Journée magnifique. On part de 1500 dans la vallée de la Gordolasque, on monte 1000m en longeant une conduite d'eau puis on se retrouve dans un vallon plein de roches multicolores (avec vue sur les sommets du Mercantour) qui aboutit sur le pas de l'Arpette. De là, on rentre dans la vallée des Merveilles (on quitte les affluents du Var pour retrouver le bassin de la Roya). Nous découvrons sa Majesté le mont Bégo (un grand château sinistre), le mont et le rocher des Merveilles (celui là étant particulièrement tétralogique), et derrière le grand Cappelet qui est le sommet du coin. G. découvre que nous rentrons dans un monument historique et que les bâtons ne sont plus autorisés. Après-midi, balade passionnante avec un guide habilité, grand tour au-dessus du lac avec explications sur les réticulés et autres gravures. Nous comprenons vite qu'il faut comprendre "merveilles" comme "maléfices, sortilèges". Nuit au refuge: c'est plein comme un oeuf, l'organisation est militaire (ouverture des sanitaires à 16h, attribution des dortoirs à 18h, dîner à 19h) et c'est beaucoup moins sympa que les gîtes que nous avions faits auparavant (il ya simplement moins le ciment d'une aventure en commun - celle du GR). Avec des boules Quiès et un masque, on peut dormir.
Une superbe traversée avec vues sur les cimes du Mercantour. Nous réduisons l'étape en faisant du stop au départ - et nous retrouvons fissa dans un coffre du J7 d'un vieux baba cool anglais (son message final: "n'oubliez pas qu'il faut transformer le monde") avec un couple de chouchou et loulou très souriants, qui démarrent aujourd'hui le GR52 vers Menton. Nous laissons aujourd'hui de côté le GR52 pour faire deux étapes en une; nous allons à la madone de Fenestre par le pas des Roubines (cabane à la Heidi qui ne déparerait pas dans "Naan et Chocolat", magnifiques échappées sur les cimes du Mercantour) et la cime de Pisset - névé en éboulis affreux - avant de redescendre sur la Madone. De la Madone, nous passons par la baisse des cinq lacs (c'est plein de Niçois en goguette qui fuient la chaleur) et la baisse de Prals. Les deux traversées sont éblouissantes dans leur genre. Au relais des merveilles (vide), les bagages ne sont pas arrivés, le portable ne passe pas et la gérante refuse d'appeler. Je finis par insister, nos bagages sont encore à la Madone: c'est sans doute l'histoire de la double étape qui a perturbé le taxi. Dommage pour lui.
Journée coup de mou. Déjà, nous n'arrivons pas à nous extraire avant 9h (le petit déjeuner est simplement trop bon, avec un choix invraisemblable de cakes, de thés et de confitures). Ensuite, nous sommes fatigués et j'ai dans l'idée de raccourcir l'étape GR52 en évitant les trois cols prévus et en passant par le col de la Colmiane et Saint Martin Vésubie. Saint Martin est riche de nombreuses villas années 30 et le centre historique est intéressant. Je comprends que Madone de Fenestre = Finis Terrae. Après-midi moins heureuse: le sentier de crête à 1700m que j'avais repéré est bien en courbe de niveau, mais en moyenne seulement, avec des zig et des zag redoutables pour éviter des pierriers. Et puis cette montée depuis Saint-Martin, de 1000m à 1700m, c'est trop bas pour éviter une chaleur écrasante. Nuit au gîte du Boréon avec nos deux copines et un loulou qui fait la via Alpina jusqu'à Trieste mais a déjà mal au ménisque (mon petit doigt, qui ne me fait pas mal, me dit qu'il n'ira pas bien loin)
Etape longue et pénible, conforme à mes anticipations: 1500m de descente à la fraîche, suivie de 1000m de montée en plein cagnard. Belle descente en forêt. A un moment, on voit la Tinée et la vallée du Var, on imagine presque Nice. Très beau village perché de Roure. Plus bas (à la cote 400), c'est Saint Sauveur sur Tinée que nous ne trouvons pas très sympathique: un bourg traversé de part en part par une route passante. Balisage périlleux pour remonter sur Rimplas (à la cote 1000m). Les savoyards, qui craignent le coup de chaud, me balancent de l'eau ("allez! on n'est pas à Paris ici"). Eux, qui doivent aller plus loin que Saint Dalmas, finissent en stop. Nous faisons pareil à La Bolline. A Saint Dalmas, nous retrouvons nos deux copines de Bousieyas dans une des meilleures adresses de la randonnée: le grand chalet, chambre et table d'hôtes. Accueil vraiment sympathique, grande tablée et repas aux accents du Nord, comme on dirait dans le guide Michelin.
Longue, sublime étape. Longue et progressive montée vers le col de Crousette, en forêt d'abord, dans l'alpage ensuite. Nous croisons une bergerie où le berger n'est pas encore arrivé mais qui s'est fait livrer par hélico des croquettes pour les patous! Après avoir passé une barre, nous rentrons dans un vallon herbeux d'altitude avec une petite rivière qui serpente paisiblement et découvrons le mont Mounier (un immense château qu'on voit de très loin). Nous montons avec un couple de savoyards très sympa, très bavards et qui nous redonnent du tonus. Après Crousette, un deuxième col dans un éboulis d'une austérité désolante. Après ce col, le paysage est immense et lunaire: ce sont de nouveau des éboulis en relief mou, à perte de vue, très très en hauteur. Nous descendons en faisant pas mal de distance, et retrouvons un col à 2000 (le col des Moulines) où nous voyons des biches. On voit de loin Valberg et les stations du Cians. Après le col de Moulines, nous prenons une (quasi) courbe de niveau au dessus de Vignols. Belles concrétions étranges. Nous passons un petit col - les portes de Longon - et rentrons dans une immense prairie d'altitude, au pied du mont Longon. C'est à la vacherie de Roure que nous passons la nuit. Confort sommaire (un des panneaux solaires, propriété de la mairie, n'a pas été réparé: il n'ya pas d'eau chaude dans les douches et l'éclairage est sommaire) mais accueil sympathique et repas délicieux (entre autres douceurs, du gigot cuit dans du lait). A table avec le couple de savoyards et trois flamands au look de trappistes. Une soirée mémorable.
Deux cols faciles aujourd'hui: le col de la Colombière et celui d'Anelle. Belles vues rétrospectives sur le Pas de la Cavale, qui apparaît maintenant comme un décrochement dans une muraille noire compacte. A midi, nous comptions sur l'épicerie de Saint Delmas le Selvage, un bien joli village, mais celle-ci est malheureusement fermée. Nous poursuivons vite vers Saint Etienne de Tinée, un gros bourg dans la vallée, où nous mangeons à l'espagnole. Transfert à Roya (nous sautons l'étape par Auron dont tout le monde dit le plus grand mal). Nous perdons de vue les trois savoyards et nous sommes seuls au refuge de Roya (ma petite école), tenu par un autochtone marié à une québecoise (ils ne sont pas là mais c'est ce que nous apprenons dans le tableau d'origine des viandes)
Un des très beaux mouvements lents de Haydn, celui du quatuor opus 77 n°2 (je dois à ce week-end à Saint-Nazaire d'avoir replongé, non dans l'eau froide ou dans je ne sais quelle monomanie, mais dans l'univers richement poissonneux des quatuors de Haydn) (j'en ferai peut-être une série sur ce qu'il reste de ce blog, OU PAS, d'ailleurs) (parce qu'il y en a vraiment beaucoup, des beaux mouvements lents, chez Haydn).
Ce qui rend ce morceau irrésistible à mes oreilles? sans hésitation, le moment magique, pour moi, c'est l'irruption des voix intermédiaires après une longue présentation du thème au violon et au violoncelle (1'13", mesure 13). Tout d'un coup, c'est chromatique, riche, chaud et beau comme un aveu troublant qu'on lâcherait à l'oreille. Nécessité des voix intermédiaires (qu'on se le dise) (la révolution gronde).
Et puis aussi.... le fait que c'est un thème de marche qui se cherche.... qui cherche à sortir de sa gangue et de ses deux premières mesures:
Ce principe de marche qui se cherche, on le retrouve aussi au niveau de la forme générale du mouvement.
Vignal le voit comme un thème avec trois variations; mais il faut beaucoup d'imagination, et entendre chaque retour du thème à la tonique comme un nouveau début de variation. C'est un peu arbitraire, cette forme ne ressemble pas aux variations habituelles dans lesquelles le compositeur déroule x fois l'ossature d'un thème en le camouflant habilement. Comme souvent à l'époque, la forme n'est pas figée, c'est un principe actif, un peu comme une pâte à pain qui continue de faire bloup bloup (bloup). Bref: dans chaque section, il ya le thème ET puis autre chose, un supplément, une déviation de route de campagne qui en change le caractère, la destinée.
Dans la première section où le violon 1 expose le thème, ce supplément, c'est le thème à la dominante, en la au violon 2, comme si Haydn se mettait en tête d'écrire une forme sonate monothématique (mais c'est une fausse piste) (petit coquin).
Dans la variation 1 (à 3'38", mesure 40) le thème est repris par le violon 2, dolce, à la tonique; mais soudain, ça dévie, c'est le violon 1 qui fait sa tragique et repart en ré mineur.
Dans la variation 2 (à 5'37", mesure 74), le thème est confié au violoncelle qui est accompagné par des figures rapides (des triples croches) du violon 1; dans ce cas et assez logiquement, l'extension est une sorte de cadence virtuose du violon 1: moment tendu, dramatique, expressif qui aboutit à ..... (tadam)
....la variation 3 (à 7'55", mesure 105). Reprise du thème dans sa version polyphonique (comme à cette mesure 13 dont j'ai déjà dit à quel point elle me troublait). Une belle pâte sonore chaude, chuchotée, démocratique. Il n'y a plus de reprises comme dans les variations précédentes, on sent qu'on approche de la fin. Haydn rajoute deux touches d'étrangeté: un accompagnement en doubles croches à l'alto (du mouvement et un peu d'inquiétude, mais moins qu'à la variation 2: on va au lit les petits) et une cadence bizarre (troublée par un do bécarre venu d'ailleurs).
Vignal parle d'un mouvement "dynamique mais abolissant le cours du temps aussi complètement que n'importe quoi chez Schubert". Bel oxymore, en effet.
Pourquoi on n'entend pas plus souvent en concert (ou ailleurs) le quintette KV452? Il y a dans le larghetto un enchaînement harmonique bouleversant (je mets sa dernière occurrence, dans la réexposition il prend une ampleur incroyable - c'est qu'il s'agit de semer le doute une derrière fois avant l'arrivée au port). Je n'ose penser ce qu'un post-romantique aurait fait d'un pareil matériau. Ici, ça passe dans une très une grande douceur.
(c'est à 5'43" que ça se passe - j'en ai encore des frissons)
Relu avec amusement le passage que Leibowitz consacre au concerto pour violon de Beethoven dans son beau livre sur compositeurs et interprètes. C'est bien vachard et salement polémique: avec force "Tradition ist Schlamperei", il assassine en quelques pages, avec le concours de son compère Kolisch, le grand violoniste, les solistes qui abusent des rubatos et prennent des tempi bien lents, pour un concerto qui hélas manque d'indication métronomiques.
Leibowitz (et Kolisch) pensent que le premier mouvement (noté à 4 temps, Allegro ma non troppo) doit être pensé à la blanche, à un tempo voisin de 88 à la blanche, comme le sublime opus 69, qui est de la même époque:
d'ailleurs la deuxième partie du thème hymnique du concerto (ci-dessous) a exactement le même profil que le début de celui de cette sonate:
(Hum: Casals par exemple, cf enregistrement ci-dessus, la prend lentement, cette sonate - pas plus de 60 à la blanche. Mais peu importe: sur ce coup-là, c'est l'idée de cette parenté entre les deux oeuvres que je trouve séduisante)
Leibowitz reproche aussi à la plupart des interprétations les variations excessives du tempo, avec des erreurs qu'il qualifie "de débutant": ralentir dans les passages qui sont piano, ou en valeurs longues, ou à un endroit où la densité diminue; les trois caractéristiques étant cumulées dans la coda, que la plupart des solistes abordent comme s'ils débarquaient sur Mars:
Le danger général est celui de la sentimentalisation (le passage en sol mineur dans le développement, par exemple) pour une oeuvre qui après tout, oppose de façon plaisante un thème de timbales
à un violon jouant ridiculement aigü - rien de sentimental là-dedans, mais beaucoup de musiciens en font quelque chose d'angélique et d'éthéré. Et puis c'est amusant de penser qu'une oeuvre dont la signature est ce mètre-étalon des quatre noires immuables des timbales, qui revient à toutes les sauces, est précisément une des oeuvres de Beethoven la plus trahie et déformée par ses interprètes.
L'éclatement d'une famille, dans une ferme isolée en Biscaye. C'est "un autre monde", comme le dit Reme, l'émigrée de Murcie, un monde rural, taiseux, avec ses solidarités de voisinage, ses silences, sa pesanteur, sa langue (le basque), ses paysages magnifiques. C'est aussi un autre siècle (on est en 1999 et ça a son importance). Le film ne fait pas que se concentrer sur ce fils de 40 ans (un "cochon boiteux") qui va changer de vie, il donne couleur à plusieurs personnages intéressants: l'ancien amoureux de la mère; la femme seule à attendre son homme, débarquée de nulle part; le journalier péruvien qui se tient à distance. Le film en dit plus par une mise en scène millimétrée (comme les deux tiers du film sont des scènes de repas, il s'agit de voir qui mange à quoi et à quelle place, et de bien surveiller qui regarde qui à table) que par des longs discours (les scènes sont souvent hachées par un cut brutal). Bien que ouvertement LGBT (le film a été commandité par l'association basque et LGBT Berdindu!) le film ne devient utopique que dans ses toutes dernières minutes (et encore que.... il y aurait tout un film à faire entre l'avant-dernière et la dernière scène .... comment ces trois là s'arrangent....) Une excellente surprise.
Petit week-end, mi-travail mi-en amoureux, à Londres, le premier avec G depuis très longtemps (l'an passé avec le RSO, il n'était pas en état de venir et il y a 4 ans, j'y étais allé seul, après l'entretien de recrutement pour mon job actuel). Je vais souvent à Londres mais j'y reste rarement; Londres concentre au moins trois défauts rédhibitoires à mes yeux: 1) c'est une ville abominablement mercantile 2) l'état général de la plomberie y est catastrophique 3) c'est une ville où, avec ces rues courbes, je perds mes repères comme un castor privé de sa queue (exemple récent: nous avons encore erré comme des âmes en peine sans trouver Spencer House).
Bon, c'est aussi 1) une ville où la plupart des musées sont gratuits et bien présentés: la nouvelle aile médiévale du V&A est une merveille et il m'a semblé qu'au British Museum, la présentation des frises du Parthénon était parfaite, didactique et détaillée sans être envahissante (s'agirait-il de mettre tous les arguments de son côté?).
2) une ville chargée d'histoire, avec davantage de souvenirs de Rome que Paris (illumination: j'ai compris à l'excellent Museum of London ce qu'était the Wall)
3) c'est une ville où les décorations de Noël sont jolies et inventives (aucune comparaison avec Paris)
3) une ville facilement accessible depuis Paris, mais dont il peut être difficile de s'extraire.
(Merci encore à M. Eurostar; sur les 7 allers et retour effectués en 2009, j'ai gagné deux allers et retour gratuits liés à des retards de plus de 2h - sans compter les mesures de compensation liées aux blagues de ce week-end)
Strella: "j'ai voulu connecter deux fils, mais j'ai oublié de couper le courant" Ai trouvé l'intrigue téléphonée (mais je ne sais plus qui m'avait vendu la mèche, sachez que c'est mieux de ne rien savoir); j'ai bien aimé la scène initiale (beaucoup d'information en très peu de choses), mais je n'ai pas aimé 1/ la représentation de la prison (un aimable club de rencontres), 2/ l'unique scène de prostitution (complaisante au possible) et 3/ la fin familialiste (tout ça pour finir sur la Sainte Famille, moi qui croyais échapper deux heures seulement aux guirlandes de Noël). Mon venin ayant été craché, je dois reconnaître que le film est tonique, étonnant (il permet un peu d'imaginer la vie d'un transsexuel pré-opératoire grec, ce qui n'est pas rien) et il est porté par deux excellents acteurs (une Callas-Magnani aux larges épaules et un vieux de loup de mer ayant beaucoup bourlingué).
....
Rapt "Si vous voulez de l'affection, achetez-vous un chien", disait fort justement mon ancien boss. Drôle de retour pour un Ulysse dont seul le chien a une compréhension intime de l'épreuve qu'il vient de subir.
La grand opéra du jeune fauve qui veut effacer sa femme. Mais celle-ci résiste (dans le film subsiste un doute sur la réalité du mariage, présenté comme un souvenir - ou une représentation mentale? - d'Ida Dalser). Scène terrible des accords du Latran, vus côté cour dans un hôpital pyschiatrique tenu par des religieuses, un ordre aux ordres ("oui, ma fille, il faudrait ne pas avoir de coeur pour ne pas entendre votre plainte, mais souvenez vous que le Seigneur n'a rien promis à Marie Madeleine, rien d'autre qu'une vie meilleure dans l'au-delà"). Scène terrible aussi, celle où le fils imite le père, en allemand (la langue de l'amour entre le père et la mère).
PaillassonLiminaire Merci de vous essuyer les pieds avant d'entrer dans ce billet Je décline toute responsabilité quant à vos futurs d'états d'âme au sortir de ce film; ne venez pas geindre ici que c'était ennuyeux, ridiculement distancié, mal joué au point que Bresson à côté c'est du grand cinéma populaire d'acteurs; il y a peut-être sans doute du vrai dans vos critiques mais il y a fort à parier que vous êtes passé à côté du film (je dis ça après avoir testé les réactions du cher-et-tendre-omètre, qui a été assez vite en état d'alerte maximale, et du reste de la salle, qui est assez vite devenu nerveux et a surréagi au subtil et discret humour de Green)
Ceci ayant été dit: La religieuse portugaise est un film merveilleux qui conjugue force du cinéma et de la mystique, plaisir physique d'être à Lisbonne, rhétorique baroque et musique portugaise. Il est question, entre autres, d'une actrice qui doit jouer une religieuse portugaise et d'une religieuse portugaise, qui chaque jour, dévale une colline pour attendre Dieu sur la colline en face (comme si Lisbonne était une immense chapelle avec deux murs se faisant face). Au plaisir des films précédents (sens du décalage - on dit portatif et pas portable, on se rend compte que la modernité c'est la mobilité - , coexistence particulièrement réussie de différentes époques) on peut ajouter celui de voir Green himself, subtilement drôle et farfelu, avec son précieux accent américain; et celui d'écouter beaucoup de belle musique portugaise (je pense par exemple à une belle scène de fado où on voit le public écouter).
* Enfin, bon.... la petite bête ... bien que toute jeune, elle est quand même beaucoup plus grosse que mon violon.... (quand je pense que le luthier m'aurait bien vu en 41 1/2! hého! ça n'est pas écrit "je suis un bûcheron canadien" non plus!)
* Comme le luthier ne louait pas le coussin avec, j'ai dû écumer le quartier pour trouver un coussin d'alto (inutile d'essayer les merceries). Eh bien le coussin est lui aussi gigantesque... et comme la boîte est ridiculement petite, je me demande où le mettre (au contact de la crosse et du manche ? mais ça ne craint - crin - pas?)
* Après le coussin, je suis allé acheter des partitions pour démarrer: un assortiment de choses indispensables-mais-rébarbatives (deux méthodes d'alto que m'a conseillées la fille de la Flûte de pan - qui m'a dissuadé d'un air catégorique d'acheter le Sevcik - oui oui j'ai été faible et n'ai pas cherché à insister) et des choses irrésistibles-mais-injouables (parce qu'on est aussi là pour se faire plaisir, donc les suites pour violoncelle seul de Bach transcrites pour bestiole, la sonate Arpeggione version bestiole, l'opus 120 de Brahms version bestiole)
* Une fois revenu dans l'intimité du domicile conjugal, j'ai déballé la petite bête et j'ai commencé à la cajoler. Alors: il va vraiment falloir que je force sur le tartare de boeuf et/ou la piscine, parce que ça demande une de ces énergies ! je ne vous dis pas. Je suis finalement très content du son de la petite bête. Les deux drames du moment: ça siffle un peu et j'ai tendance à racler les cordes adjacentes sans faire exprès (surtout quand ça va vite)... Sans parler du drame classique du violoniste mutant, la sueur qui perle quand il voit des notes sur la partition comme un mi grave sous le sol (j'ai même vu un si# grave ! j'ai cru que j'allais écrire à l'éditeur). Mais quel bonheur de chanter sur les cordes graves! quelle générosité dans le son. Au bout d'une heure j'ai même réussi à trouver le bouton "piano" et à jouer en faisant les nuances. A la fin j'ai déballé le violon, pour comparer - j'ai trouvé ça ridiculement petit! et mesquin (à suivre)
C'est un peu le château, au fin fond de la banlieue de Moscou. Bien gardé. Le Turc et l'Ouzbek du groupe ne passent pas inaperçus à la sécurité. Dans le grand hall d'entrée, un diaporama de Poutine à Sotchi, très souriant au milieu de sportifs, avec Miller et Schröder (que O. adore; elle me dit qu'elle a appris l'allemand avec les cassettes des discours de Schröder). Au centre du hall, un groupe de petits jets d'eaux, du genre épais et trapu, éclairés en bleu et censés, j'imagine, donner l'idée de la flamme butagaz; moi évidemment ces petits jets d'eau me donnent l'envie (presque) irrépressible de poser culotte et d'aller prendre un bain de siège.
2) la tour Sberbank
Dans le hall, une statue d'un personnage du XIXième siècle. O. pense tout de suite à Pouchkine, mais non ce n'est pas cela, il s'agit du premier épargnant ayant déposé son argent chez Sberbank (en 1841). Après les portiques de sécurité, on retrouve sur la façade du hall le même personnage, tout doré, avec des écus non moins dorés se multipliant comme des petits pains; ce n'est pas une boulangerie mais la grande banque de dépôt russe.
Vu un salon de coiffure Hémisp'Hair (photo), un autre salon de coiffure Epi-Tête, un salon de thé Le Spartiate (idée curieuse) et une boulangerie-pâtisserie La Fournaise (autre idée curieuse)
Les relations tumultueuses d'un jeune homme et de sa mère, qui l'élève seul. Le premier film d'un jeune acteur québécois de 19 ans. Le film est hystérique, mais aussi drôle et toujours supportable, car il y a pas mal de jeu dans tout cela (à la fois de la part du jeune homme, plein de mauvaise foi, mais aussi de sa mère, manipulatrice tout en ayant l'air de ne pas y toucher) et une belle variété d'écriture, très tonique (et très queer). Le coup de fil du directeur du pensionnat à la mère vaut le détour (et mérite des sous-titres). Une très bonne surprise....
(Tant qu'on est au cinéma, pas aimé Whatever works (à part: "si ma grand-mère avait des roues, ce serait un tramway"), pas été emballé par le dernier Loach (qui est bizarre, non?) et beaucoup beaucoup aimé Jaffa.)
- Les mille et un jours d'épreuve du poète amoureux, qui part de l'autre côté du fleuve pour conquérir sa belle (qui est aussi riche que lui est pauvre)
- Au début, les béatitudes de l'amour: la pluie des grains de riz qui viennent chatouiller les narines de l'aimée (qui rit)
- ça se gâte avec la traversée du fleuve où ce ballot d'Achik se fait dépouiller par le prétendant riche.
- Le jeune poète accompagne le vieux poète hors des murs de la ville où celui-ci meurt en chantant et en dansant sur la route, devant la caravane qui passe (oh, les drôles de chameaux avec leurs bosses molles et poilues !). Le jeune poète l'enterre de ses propres mains, jetant dans la tombe des poupées énigmatiques (l'enfance de qui?)
- Une odyssée qui finit par deux rites de purification: Achik Kerib chasse les mauvais esprits et le feu qui déborde du foyer; il rend la vue à sa mère (et, d'un même geste, il restaure le vitrail)
- Un peu perdu dans l'arrière-plan ethnique/ religieux du film: le lieu d'où Achik vient, c'est sans doute la Géorgie (et ses symboles chrétiens: l'effigie à saint-Georges, le monastère profané) ou l'Arménie, là où il va, c'est sans doute l'Azerbaïdjan et ou le Turkménistan avec ses cruels et bouffons sultans. Mais le père de l'aimée ressemble lui aussi à un satrape cruel et ridicule. Aucun doute: la Géorgie ou l'Arménie, c'est déjà l'Orient......
- Drôle de bande son: les dialogues sont sans doute de l'azéri traduit simultanément en géorgien (c'est utile). Evidemment, aucun lien entre les mouvements des lèvres des acteurs et ce qu'on entend. Peu importe, au fond, le sens de chaque scène est défini par l'intertitre. La partie musicale, d'un bout à l'autre c'est le grand Alim Qasimov (le grand de la musique azérie), accompagné à la saaz.
- Note pour moi: réapprendre à écrire Paradjanov et non pas Parajdanov (c'est malin: je parle naturellement la langue du bourreau)
-Lire aussi ici et là (pas certain que Dieu soit en hors champ en permanence, dans ce film-là de SP).
Complètement ébloui par le-meilleur-Powell-selon-guillaume-qui-aime-les-Powell (du coup, pourquoi ne pas aller voir d'autres Powell ?).
L'histoire d'un aviateur qui tombe amoureux dans l'entre-deux entre la vie et la mort. Le film oscille entre un ciel mécanisé, en noir et blanc, aussi amusant qu'un spectacle de campagne, et une terre en technicolor, flamboyante, le lieu de l'idylle, avec ses pâtres et ses massifs de fleurs rouges. Avec des allers et retours matérialisés par les vagues de la plage où s'abîme l'aviateur, une route de campagne parcourue dans les deux sens (mais à sens unique pour le neurologue), et le grand escalator qui monte au Ciel et qu'il s'agit de descendre fissa si on ne veut pas avoir d'ennuis. Le film est un feu d'artifice de fantaisie, d'invention (les arrêts sur images pendant lesquels le guide 71 vient réclamer le retour de l'aviateur au ciel) et d'humour (comment arracher une larme à une anglo-saxonne). Et aussi, étonnamment, un film de commande destiné à renforcer l'amitié anglo-américaine.....
Des photos de la scène qui rappelle les Fileuses ici.
Un employé de grand magasin (Harold Lloyd, aussi sympathique que Keaton est impassible) finit par devoir effectuer à main nue l'ascension du building où il travaille.
La deuxième partie (l'ascension) a été réalisée, raconte Lourcelles, en décor réel, avec un doublage de Lloyd seulement sur les scènes d'ensemble. Le résultat est à couper le souffle; j'ai passé la deuxième partie du film à gigoter comme un vermisseau tout en riant nerveusement: le moment le plus pénible étant sans conteste le moment où le spectateur aperçoit une souris s'engager dans le bas du pantalon de Lloyd (allongé sur la corniche du 15ième étage et se demandant comment il va s'en sortir, et nous aussi) et pressent la danse de Saint-Guy qui s'ensuit.
La première partie est moins géniale mais tout de même très drôle, notamment la gestion par Lloyd des soldes au rayon tissu
ou la toute première scène (envoyez les mouchoirs)
La ligne rouge que traverse Wayne dès le début en tuant au couteau l'un de ses attaquants, dans l'eau lustrale de la rivière.....
La mer rouge de l'Exode: le lieu de la traversée....
La marée des bestiaux, fleuve de viande rouge qu'il faut canaliser vers la voie ferrée (scène terrible de panique bovine, qui arrache tout; son pendant positif; la scène magnifique où le troupeau traverse la rivière)....
La marque Rivière Rouge : les deux rives du fleuve, D comme le Prophète, M comme l'Evangéliste ; le Nouveau Testament finira par vaincre le fantôme de l'Ancien.
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Elle a abaissé sa garde car il l'intimide, elle est touchée par une flèche ennemie, il lui dit que ça va faire mal, il extrait la flèche puis il aspire très fort à l'endroit de la blessure, il faut éviter que le venin ne se répande.
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Je suis venu pour toi, pour ton pistolet.
Cherry: That's a good looking gun you were about to use back there. Can I see it? (Matt turns, strokes his nose with his thumb and looks a bit amused, then hands his gun over. Cherry takes the gun.) And you'd like to see mine. (Cherry draws his own, and reciprocates by handing it to Matt. Cherry examines Matt's gun.) Nice! Awful nice! (Looking somewhat sideways at Matt) You know, there are only two things more beautiful than a good gun: a Swiss watch or a woman from anywhere. You ever had a good Swiss watch?
Matt: (pointing toward a tin can in the distance) Go ahead! Try it! (Cherry fires a shot and knocks a can into the air. Matt also hits the can in the air with a shot of his own)
Cherry: Hey! That's very good! (Matt shoots at another can, knocking it into the air. Cherry hits it in the air with a shot of his own.)
Matt: Hey! Hey! That's good too! Go on! Keep it going!
- La Trahison: Celle de ce harki, au début du film, passé aux fellagha et revenu dans le camp des Français ? Ou celle de ces FSNA appelés du contingent (français de souche nord-africaine)? Ou celle du lieutenant (Vincent Martinez) qui les abandonne à la police militaire ? C'est une des beautés et une des forces du film que de laisser le spectateur dans le doute sur cette trahison. Celui-ci comprend vite que Taïeb et ses camarades sont pris dans une situation intenable, qu'ils passent pour des traîtres aux yeux de la population locale, et que le doute s'insinue aussi dans les rangs de leurs frères d'armes. Mais le spectateur ne les voit pas pour autant passer à l'acte; ceux-ci se demandent ce que vaut la parole de la France, ce que vaut la parole du lieutenant....
- Des beaux portraits à la Sander: une véritable typologie de cette population locale qui résiste en silence. Beaucoup de gens que l'on voit d'abord vivants, puis morts. Et puis aussi un jeune homme apeuré, à la chechia rouge. Et un homme au turban jaune; camouflé en tenue militaire, un sac sur la tête, il identifie et dénonce un suspect; on le retrouve quelques plans plus tard, lardé de coups de couteaux, expirant en criant: "ce n'était pas moi".
- Les scènes d'actions sont complètement dédramatisées; on ne voit ni la torture ni l'exécution finale. C'est un des meilleurs films à ce jour, sec, subtil et équilibré, du doux Philippe Faucon (Muriel fait le désespoir de ses parents, Samia)
Emballé par ce moyen métrage (43') - un boy meets boy frais, drôle, pas mièvre. L'histoire d'un jeune chat qui sort de sa cage pour sauter littéralement sur un plus vieux matou qui ne veut pas abandonner son indépendance. Le film démarre sur l'image d'un vieux chat (pas métaphorique) qui sort très mollement de sa cage ; la mère dit : "oh il va encore me saloper mon canapé", le fils répond: "bah...c'est un chat". On prend bien l'air (ça se passe dans l'Aisne, l'été), et on sirote beaucoup avec Edith Scob, ce qui est toujours plaisant.
Un camion en réparation est distribué après Etoile violette, un autre moyen métrage avec des idées et pas mal d'artifice (moins bien que les films d'Eugene Green dont semble se réclamer la réalisatrice).
Vu Changement d'adresse, le dernier film d'Emmanuel Mouret. Un film joué, réalisé et monté par des mecs poilus, incontestablement une garantie de qualité ! Enfin, je ne sais pas si Dany Brillant est poilu, mais je sais qu'il tient là un de ses grands rôles (quelle extase de pouvoir écrire Dany Brillant sur ce blog; allez, zou, encore un petit coup, Dany Brillant Dany Brillant Dany Brillant- j'en connais au moins une que ça pourrait amuser). Le film est très drôle, très très léger sous ses airs de révérence aux Grands Anciens, Truffaut et Rohmer. Mouret est très doué pour faire tomber les petites cuillères dans les baignoires et les cigarettes dans les vases, sans avoir l'air d'y toucher.