vendredi 1 avril 2005

la 6ième de Mahler, par Chung au TCE


Le moment qui me laisse à chaque fois baba dans la 6ième, c'est la musique de l'introduction du finale. En très peu de temps c'est à la fois un monde qui s'ébauche et une énigme qu'on peine à déchiffrer, même si elle revient à quatre reprises dans le mouvement.

Pour décrire brièvement on entend :

  1. un chant prometteur des violons, sensuel, qui semble émerger de la brume, sur un accord de 7ième sur la bémol
  2. changement brutal d'ambiance (la majeur puis mineur, soit très loin de la bémol): thème rythmique aux timbales, à fond les ballons.
  3. Dès lors (à 30" du début) c'est le règne du chaos, la chute vers le grave, gargouillis dans l'extrême grave, gamme chromatique descendante qui hésite. Le Mahler que j'aime (celui de la 7ième ou de la 9ième): bruitiste, perdu, à mi-chemin entre Beethoven et Lachenmann.

Ce début, il me fait l'impression d'un fruit tranché en deux. C'est aussi un geste autodestructeur: en 45", Mahler saborde son début: tout est à recommencer, la musique est devenue aphasique, déstructurée, il faut réapprendre les fonctions de base du langage.

Un mot sur ce que fait Mahler du schéma harmonique de ce début dans les 2 dernières occurrences: la reprise à la réexpo se fait 1) labM- 2)do M/m (car le retour en la aura lieu plus tard). La dernière reprise de l'introduction se fait en la, et y reste, avec un effet terrible: il n'y a pas que les timbales pour couper la parole aux violons, il y a aussi le marteau (qui revient pour la troisième fois). L'accord final, quelle douche froide !

A part ça, quel foutoir cette symphonie ! Je croyais que c'était une symphonie sérieuse, sans vaches, et bien non, des vaches, il y en a tout le temps et partout. En coulisses, sur scène, pendant les moments calmes, pendant les Höhepünkte, ça clarine de partout. Elles n'ont même pas peur du marteau, les vaches. Pauvre percussionniste, il a dû se faire un de ces tours de rein. Trois grands coups dans le finale, tout ça pour faire peur aux vaches qui n'en ont rien à braire meugler. Tant qu'on est sur scène, il y avait une femme corniste (c'est assez courant, ça) et un harpiste homme (ça c'est vraiment dingue et à la radio vous ne l'avez pas entendu; merci qui ?).

A part ça, direction très classe de Chung dans le 1er mouvement, pris avec un tempo lent, très articulé. Scherzo de luxe avec ses snapshots faussement baroques, sur tous les tempi, à tous les étages (même celui des contrebasses, qui font beuar, beuar), émietté, atomisé. Grand moment magique dans le mouvement lent: les sol qui amorcent la partie centrale: altos puis harmoniques puis flûtes. Sublime. C'était sans doute moins chic qu'à la Scala mais c'était quand même une soirée très excitante.

Posté par zvezdo à 23:35 - concerts - Commentaires [0] - Permalien [#]
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