement: ce n'est pas si fréquent de découvrir une musique nourrissante, variée et neuve. Je connaissais les deux sonates pour alto seul, mais en disque seulement, et pas du tout celles avec piano. Petit speech chaleureux de Tamestit, expliquant son attachement à cette musique (son premier disque d'alto....) et précisant le parcours du concert: les deux sonates de l'opus 11 sont encore sous les influences croisées de Bach, Debussy et un peu Brahms, alors que dans celles de l'opus 25, Hindemith trouve sa voie, marquée par une virtuosité plus canalisée, un goût pour le motorisme, les machines qui s'emballent. 

  • opus 11 n°4: en 3 mouvements, avec piano. Etonné car le premier mouvement ("Phantasie") sonne comme du Brahms, une mélodie très puissante sur laquelle se superposent des fusées de notes extrêmement rapides (comme du Debussy). La fin du finale voit l'accélération d'une formule très spectaculaire, comme une démangeaison qu'on n'arriverait pas à dominer....
  • opus n°11 n°5: celle qui sonne comme un hommage à Bach, avec une passacaille finale avec section médiane comme dans LA Chaconne. C'est aussi celle avec un scherzo à glissandi, très amusant.
  • opus 25 n°1: celle où les deux premiers mouvements pérorent sur la même formule, mais à une vitesse de défilement différente. Ensuite, deux sublimes mouvements lents (dans le III, Tamestit était vraiment magnifiquement inspiré ce soir, avec des pp à pleurer) encadrent le morceau de bravoure à 640 à la noire, une musique sauvage et qui fait sonner tout l'instrument.
  • opus 25 n°4: encore en 3 mouvements, avec piano. Dans le 1er mouvement, le piano donne le ton avec un thème très belliqueux et marqué. C'est répétitif, mais avec une grande variété de schémas rythmiques (pour ça, c'est mieux que du Steve Reich). Le dernier mouvement est très spectaculaire car les instrumentistes se font des sales coups en se coupant la parole; au milieu, une étonnante section où l'alto tricote, mezza voce.

En bis, une Méditation, toujours de Hindemith, mais des années 30 (plus en ligne avec ce que je connaissais du compositeur)

10 mars 2010

Les Dissonances à la Cité

Concert de l'ensemble Les Dissonances - un orchestre sans chef, qui s'est trouvé un nom dangereux (ouf, ils ne jouent pas faux). Format resserré (7/6/6/4), les cordes et les bois se retrouvent autour d'un demi-cercle de façon à établir un contact visuel direct entre 1er violon et le 1er hautbois. Mélange d'instruments modernes et anciens (flûte en bois, timbales savoureuses, cors naturels- hum). Au menu:

  • 1ère symphonie de Beethoven. En do. Dans l'introduction du 1er mouvement, magnifique clounk initial (impulsé par le hautbois, tous les musiciens respirent avec lui). Deuxième mouvement pris très vite (avec thème initial fugué, très dansant, aux 2nds violons- mais je reconnais le chef de pupitre); dans ce mouvement, il y a, avant de conclure, un moment fascinant avec des ploums tous les 2 temps aux vents et des roulements de timbales - une suspension du temps. Scherzo tonique avec trio hypervirtuose (et tortillons aux violons). Le finale est celui avec la fausse leçon de solfège. Musique tonique et galvanisante. C'est le bonheur (même si c'est un peu moins bien que la Chambre Philharmonique)
  • Quatuor Les dissonances de Mozart (quatuor Ardeo). Encore do, mais c'est un tout autre monde. A pat le clin d'oeil à l'orchestre, je ne suis pas sûr que ce soit une bonne idée de programmation de mélanger quatuor et orchestre.
  • Concerto pour violon de Beethoven. Dans le premier mouvement, j'ai du mal à éviter les fous rires, entre réminiscences du cradolfège  et sidération devant les mouvements de jambes du 1er violon, que l'on sent très stressé (eh oui, il faut caser ces **** d'accords dans le rubato du soliste) et qui a une variété confondante de mouvements de l'ensemble de la jambe (Mais faites quelque chose quoi! tenez lui la jambe avec une attelle! (effet secondaire, sans doute, de l'absence de chef)). Cadence étrange dans le 1er mouvement, avec piano et vents (et ça part dans des tonalités très éloignées). Leibowitz trouverait le premier mouvement localement trop lent, mais on est loin du contresens habituel dans le 2nd mouvement et le finale est très enlevé.
  • en bonus, le finale de la 7ième. Pris très très vite, avec beaucoup de panache, mais on n'entend pas assez les violoncelles à mon goût.
Publicité
<< < 10 11 12 13 14 15 16 17 18 19 20 30 > >>
Publicité
Derniers commentaires
Archives
Publicité
Publicité